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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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E1 - Le secrétariat d’Europe occidentale et la conférence d’Amsterdam - Février 1920
Article mis en ligne le 27 mars 2019
dernière modification le 24 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Rapports au troisième congrès du K. P. D. (S)  [1]

Clara ZETKIN.

(...) L’exécutif de la III° Internationale, lequel, comme expression du rôle dirigeant de la révolution russe, doit demeurer à Moscou, est coupé d’Europe orientale par le blocus de l’Entente et, de là, ne peut entretenir les contacts étroits et réguliers nécessaires avec les organisations. II était donc nécessaire de construire en Europe occidentale un organe de l’exécutif de Moscou. Son point de départ fut le secrétariat créé en Allemagne qui avait pour tâche d’informer le prolétariat d’Europe occidentale sur la lutte révolutionnaire en Russie et la construction de la société communiste dans des difficultés sans précédents (...). Le secrétariat d’Europe occidentale de l’Internationale de Moscou fut complété par deux délégués de la centrale du K. P. D. (...) et devint le centre de liaison et d’organisation des communistes en Europe occidentale. Dès l’origine, il a été en correspondance étroite et régulière avec nos amis autrichiens. Plus tard, il a cherché et trouvé le lien avec la social-démocratie suisse et s’efforçait de bâtir la liaison avec la fraction significative des socialistes français comme avec les différentes organisations qui, en Angleterre, se rapprochent du communisme. II a également réussi à établir le contact avec les socialistes révolutionnaires des pays balkaniques.

(...) Le bureau a cherché le contact avec tous les courants, afin de les amener à s’unir sur le plan des idées et de l’organisation, à la IIIe Internationale. Par son intermédiaire, le K. P. D. est en liaison avec les organisations socialistes, révolutionnaires du prolétariat en France, Angleterre et autres pays. Dans ce but, il projeta une conférence de représentants des partis et courants communistes des pays d’Europe occidentale. II fit son possible pour que des délégués de France, d’Italie, de Scandinavie, de Suisse etc. puissent travailler tous ensemble avec nous. Cette rencontre a eu lieu, bien qu’il ne fut malheureusement pas possible que des délégués de France et d’Italie y prennent part [2]. Les camarades italiens n’ont pas pu passer la frontière, et le camarade français était trop novice dans cette situation pour que les camarades allemands puissent l’amener. En dépit d’énormes difficultés initiales, des délégués des socialistes des Balkans, des partis autrichiens et polonais ont participé à la conférence. Et c’est uniquement de leur faute si les délégués scandinaves s’en sont tenus à l’écart. La conférence a souligné aussi qu’elle ne pouvait avoir qu’un caractère préparatoire et que son rôle était de préparer la véritable conférence plénière des communistes d’Europe occidentale. Outre des mesures pour améliorer la liaison, elle décida également une organisation provisoire du secrétariat d’Europe occidentale. Devaient en faire partie, outre les délégués de la centrale du K. P. D., ceux des communistes de Suisse, d’Autriche, des Balkans, d’Italie, d’Angleterre et de Pologne. Le secrétariat d’Europe occidentale, la liaison avec notre centrale, se consacrera à la préparation de la conférence plénière de toutes les organisations communistes d’Europe occidentale ainsi décidée. Elle devait, si possible, avoir lieu dans le cours de la deuxième moitié de janvier. Des thèses sur la tactique communiste ont été élaborées et expédiées. Compte tenu des difficultés extérieures, un délai de quatorze jours avait été prévu pour la date de la conférence.

