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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Autonomie et mouvement étudiant
{Autonomie pour le communiste}, n°2, 28 Avril 1979, p. 4.
Article mis en ligne le 5 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Quatre semaines de grève à St-Charles, trois à Censier : lo mouvement s’étouffe. Il s’étouffe de n’avoir pas su analyser ce que signifiait exactement le "Tout, tout de suite" que réclamait en AG un étudiant d’art plastique.
A occuper gauchistement le ter­rain miné des réformes, 4/5e circulaire Bonnet ou autre "sou­tien aux vacataires en lutte", soutien verbal et en fait purement velléitaire, les étudiants se condamnent à se mordre ia queue et à gérer une grève que les gauchistes, vu le peu de mobilisation autours de ces thèmes, ont depuis longtemps abandonnée. A vouloir lutter dans un cadre aussi étroit le mouvement étudiant, faute de ménoire, réitére depuis 68 les mêmes échecs. JAMAIS le Capital n’est revenu sur une seule de ses réformes des structures. Tout au plus les a-t-il maquillées et rebalancées après chaque grève. La restructuration de l’Université est aussi inéluctable que celle de la sidérurgie et s’inscrit dans la même logique de rationalisation-rentabi­lisation ; C’est pourquoi, toute lutte strictement défensive concernant les crédits, le démentellement de facs etc.,, sans possibilité de globaliser, d’acquérir un point de vue sur la société toute entière fait reculer le mouvement. Par ailleurs, le mouvement stagne de n’avoir pu déboucher sur le terrain social, celui des besoins, sur le seul terrain susceptible d’opérer une conver­gence effective avec d’autres caté­gories sociales, chômeurs, intéri­maires, stagiaires Barre, etc... par des pratiques communes d’autoréduction, réappropriation et occu­pation etc... et dans une perspective d’homogénéïsation politique sur la base des revendications également communes dont la clé de voûte serait : revenus garantis pour tous ! S’il faut, à ce niveau, tirer le bilan d’un "échec", puisque même l’intervention spectaculaire des flics à Censier comme précédemment à Tolbiac et St-Charles n’a pas, malgré ce que comporte d’inquié­tant cette pratique désormais fré­quente, déclenché ne serait-ce que l’amorce d’une protestation anti-répression ; il faut également re­marquer que cette grève a permis de clarifier chez beaucoup un cer­tain nombre de choses. Si la méfiance naturelle envers les syndicats et orgas se manifestait préalable­ment au niveau du comportement d’une manière instinctive par le boycott des divers votes, déléga­tions mandatées ou autres manifestations de ce type, vu l’inefficacité notoire de ces pratiques, elle a trouvé désormais son expression politique. L’autonomie apparaît maintenant clairement comme la seule alternative face au PC (satellites gauchistes inclus) comme le seul espace politique. Et cela, bien que certaines réticences, somme toute idéologiques, restreigne encore l’impact de cette prise de conscience (par rapport à la violence par ex.).
Qu’on se le dise : une grève de fac, quelles que soient les formes qu’elle est susceptible de revêtir (molle, tendre ou dure, à glander, révâsser au Soleil ou avec des piquets de grève fermes et des manifs violentes...) reste fondamentalement subverslve en bloquant le fonctionement de l’institution universitaiie dans un lieu où s’exerce, l’oppression sociale, dans un "LIEU DE TRAVAIL".
Qu’on ne s’y trompe pas, derrière les divers "prétextes" (contrôle, soutien à une juste lutte quelconque...) parce ce qui constitue le substrat même de la grève : le ras-le-hol généralisé, le refus des études, du travail que sanctionnent de plus en plus sélectivement des diplômes sans valeur. Et qu’on ne prétende plus que la grève est menée dans le but d’améliorer les conditions d’enseignement, alors que tout nous démontre que ce qu’on y refuse est l’apprentissage à la discipline du travail (assiduité, présence, performance...). C’est pourquoi, le refus, dès la fac, de la productivité revêt un contenu beau­coup plus politique qu’on ne le pense comme expression d’un comportement de rupture qui brise le consensus universitaire. La lutte menée en fac est donc directement politique dans la mesure où l’Université comme l’Ecole est un lieu de travail comme les autres, où défen­dre des objectifs matériels contre le Capital (revenus, gratuité...) pré­sente un caractère subversif, car entre le rôle de l’Ecole et les be­soins des étudiants il existe un anta­gonisme fondamental. L’Etat nous impose de travailler le plus et le moins cher possible, nous nous voulons un maximum de fric pour un minimum de travail !
La conception de l’étudiant privi­légié, si elle demeure enracinée dans les têtes les plus obtuses, ne résiste plus à l’évidence des faits. Personne ne peut décemment prétendre qu’une piaule de bonne, le restau-U midi et soir et un boulot d’intérim ou au noir forme le quotidien d’un petit bourgeois ! Et les savantes analyses sociologiques sur l’origine sociale n’y feront rien. L’étudiant est un jeune prolétaire, un ouvrier social et cette appartenance à la classe est d’autant plus évidente qu’il effectue le même type de tra­vail précaire (rôle important dans ia main-d’œuvre mobile). Et s’il travaille c’est non seulement pour reproduire sa force de tavail mais aussi pour payer sa "formation".
Il effectue ainsi un travail non ré­munéré, gratuit car le Capital, tout en s’appropriant le maximum de travail social, refuse de lui recon­naître la statut de travail rétribuable comme tel (d’où la revendication du revenu étudiant).
Et qu’on cesse de nous parler du fossé qui sépare la fac du boulot, de l’inadéquation entre la qualification et le travail ; il ne s’agit pas d’un anachronisme, d’un mal justement manifeste. La Fac remplie son rôle. Elle n’est pas sans discernement une fabrique à chômeurs mais une entreprise où l’on fabrique les travailleurs mobiles et interchangeables dont à besoin le Capital dans un processus productif désormais en permanente restructuration.
Et face à cela, sut quelles orientations centrales et diffuses pouvons nous nous déterminer ? Quand tes étudiants autoréduisent les cinémas et les restaus de quartier, piquent dens les supermarchés, fraudent dans le métro et refusent de payer loyer, électricité, etc... même si cette démarche se situe sur le terrain des besoins, ces tactiques ponctuelles n’introduisent pas suffisamment les éléments de rupture sur la fonction sociale de l’étudiant assignée par le Capital. Elles n’abordent pas réellement le problème du revenu. Il est nécessaire dans un premier temps de stabiliser, dans les FAcs, les niveaux de comportement de rupture généralisée, au moyen de collectifs d’agitation. Il fait pouvoir se dégager de l’impasse du cadre instutitionnel des AG de légitimation légaliste qui censure et freinent les initiatives politiques contre le contrôle social et les médiations d’auto-réduction. Les luttes de la fraction étudiante du nouveau secteur de classe se concrétisent entre autre dans la gratuité des repas au restau U, par l’exigence d’une note politique d’auto-valorisation dans les UV éliminatoires par ex. qui empêche le rouage du contrôle social sélectif. Les rondes pratiquées sur les profs qui saquent constituent un rapport de force où il est décidé de la note comme prix politique de la force de travail formée. Le prix de la note politique des UV est une petite média­tion qui compense le travail étudiant non-rémunéré. Il existe des possibilités de proposition globale d’autoréduction des œuvres universitaires (CROUS) qui donnent les indications pour s’approprier les valeurs d’usages et non pour se mar­chander, pour se vendre en valeur d’échange. Présenter l’enjeu des grèves de loyer en résidence, en foyer universitaire etc... signifie le refus de se faire extraire la plus-value sociale étudiante par le CROUS gestionnaire des boulots précaires et de l’augmentation des prix sociaux des résidences (R et RU). L’expression de nos besoins est continue et diffuse dans l’exer­cice du contre-pouvoir . Il ne faut pas oublier que c’est dans le cadre des premiers niveaux de contre-pouvoir qu’à Tolbiac, Censier et St-Charles il y a eu intervention directe des CRS. La formulation du contre-pouvoir s’applique à tra­vers des fêtes, concerts politiques, des radio-libres et l’occupation effective des lieux, de par les dèbats et les indications politiques qui circulent. Mais, il est bien clair que la ligne directrice se définie sur le terrain de nos revenus garantis lieux de convergence avec les différentes figures qui composent l’ouvrier social.

