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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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E3 - La conférence d’Amsterdam vue par le communiste autrichien Toman. Lettre de Toman à Serrati - 10 mars 1920
Article mis en ligne le 27 mars 2019
dernière modification le 24 mars 2019

par ArchivesAutonomies

LA CONFÉRENCE D’AMSTERDAM VUE PAR LE COMMUNISTE AUTRICHIEN TOMAN [1]

Vienne, le 10 mars 1920.

Cher Camarade Serrati,

Je profite de l’occasion de votre courrier pour vous envoyer un très bref compte rendu de la conférence internationale d’Amsterdam [2].

A mon avis, elle n’a pas été bien organisée. Les différents pays ou bien n’ont pas été avertis du tout, ou bien l’ont été si tard qu’ils n’ont pu arriver à temps. Etaient présents à la conférence : 4 groupes d’Angleterre, 2 d’Amérique, et les Hollandais. Ces trois pays avaient des mandats réguliers. Etaient en outre présents : 1 camarade du Mexique, 1 de Chine, mais ils n’avaient aucun mandat de leurs partis. Présents à Amsterdam, mais qui n’ont pas pu participer parce qu’ils étaient surveillés par la police : le délégué des communistes suisses et celui de l’opposition allemande [3]. Les délégués d’Allemagne et deux de la gauche social-démocrate suisse sont arrivés en retard. Sont arrivés après la fin de la conférence les délégués autrichiens, tchèques, yougoslaves, hongrois, roumains, et bulgares [4]. Les groupes de la gauche française ont envoyé une lettre.

Déjà à cela vous comprendrez à quel point le congrès était mal organisé. II y a été décidé de mettre sur pied à Amsterdam un secrétariat de la III° Internationale et de maintenir avec tous les pays un service de courriers fréquent et ininterrompu. Puis on a traité la question du parlementarisme et des rapports du parti communiste avec les syndicats. Comme la majorité des pays, surtout de ceux qui sont dans la première phase de la révolution, Allemagne, Bohême, Autriche, Hongrie, n’étaient pas présents, on a pris sur la question du parlementarisme et des syndicats des décisions qu’on n’aurait certainement pas prises si tous les pays avaient été présents [5].

Tout cela nous a donné l’impression qu’il existe une rivalité entre le bureau de Berlin et celui d’Amsterdam, chacun prétendant avoir la priorité.

A la suite d’une discussion entre le représentant du secrétariat d’Europe occidentale avec les représentants qui avaient été élus au bureau d’Amsterdam, il a finalement été décidé ceci : il y a un bureau à Berlin et un autre à Amsterdam. Toutes les directives politiques et les décisions doivent être prises en commun et publiées par les deux bureaux. Ces derniers doivent préparer et bien organiser un grand congrès, où tous les partis soient représentés. Tout sera déterminé par les deux bureaux, ensemble. La situation est telle que, dans la mesure où aucun des deux bureaux n’a été désigné par un congrès de délégués des différents pays, aucun n’est investi de l’autorité nécessaire. II est donc absolument nécessaire, dans l’intérêt d’un bon fonctionnement et d’un développement uniforme du mouvement prolétarien international, que ce congrès soit convoqué. La direction du parti communiste allemand a approuvé une résolution dans ce sens à son congrès de Karlsruhe, l’adressant au bureau d’Europe occidentale. La direction centrale du parti communiste autrichien a envoyé presque immédiatement une résolution analogue. Dans l’intérêt de la chose, nous prions le parti-frère italien d’envoyer également à Berlin une résolution demandant la convocation du congrès. II faut mentionner en outre que, selon l’accord entre les bureaux de Berlin et d’Amsterdam, il a été décidé de rattacher au bureau de Berlin les pays proches : tous les pays frontaliers de la Russie, l’Allemagne, l’Autriche, la Bohême, l’Autriche allemande, la Hongrie, la Yougoslavie, l’Italie, la Bulgarie, la Roumanie, la Turquie et la Grèce. Tous les autres pays, y compris l’Amérique, seront rattachés au bureau d’Amsterdam. En ce qui concerne la France, aucune décision n’a encore été prise. II a été créé à Vienne une section du bureau d’Europe occidentale qui doit assurer la liaison avec les pays suivants : Bohême, Autriche allemande, Hongrie, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie, Turquie et Grèce. Tous les autres pays doivent s’adresser directement à Berlin. La section de Vienne dépend sous tous les rapports du bureau pour l’Europe occidentale.

Je me limite à ce bref rapport, parce que je suppose que vous serez rapidement informé grâce à votre courrier et qu’un rapport complet vous sera adressé par qui de droit.

Je voudrais encore, dans l’intérêt de l’entreprise, insister pour que nos camarades italiens envoient à Berlin une motion pour demander la convocation du congrès.

Je vous prie, lors de la venue à Vienne du prochain courrier, de m’accuser réception de cette lettre [6].

Cordial salut.

K. TOMAN