Mais avant qu’elle se réunisse, un autre organisme de l’exécutif de Moscou commença à s’activer. C’était le secrétariat international d’Amsterdam des communistes hollandais. Comment avait-il était mis sur pied ? Il y eut une époque où, du fait des opérations militaires à l’Est, toute communication était impossible avec Moscou. Nous ignorions ce que l’exécutif de l’Internationale faisait ou projetait, et, de l’autre côté, les camarades russes ignoraient le travail qui se faisait en Europe occidentale dans le sens de la III° Internationale. A cette époque, un camarade hollandais [3] arriva à Moscou par le Japon et y prit contact avec les membres du comité exécutif. Ils le chargèrent de fonder en Europe occidentale un organisme qui œuvrerait en liaison avec la direction de la III° Internationale. Au cours de son voyage vers la Hollande, ce camarade fut informé qu’un tel organisme existait et travaillait déjà sous la forme du secrétariat d’Europe occidentale [4] Néanmoins, les camarades hollandais estimèrent qu’ils devaient construire un autre secrétariat. Le secrétariat d’Europe occidentale prit grand soin, depuis le début, de travailler en commun avec le secrétariat hollandais de façon fraternelle et par conséquent de faire en commun avec lui tous les préparatifs pour la nécessaire conférence des communistes d’Europe occidentale. Le bureau international hollandais fut informé et sollicité. II fut mis au courant de toutes les mesures préparatoires, et nos thèses lui furent également envoyées. Le secrétariat d’Europe occidentale était même sur le point d’informer toutes les organisations que, du fait des difficultés de circulation, la conférence ne pourrait se tenir en janvier et qu’il faudrait la repousser de quelques semaines, quand nous reçûmes la nouvelle que le bureau international d’Amsterdam avait de son côté préparé une conférence internationale des communistes d’Europe occidentale. Les invitations étaient envoyées, les thèses sur la tactique avaient été expédiées. Tout cela était bien étrange. Le secrétariat d’Europe occidentale, en accord avec la centrale du parti communiste estima qu’en dépit de ces procédés du bureau hollandais, ce n’était pas un "cas de guerre" et qu’il fallait travailler en commun, dans une étroite fraternité avec ce bureau. C’est alors que tout d’un coup, le 31 janvier, nous avons appris que la conférence commencerait dès le 3 février, parce que des camarades venus d’Angleterre et d’Amérique étaient déjà à Amsterdam. Nous devions constater le fait que le bureau hollandais n’avait pas jusqu’à ce moment diffusé nos thèses. Pire encore : il ne les avait jamais portées à la connaissance des camarades avec lesquels nos amis hollandais ont ultérieurement travaillé sans nous. Quoiqu’il en soit, dès que nous avons reçu cette nouvelle, nous avons décidé de nous rendre en Hollande [5].

Les camarades Posener [6], Frölich et moi-même, comme délégués du K. P. D., le camarade Münzenberg comme délégué de l’Internationale des jeunes et la déléguée de la social-démocratie suisse, avons fait ensemble le voyage vers la Hollande. Nous avons, avant de franchir la frontière, dû nous séparer pour raison de sécurité. La déléguée de la social-démocratie suisse et moi-même sommes arrivées ensemble au lieu du rendez-vous prévu à Amsterdam, nous avons été accueillies par cette sommation de gens épouvantés : "Que faites-vous là ? Retournez vite chez vous. La conférence a été dispersée. II y a des espions et tout est trahi, nous avons été dénoncés. Nous avons clos les travaux de la conférence". Mais nous, les deux camarades qui étions là, nous avons décidé tout de suite que nous n’avions pas subi les fatigues du passage des frontières pour nous laisser renvoyer chez nous sur-le-champ. Nous avons exigé d’être conduites auprès des autres délégués venus d’Allemagne afin de prendre position avec eux. Nous avons aussi réclamé une entrevue avec des camarades communistes dirigeants du pays. On nous a d’abord répondu que nous ne pourrions pas rencontrer les camarades allemands car on avait dû les cacher en dehors d’Amsterdam. Il était même impossible de nous réunir avec des camarades hollandais, car ils étaient espionnés. Et comme, en "femmes entêtées" que nous sommes, nous avons maintenu nos désirs, les amis hollandais ont essayé de les satisfaire. Dès le soir nous avons pu, en dépit de tous les obstacles, tenir une réunion avec nos co-délégués et les camarades dirigeants hollandais, en dehors d’Amsterdam. Je m’étends sur tous ces détails parce qu’ils sont nécessaires à la compréhension de cette affaire. Nous, les femmes, nous avons passé la nuit dans la maison où s’était tenue la réunion. Personne ne nous a vu entrer, ni sortir le lendemain. Le deuxième jour a lieu une réunion plus large à laquelle étaient en outre présents le délégué des Etats-Unis [7], celui du Mexique [8] et celui d’Angleterre [9]. Après une discussion, nous prenons une décision.

