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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’autre Front populaire
Négatif N°8 – Février 2007
Article mis en ligne le 13 avril 2019
dernière modification le 19 avril 2019

par ArchivesAutonomies

Ces derniers temps, le Front populaire a souvent été évoqué comme période de conquêtes sociales sans précédent, anniversaire oblige (1936-2006), célébration sur fond de liquidation des acquis sociaux et évocation somme toute teintée d’une bonne dose de nostalgie mouillée de quelques larmes, comme s’il fallait faire danser le cadavre pour mieux exorciser un événement sur lequel il n’est rien dit d’essentiel.

Il n’est donc pas étonnant d’entendre les médias et les politiques s’emparer du thème de la vie nouvelle, matérialisée au moment du Front populaire par la baisse du temps de travail et les congés payés, notamment ; autant d’acquis octroyés par la coalition de gauche qui gagne les élections en avril 1936.

Rappelons que, si le gouvernement Blum est investi à l’Assemblée nationale le 6 juin, dès le mois de mai des grèves ouvrières avec occupation s’étendent rapidement pour atteindre le chiffre de 500 000 grévistes début juin. Cette grève générale n’a pas été ordonnée par les directions syndicales ; elle a surgi spontanément de la conscience des travailleurs du fait de la crise économique qui sévit alors et de la perte du pouvoir d’achat qui touche très durement une partie des ouvriers à la suite de la mise en place de politiques déflationnistes. Si Léon Blum ne réprime pas la grève de peur de se couper de sa "base", il n’est pas non plus très enchanté de cette situation. [1] Toutefois, les accords de Matignon sont réclamés au départ par le patronat lui-même qui prend ainsi l’initiative d’une sortie de crise. C’est que, face à un mouvement qui risque d’échapper au contrôle institutionnel (directions syndicales et partis), Léon Blum apparaît comme l’homme du compromis historique, celui qui est capable de ménager les intérêts du capital tout en canalisant les ardeurs populaires. La victoire de la tendance modérée du Front populaire, représentée par L. Blum, est donc bien aussi celle des tenants de l’ordre social finalement préservé quand le mouvement de grèves sauvages reflue.

Quant à "la vie nouvelle" qui est sortie de la victoire du Front populaire, et il ne s’agit certes pas de nier des avancées sociales, elle laisse du temps libre aux travailleurs, mais ce temps disponible sera à terme colonisé par le capital sous la forme des loisirs et du divertissement. Cette "révolution culturelle" ne fut pas totale puisqu’il n’y a pas eu remise en cause des fondements de l’édifice capitaliste. L’utopie s’efface avec la fin de la grève générale pour laisser la place à une modernisation du capitalisme.

Aujourd’hui comme hier, seule une lutte politique et sociale effective et déterminée dans nos quartiers et sur nos lieux de travail pour une transformation sociale radicale représente un combat réaliste. Tout moyen d’action autre que la grève générale révolutionnaire se donnant pour but l’abolition des rapports de domination ne peut maintenant passer que pour de la complicité politicienne.

Ni ordre juste, ni juste l’ordre — Seulement la liberté !