UN PROJET D’ENQUETE SOCIALE

Il pourrait, d’autre part, s’avérer intéressant que se forme dans les Facs des groupes d’enquête. Ainsi, par exemple, sur la question des vacataires, il serait utile de ne pas rester sur les simples bases de l’intégration des vacataires, et de voir, dans ce domaine, quelle est la politique réelle de t’Etai. Sur ce point il apparaît que l’Etat cherche à liquider une partie des vacataires. En effet, la politique actuelle de l’Université vise à ne plus avoir d’enseignants vacataires dont le poste soit le seul moyen de subsistance mais eu contraire d’embaucher en vacation ceux qui disposent déjà d’un emploi garanti. Par ce procédé, le ministère n’est plus l’employeur principal. L’État évite de cette façon la réaction de ceux qui bossent car n’ayant que cet unique emploi il pourrait revendiquer en contrepartie les congés payés, les congés maladie, la sécurité sociale.
Les vacataires deviennent ainsi, en quelque sotte, les femmes de mé­nage de l’Université. Les titularisés eux cumulent les postes ceci au profit de l’État. Or, en favorisanl cette politique : vacation et s’alaire d’appoint, l’État attaque directement les étudiants qui par le biais de la vacation voulaient tenter de pénétrer dans un carrière d’enseignement.




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