Au moment où nous, les deux femmes, nous arrivons à cinq heures à la gare, on nous arrête comme étrangères et on nous demande nos passeports. Ils étaient réguliers, mais n’avaient pas de visa. Aussi avons-nous été arrêtées. Un jeune camarade hollandais nous accompagnait, et je lui ai chuchoté d’aller immédiatement prévenir les autres camarades afin d’empêcher si possible d’autres arrestations. Après avoir été conduites à la police d’Amsterdam, nous avons été soumises à une enquête très pénible. On ne trouve pas sur nous un seul papier. Au bout de quelque temps, je suis conduite auprès du chef de la police. II me dit :

"Madame Zetkin, vous êtes venue en Hollande à une conférence internationale des communistes".

Je réponds :

"Non. Je suis venue préparer une conférence internationale des femmes socialistes."

— ce qui était parfaitement conforme à la vérité — et je demande à pouvoir rejoindre mes camarades afin de ne pas rentrer sans avoir fait ce que j’avais à faire. Je donne les noms des camarades dirigeantes avec lesquelles je devais conférer. Le chef de la police me répond :

"Madame Clara Zetkin, vous étiez hier à midi dans la maison de Rutgers à une conférence internationale des communistes et je vous dis là ce que je sais parfaitement. Les participants ont appris que vous étiez là et souhaitaient une rencontre".

J’ai répondu :

"Je conteste absolument cela, jusqu’à ce que vous me mettiez en présence de personnes qui affirment sous serment qu’ils m’ont vue à une réunion internationale".

Le policier m’a soumise à un interrogatoire serré dont il n’a pu tirer le moindre élément. II a dit plus tard au téléphone :

"Madame Zetkin est là, mais elle n’est pas sympathique, elle nie tout ce que je sais pourtant pertinemment".

D’où j’ai pu conclure que ce bon monsieur ne savait rien de la première rencontre de l’après-midi, mais qu’en revanche il était tout à fait au courant de la deuxième réunion à laquelle j’avais participé. Les camarades hollandais nous avaient appris les jours précédents que toute la conférence était trahie depuis le début et avait été espionnée par l’ami [10] du délégué américain Fraina. Du reste, Fraina lui-même pouvait être accusé d’être un agent du gouvernement. Il en convient lui-même. Il voulait de Hollande aller en Russie et là se laver de tout soupçon. Notre expérience nous démontrait que la réunion à laquelle le délégué américain avait pris part avait été trahie. Ou bien le soupçon des camarades hollandais est justifié, selon lequel son ami était un espion, ou bien la question se pose de savoir s’il n’a pas lui-même trahi, ne serait-ce que par des bavardages. En tout cas, je considère comme le signe d’une grande inexpérience pratique le fait que le bureau d’Amsterdam ait laissé participer à une conférence internationale, qui devait siéger à huis clos et à laquelle participaient des camarades vivant dans l’illégalité, un délégué soupçonné d’être un agent du gouvernement américain et qui, selon l’hypothèse des camarades hollandais, amène avec lui, comme son ami, un espion [11].

