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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour un 1er mai alternatif dans l’autonomie
{Autonomie pour le communiste}, n°2, 28 Avril 1979, p. 3.
Article mis en ligne le 2 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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On peut dresser une courte liste des prisonniers politiques en France. Une trentaine d’autonomistes corses, une vingtaine d’autonomistes bretons, quatre militants du F.R.I. et, en incluant les sympathisants NAPAP, plus de cinquante auto­nomes ou inorganisées. Cette ré­colte s’est faite par poignée, sans drame. En tout cas, sans provoquer énormément de remous. A travers les années de crise et de restructu­ration, une répression différente s’oppose à une autre classe ou­vrière, à un autre mouvement révolutionnaire. C’est cette addition qui est explosive aujourd’hui. Le fait capital est que des groupes d’usine se donnent les moyens de mener eux-mêmes la lutte, y compris illégale, et c’est là que se manifeste la véritable unité des ouvriers et des prolétaires qu’on nous accuse de diviser. Ni les sidérurgistes, ni les autonomes ne sont le centre du monde, mais Longwy, Denain et aussi St-Lazare ont plus contribué à la recomposition de la classe ouvrière que des années de gauchisme pleurant sur la violence de masse. Il dépend aujour­d’hui des autonomes et d’un mou­vement révolutionnaire digne de ce nom, de ne pas traîner lamenta­blement derrière le mouvement social, et de fournir un certain nombre d’indications où se re­trouvent d’autres secteurs de classe. Les derniers mois de lutte ont coûté cher en années de prison et, posent avec acuité la question de la défense militante. Les camarades du Collectif de défense militante se sont heurtés, après St-Lazare, à de nombreux problèmes. D’a­bord, celui de l’appréciation lucide des capacités du mouvement pour éviter d’envoyer quelques centaines de camarades à l’abattoire. Ensuite, comprendre la stratégie répressive développée par l’Etat pour tomber ni dans la parano totale, ni dans la sous-estimation dangereuse du niveau de répression qui peut s’abattre. Ces éléments sont indis­pensables pour envisager tout forme de mobilisation, mais ils ne repré­sentent qu’une partie des tâches d’un collectif de défense. Les contacts avec les familles, l’assu­rance d’envoyer un minimum de fric aux camarades, leur faire parvenir le matériel politique du mouvement et une correspondance régulière en font aussi partie. Restent les deux axes fonda­mentaux qui ont fait gravement défaut après les arrestations du 23 mars : d’une part la contre-information qui exige un effort de développement considérable de la presse du mouvement, sans négliger une partie de la presse bourgeoise secouée par ses contra­dictions. Le matraquage désormais traditionnel des média nous oblige à poser le problème sans plus attendre. Qu’on se souvienne de la campagne de presse Springer au moment de Sthammeim et de celle qui sévit en ce moment contre nos camarades de l’auto­nomie italienne. Dans l’Europe Franco-Germanique, la délation et la criminalisation des luttes ont aujourd’hui dépassé les cadres na­tionaux et il faut en mesurer toutes les conséquences. Le dernier point le plus important par rapport à la défense proprement dite, est la nécessité absolue d’un débat politique permanent avec un certain nombre d’avocats. Après St-Lazare, du rassemblement dans le palais de justice à celui de Jussieu, des heures et des heures d’expli­cation avec la presse, de débat politique avec les avocats, se sont révélées payantes. Les plaidoieries. celles de Laval en particulier ont été des plaidoieries politiques s’ap­puyant sur la situation de classe en Lorraine, et donnant une expli­cation politique de la violence autonome. Ceci dit, tout le monde l’a bien vu, il n’y a pas d’avocats du mouvement. Il n’y a que des avocats affiliés à l’extrême-gauche ou en rupture d’extrême-gauche. Les lamentables plaidoieries de l’après 23 mars ont sanctionné avant tout une absence de débat entre eux et le mouvement. La plupart d’entre eux ont plaidé la provocation policière, non pas pour recevoir les félicitations de "L’Humanité", mais surtout parce qu’aucun d’entre nous n’est allé les voir avant pour leur expliquer les enjeux de cette manifestation. Une défense politique et collective ne pourra être le fruit que d’un débat politique régulier et approfondi. Rien, aujourd’hui ne pourra remplacer une réflexion au sein du mouvement pour pouvoir ensem­ble faire les bons choix et se donner les moyens de les mettre en pratique. Une nouvelle phase de répression a été amorcée après St-Lazare.