Les camarades hollandais affirment que cette conférence-croupion qui s’est tenue avant l’arrivée des délégués allemands a été la meilleure conférence internationale qui se soit tenue depuis le début de la guerre. Je pense quant à moi que sur le plan technique et pratique, aucune conférence n’a été préparée de façon aussi médiocre, oui, avec autant de légèreté que celle-ci. Et cela est révélateur de l’ensemble de la conférence. Avant Noël en Allemagne, nous avons suspendu notre conférence internationale en préparation et, en dépit des dangers qui menaçaient, pas un seul délégué étranger n’est tombé. En outre, je trouve curieux qu’on ait admis sans difficulté comme délégué un camarade sur qui pèsent de lourds soupçons et qu’il soit venu en Hollande non sur un mandat de son parti, mais pour cette affaire, pour se laver de tout soupçon [12]. Je crois qu’un pareil délégué n’avait pas le droit de prendre part à la conférence, le délégué anglais à la conférence était également un délégué de hasard [13], et la camarade Pankhurst, qui avait réellement un mandat de son organisation, n’a pas pu prendre part à la conférence parce que — de l’avis des camarades hollandais, à la suite d’une dénonciation de mouchard — elle a été arrêtée par la police le premier jour et a dû rester cachée, sans prendre part aux discussions, pour ne pas être expulsée. Lors de l’ouverture de la conférence, de Suisse était présent seulement un camarade qui représente le petit groupe communiste [14] extérieur au parti, tandis que les milliers de communistes et de socialistes révolutionnaires qui sont dans le parti [15] n’étaient pas représentés. Et même ce camarade n’a pas pu prendre part à la plupart des séances, parce qu’il a dû se cacher à cause du mouchardage. U n’y avait aucun délégué de France, d’Italie, de Scandinavie, d’Autriche. de Pologne, des Balkans. Le bureau d’Amsterdam attache une grande importance à la présence d’un délégué du Mexique, d’un délégué des colonies des Indes occidentales, et d’un vrai chinois en chair et en os. Mais, de l’avis des camarades hollandais, les communistes allemands étaient suffisamment représentés par un dirigeant de l’opposition de Brême qui a pu arriver avant tous les autres à Amsterdam [16].

Nous avons dit aux dirigeants communistes de Hollande que cette conférence, si mal préparée et si mal conduite, à laquelle manquaient les représentants des principaux pays, ne pouvait avoir la prétention d’être considérée comme l’authentique conférence internationale plénière des communistes d’Europe occidentale. Les camarades hollandais ont affirmé pourtant que cette conférence avait été une conférence plénière, qui avait pouvoir de prendre des décisions obligatoires. Nous l’avons catégoriquement nié. Nous avons déclaré qu’à notre avis cette réunion n’avait que la valeur restreinte d’une discussion préparatoire, mais qu’elle n’était aucunement autorisée à parler au prolétariat au nom des partis communistes d’Europe occidentale et de la Troisième Internationale. Nous avons réclamé la convocation d’une autre conférence, bien préparée. Cependant nous n’avons pas seulement critiqué la préparation et la réunion de l’assemblée d’Amsterdam, mais aussi son déroulement et ses tendances. De ce point de vue, il est caractéristique que, sur la question de la tactique, aient été diffusées seulement et uniquement les résolutions des Hollandais, et pas nos propres thèses. Nous n’avons pas eu le temps à l’unique séance à laquelle les délégués suisses ont participé, de discuter toutes les décisions de la prétendue meilleure conférence internationale tenue sous la direction des Hollandais. Nous n’avons pu nous occuper que de deux. Nous avons été amenés à critiquer la résolution adoptée suivant laquelle à un seul et même jour dans l’Europe entière devait être déclenchée une manifestation pour la Russie soviétique. Selon notre expérience nous considérions cette décision comme irréalisable, le fiasco pour assuré. Pour l’essentiel, nous nous sommes opposés à la décision qui faisait du bureau d’Amsterdam l’organisme politique particulier de la III° Internationale en Europe occidentale, et qui remettait la direction politique de la III° Internationale et les actions communistes en Europe occidentale aux camarades hollandais. Comme je n’ai pas pu emporter ce matériel, je dois donc retracer ici les dispositions des résolutions en question. Le secrétariat d’Europe occidentale continuerait à fonctionner mais bornerait son activité aux seuls pays de l’Est. Le bureau d’Amsterdam en revanche fonctionnerait pour le reste des pays d’Europe et pour l’Amérique. Pour l’Amérique était prévu l’établissement d’un secrétariat particulier dont le siège devait être au Mexique, à cause de sa position géographique et de la présence de nombreux réfugiés politiques qui y vivent. La direction politique propre du mouvement communiste en Europe occidentale devait être réservée à l’exécutif du bureau d’Amsterdam et composée de trois camarades hollandais, dont deux devaient être élus par la conférence internationale, le troisième étant nommé par le parti hollandais. La conférence avait déjà formé l’exécutif. Elle avait élu le camarade Rutgers et la camarade Roland-Holst, et le parti avait désigné le camarade Wijnkoop pour le représenter. Des représentants des communistes des différents pays devaient faire partie du bureau d’Amsterdam, et être en liaison étroite et régulière avec eux. Si l’on ne pouvait arriver à un accord sur des actions internationales nécessaires et urgentes, la décision serait laissée dans les seules mains de l’exécutif hollandais du bureau. Bien que les délégués venus d’Allemagne n’aient pas pu se concerter, ils ont été unanimes à rejeter catégoriquement cette résolution. Ce que nous avions déjà vu de la composition et des fonctions du bureau d’Amsterdam nous faisait comprendre qu’aucun organisme d’action international vigoureux ne pourrait être construit de cette façon. La coexistence du bureau international d’Amsterdam et du secrétariat d’Europe occidentale provoquerait facilement une dualité de l’activité et de l’action. Nous avions besoin d’un organisme qui rassemble et ne pouvions admettre un partage en deux, puisque nous voulions réaliser l’unité de l’action internationale. Et maintenant les camarades hollandais prévoyaient une sorte de partage en trois de l’organisme international. Nous avons en outre exprimé l’opinion que si l’on voulait édifier en Amérique un bureau particulier, il fallait le fixer là où se trouve le centre du mouvement révolutionnaire, aux Etats-Unis. Nous nous sommes dressés avec toute notre fermeté contre la localisation du bureau principal à Amsterdam. II nous paraissait incompréhensible que l’action de rassemblement international des communistes d’Europe occidentale doive émaner de la Hollande et que les représentants des partis communistes des autres pays ne puissent exercer proportionnellement qu’une influence aussi réduite sur la direction. La direction d’actions unitaires internationales ne peut venir de Hollande comme un forain. Nous avons rappelé à ce propos que dans aucun pays l’espionnage d’une centrale communiste pour l’Europe occidentale et l’Amérique n’est aussi facile que précisément dans la petite Hollande [17].

Mais plus important encore était le fondement politique actuel de notre opposition à la résolution. La direction de l’Internationale pour l’Europe occidentale doit avoir son siège dans le pays qui est le centre, le champ de bataille décisif pour la marche en avant de la révolution mondiale. La Hollande n’aura pour la révolution mondiale aucune importance particulière. Elle est pour la révolution mondiale ce qu’elle est pour l’économie mondiale, seulement un pays de transit. Le siège de la délégation d’Europe occidentale de la III° Internationale est là où la révolution agit, lutte, vit. (...) Nous revendiquons pour l’Allemagne le siège du bureau international. Un camarade hollandais a expliqué que l’Allemagne se trouvait exclue de la marche en avant de la révolution. Et celle-ci se poursuit là où la contre-révolution est la plus faible, où elle se heurte donc à la moindre résistance. Aussi avance-t-elle d’abord en Inde puis de là elle passera dans les autres colonies anglaises et les dominions, arrivera en France et en Italie et, finalement, en Allemagne. Dans ces conditions, il s’imposait de situer en Hollande le bureau dirigeant. Et notre camarade hollandais poursuivait en disant que la liaison avec le centre momentané de la révolution pourrait au moment voulu être facilement assuré par le fait que les membres de l’exécutif pourraient séjourner provisoirement dans le pays concerné. Nous avons maintenu que le siège de la direction appartenait à l’Allemagne, pays qui est aujourd’hui le cœur de la révolution en Europe occidentale. Déjà, au sein du bureau d’Europe occidentale ont pu être délégués d’excellents représentants de tous les pays qui n’ont pas encore été précipités dans le maelström de la révolution. Nous avons renvoyé aux motions de la préconférence d’Allemagne [18] sur l’organisation du bureau et la liaison internationale. Tous nos efforts se sont heurtés au refus des Hollandais. Nous avons cependant obtenu leur accord pour la préparation d’une nouvelle conférence prévue en mai. Les préparatifs et travaux préparatoires seraient assurés en commun par le bureau d’Amsterdam et le secrétariat d’Europe occidentale. Les deux organes de la III° Internationale devront continuer à fonctionner et travailler le plus fraternellement possible, dans la même orientation internationale. Tel est le résultat de nos entretiens avec nos camarades, autant que j’y aie pris part.