En laissant pourrir les luttes de Lorraine tout en écrasant ce qui bouge ailleurs, en laissant gueuler les ouvriers garantis pendant que les années de prison pleuvent sur le jeune prolétariat, l’état a compris, contrairement à l’extrême-gauche, que la brèche ouverte entre ouvriers garantis et non-garantis pouvait se colmater dans l’aoparition simul­tanée de luttes radicales dans tes différents secteurs de classe. C’est en ce sens que St-Lazare était Important. Pendant que les sidé­rurgistes assiégeaient quasi-impunément le commissariat de Longwy, Patrick, Vincent, Lionel et Fré­déric prenaient quatre ans de prison ferme en première instance pour bris de vitre. Le pouvoir a
frappé fort sur les "délinquants" de St-Lazare. Deux poids, deux mesures : le combat de l’ouvrier d’usine est politique, celui d’un jeune chômeur relève de la délin­quance largement amplifiée par les média, cette double apréciation des luttes a légitimé les vagues d’interpellations et d’arrestations qui ont suivi St Lazare et précédé le 23 mars. Malgré les 83 interpel­lations préventives, le mouvement a atteint l’objectif que l’Etat et le P.C. voulaient éviter à tout prix un mouvement de jonction des luttes radicales dans une manifes­tation centrale à Paris. Si ce mo­ment fut insuffisant pour assurer l’extension des luttes de la sidérur­gie, il fut suffisant pour réveiller le subjectivité révolutionnaire de ceux qui n’avaient pas bougé depuis des années. Mais la recomposition du mouvement révolutionnaire s’est payée cher le soir du 23 : 250 interpellations et 34 Inculpations. Répression dans la suite logique de St-Lazare : on relâche les ouvriers syndiqués dont on peut présumer qu’ils sont innocents, et on écrase les autres : jeunes im­migrés, chômeurs, lycéens, étudiant, pion, personnel hospitalier, intéri­maires : ce sont des délinquants ! L’Etat fait passer Croissant aux assises pour un éventuel jet de pierre sur un garde mobile, pendant que les deux sidérurgistes de Denai, trouvés porteurs de fusil de chasse à gros calibre prennent la peine symbolique de deux mois de prison alors qu’ils ont déclaré au juge avoir voulu tirer sur des flics ! Nous n’avons aucun goût pour les martyrs. Cette justice qui inflige des années de prison à tous nos camarades depuis quelques mois, ne nous inspire que le dégoût. Crier au scandale et assister, impuis­sants à cette mascarade ignoble, ne suffit pas. Des manifestants jugés en flagrant-délit, il y en aura d’autres, autonomes ou pas, délin­quants ou "présentables". La mise en place d’une structure dans le mouvement qui s’occupe plus spé­cialement de la défense des cama­rades est aujourd’hui indispensable. Un collectif de 5 ou 6 personnes pour plus de cent prisonniers politiques est notoirement insuf­fisant pour faire face aux échéances qui se présentent. L’idée d’une manifestation nationale contre la répression serait envisageable dans le courant du mois de mai. Les procès en appel s’étaleront jusqu’au mois de juin, ils nous laissent donc le temps d’organiser sérieusement cette échéance. Et puisque la ré­pression s’abat au niveau européen rien ne nous empêche de prévoir une riposte à ce même niveau avec les camarades italiens, en particulier. Pourquoi pas un énorme rassemblement européen anti­répression à Paris. Quelque soit le choix qui sera tait, il faut que des mesures élémentaires de sé­curité soient prises pour éviter aux camarades de tomber aussi facilement aux mains des flics. En particulier faire un tri entre les échéances où l’autonomie re­présente un enjeu dans une manifestation offensive, et celles où par opportunisme, des camarades vont traîner la savate, barre de fer en main et coke en poche dans n’importe quelle manif. Ces pra­tiques doivent cesser, sous peine de voir l’espace du mouvement réduit à l’anti-répression, et le secours rouge, la seule raison d’être de l’autonomie. Combat­tons i’image d’une presse et une gauche sénile veulent faire de nous : des misérables sans imagination, des désespérados sans discours. Valori­sons-nous sur nos acquis et plus seu­lement sur nos refus, il est grand temps d’affirmer que le jeune prolétariat, c’est avant tout l’intelligence et le projet autonome, sa libération subversive : génie de la destruction, mais aussi génie de l’innovation sociale. Battons-nous dans le mouvement pour qu’il porte aussi des échéances politiques autres que le cassage de vitrines qui commence à coûter cher en années de taule et enferme nos epaces de lutte dans une criminalisation dont il nous sera difficile de sortir. Inventons des moments d’affirmation de ceux qui portent en eux le projet du communisme immédiat, par delà la merde d’un quotidien qu’on ne peut vivre qu’en le transformant. Le débat sur le 1er mai est ouvert dans le mouvement. Faudra-t-il, encore une tois, au nom d’une tradition bien établie, transformer l’enterrement syndical en moment d’affrontement violent, et servir de chair à canon aux imbéciles pour égayer le cortège funèbre ?
Nos éclats de rire valent mieux que leurs larmes. Nous posons la ques­tion d’un 1er mai alternatif. Il faudra que les média, les bureau­crate. les idiots par calcul ou par par naïveté se le mettent une bonne fois dans la tête : les autonomes peuvent rire, penser, et prétendre avoir autre chose qu’un pavé dans la main. "Autonomes, l’heure est au talent" nous a-t-on dit récemment. Relevons tous ensemble le défi.




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