Camarades. II est d’une immense signification que le parti communiste, à ce congrès, adopte la résolution qui lui est présentée par le secrétariat d’Europe occidentale. Il n’y a pas de doute sur notre position à l’égard du bureau international de Hollande. Le congrès doit affirmer qu’il ne peut reconnaître le bureau de Hollande comme l’unique direction qualifiée des actions communistes en Europe occidentale. Si nous voulons faire progresser la révolution, il ne suffit pas de nous prononcer pour la résolution et pour la III°Internationale, pour la réunion d’une conférence des communistes d’Europe occidentale et pour l’établissement d’un organisme efficace de la III° Internationale. II s’agit avant tout pour nous de pousser de l’avant en Allemagne la révolution dans l’esprit de la III° Internationale. Pour cela, clarté et fermeté sur les principes, homogénéité d’organisation de notre parti C’est lui qui doit prouver sur la base de son propre travail révolutionnaire, attester par son combat révolutionnaire que c’est à bon droit que nous revendiquons que le siège de l’organisme dirigeant d’Europe occidentale pour la III° Internationale soit en Allemagne. II s’agit donc pour nous de démontrer, non seulement par des motions, mais dans la vie, la position dans les actions de notre parti, que son esprit est animé par l’esprit de Moscou, qu’il a conscience de son devoir de jeter les ponts sur lesquels la flamme de la révolution passera d’Orient en Occident. (...)

Paul FRÖLICH.

Je ne peux qu’ajouter quelques éléments. Participaient à la conférence des délégués d’Angleterre, représentants du parti communiste, des Shop Stewards et un du parti socialiste [19], des représentants de l’Amérique et du Mexique, plus tard un de Belgique, les représentants de Hollande, un Chinois dont chaque mention provoquait la joie, alors que les camarades [20]. Il n’y avait pas de représentants d’Allemagne, de France, d’Autriche, de Pologne, de Scandinavie, de Russie, des Balkans, etc.

Je veux encore souligner que les représentants anglais et américains se trouvaient en Hollande avant qu’on nous ait adressé une convocation. La conférence devait commencer le 2 février et c’est seulement à notre demande qu’elle a été retardée de... 24 heures. Nous n’avons pu obtenir de rapport sur la situation dans les autres pays. Nous n’avons pu prendre connaissance des résolutions en les lisant que dans nos entretiens avec quelques camarades. Des décisions ont été prises, dont la camarade Zetkin a parlé. Nous pensons qu’on ne doit pas compter sérieusement sur une série de manifestations le même jour. Les actions en faveur de la Russie doivent partir des pays eux-mêmes et ne peuvent être décidées de l’extérieur. Il faut un élan initial particulier dans les pays eux-mêmes.

La résolution de la conférence sur la question syndicale exprime dans son fondement les vues de l’opposition. La base de la résolution sur la question syndicale est l’affirmation que les syndicats sont des organes de l’aristocratie ouvrière et doivent donc être détruits. Les camarades hollandais nous ont reproché de n’avoir jamais encore considéré la question sous cet angle. Nous leur avons dit que notre opposition elle-même ne nous a jamais fait ce reproche et ainsi qu’ils ne pouvaient affirmer sans se ridiculiser que les six millions de membres des syndicats allemands appartenaient à l’aristocratie ouvrière.

Et puis, il y a la décision sur le siège du bureau. Je veux dire encore qu’il était prévu un bureau en Espagne. En substance, c’était parce qu’il n’était pas possible d’établir des liens avec l’Espagne et qu’on voulait y contribuer en y constituant un bureau. Le secrétariat d’Europe occidentale devait s’abstenir d’actions politiques ou n’en entreprendre que dans la sphère de l’Europe centrale. Puisque le secrétariat d’Europe occidentale a bien travaillé, ce bureau conserverait l’appareil technique [21] et on imprimerait ici les textes élaborés sous la direction des Hollandais, le secrétariat d’Europe occidentale ne se verrait ainsi pas totalement dépouillé.

Nous avons demandé aux camarades hollandais d’envoyer d’Amsterdam un camarade qui pourrait militer dans le mouvement allemand au lieu de nous faire gaspiller nos forces en Hollande dans un endroit mort. A la fin, les bons Hollandais ont dû reconnaître l’argument comme véritablement pleinement valable et qu’il nous fallait convoquer ensemble une conférence à la mi-mai. Nous avons alors essayé de tirer de cette situation ce qui était possible et, comme c’était impossible, fait des propositions écrites. Le contenu de ces textes était la constatation de notre opinion sur la conférence qui avait lieu, à savoir qu’elle avait été mal située et mal organisée. Nous avons déclaré que c’est une illusion que croire qu’Amsterdam puisse être le siège d’une conférence. On nous a alors dit que cela ne serait pas positif dans les pays de l’Entente si une invitation venait d’Allemagne. Nous avons dit que l’Internationale devait s’affranchir de tels préjugés. Nous avons proposé que le secrétariat d’Europe occidentale reste en place, qu’Amsterdam prenne la liaison avec l’Amérique, qu’on cherche à convoquer à la mi-mai une nouvelle conférence et qu’un camarade de Hollande entre dans le secrétariat d’Europe occidentale. Et nous avons obtenu une réponse du camarade Rutgers dans laquelle il déclarait qu’il pensait également que la conférence ne pouvait être considérée comme totalement souveraine. Qu’il pensait qu’ils devaient préparer les actions en commun avec nous. Ils refusaient la direction politique du secrétariat d’Europe occidentale. J’ai eu alors l’occasion de prendre position sur le contenu du bulletin [22]. Il y a dans son premier numéro un article du camarade Horner [23] sur les divergences dans le K. P. D. Cet exposé est si peu objectif qu’on y fait ressortir comme des points essentiels des choses qui, pour nous, jouent un rôle secondaire, que la position des chefs et les intentions du parti communiste conduiraient plus tard à la dictature du parti. Au total, l’affaire est présentée de façon partiale, affirmant que nous voudrions participer au parlement et nous unir avec l’U. S. P. D., etc. Là-dessus, après l’arrestation de la camarade Zetkin, j’ai adressé au camarade Rutgers une protestation à la suite de laquelle j’ai été informé que le camarade Rutgers ne pouvait retirer l’article en question, le bulletin étant à l’impression [24].

Résolution sur la dernière conférence internationale [25]

Considérant,

que les plus importants et les plus forts des partis adhérant à la Internationale n’ont pas pu prendre part aux décisions de la conférence internationale en Hollande,

Considérant en outre,

que les fondements des décisions de tactique et d’organisation de cette conférence n’ont pas été suffisamment soumises à la discussion internationale.

Le congrès du K. P. D. affirme que ces décisions ne peuvent être considérées que par quelques délégués de Hollande, d’Angleterre et d’Amérique comme obligatoires, pour un congrès international représentatif à venir. Le congrès fait connaître son point de vue au comité exécutif de la III° Internationale et lui demande de prendre position. Le congrès appelle le comité exécutif avec le secrétariat d’Europe occidentale et le bureau hollandais à convoquer dans un délai pas trop éloigné un congrès représentatif de l’Internationale communiste dont l’objet essentiel sera la définition de la tactique communiste.

Le congrès juge utile que le secrétariat d’Europe occidentale continue à travailler comme auparavant. II compte avant tout que le secrétariat d’Europe occidentale reconstituera les liens avec la France, l’Italie, l’Angleterre, la Suisse, la Scandinavie, les pays danubiens et balkaniques afin de rétablir un contact international vivant. Le congrès escompte le règlement définitif de cette question d’organisation avant le congrès qui doit être convoqué.

Le congrès affirme que l’activité antérieure du secrétariat d’Europe occidentale a témoigné de son efficacité et de son utilité et qu’un organisme politique de l’Internationale communiste pour l’Europe centrale, occidentale et méridionale ne peut être fécond que s’il est porté par un mouvement révolutionnaire vivant.