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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Éditorial : Trop belle pour être sage... l’autonomie
{Autonomie pour le communiste}, n°2, 28 Avril 1979, p. 1.
Article mis en ligne le 5 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Le 23 mars : provocation, le 23 mars : destructions, le 23 mars : révolte et violence d’une classe qui exprime son ras le bol des luttes récupérées et négociées par et pour d’autres. Trois thèses, trois discours inutiles, faux et tronqués. Trois discours négatifs po­sant l’État comme unique détenteur des capacités de décision. La "provoca­tion" veut dire que l’État se bat contre lui-même, douce aberration qui nie la présence d’un autre acteur. "Destruc­tions" et "révolte" esquissent un autre acteur qui n’est présent que par son refus de la restructuration politique de la production.
Un misérable sans aucune imagina­tion acculé à la violence, un jeune prolétariat ne pouvant plus ni aimer ni créer, un desesperado qui préfère une fin effroyable à une vie de merde, totale­ment livré à sa "pulsion de mort", voilà la figure que la presse consciencieuse et une gauche intégrée ei impuissante présentent comme le prix social à payer "si l’humanité ne veut pas retourner à l’ère de la bougie". Ces discours doi­vent être combattus. Souvent, il ne tient qu’à nous qu’ils n’existent même pas. Si nous prenons l’exemple des médias, plutôt que d’hurler à la pourriture de la presse vendue, mieux vaut hurler notre volonté de développer les radios libres et d’empoisonner les ondes de nos poésies-boulons-lames de rasoir. Met­tons en avant notre positivité en y posant le sceau de la subversion au lieu de considérer nos alternatives comme des joujoux agitatoirs que d’autres investissent et détournent.
Valorisons-nous sur nos acquis et plus seulement sur notre refus. Il en va de même pour le mouvement structuré contre le nucléaire. Il n’est plus question de seulement "parler antinucléai­re" en se restreignant au refus du projet capitaliste et de passer sous silence toutes les alternatives que le mouve­ment a su produire, le choix politique qu’il a su opposer à l’énergie nucléaire malgré le bourrage de crâne sur l’"unique que solution" (que la gauche sans cervelle, qui refuse d’en appeler à une intelligence des masses qui la dissou­drait sur l’heure, n’a jamais su affir­mer). L’argument est de taille : dans le projet d’une énergie auto-déterminée et auto-contrôlée, c’est la volonté de communisme immédiat qui s’exprime, ce profet menant à l’organisation de contre pouvoirs, seuls garants de l’autonomie, qui s’affrontent directement à un niveau international à la toute puissance des multinationales.
En ce sens, l’autonomie ("faire sa propre loi", ce qui n’a rien à voir avec l’autarcie que développent certains ca­marades anarchistes) bénéficié d’un grand apport théorique quand le mou­vement anti-nucléaire expérimente les "énergies douces". Quand ce mouvement démontre qu’autre chose est possibbe et nécessaire, il dépasse le refus de ses origines. Il offre alors la possibilité aux consommateurs (de classe ?) d’être indépendants d’une forme d’État para­noïaque, donc totalitaire. La société peut ne pas s’enfermer dans un projet centralisé, dangereux, qui mene irrémé­diablement à la violence réactionnaire.
Il est grand temps d’affirmer parallè­lement que le jeune prolétariat est avant tout l’intelligence emprisonnée, ce qui se vérifie dans son génie de destruction, mais aussi dans le fait que la quasi-tota­lité des innovations sociales, humour compris, sort de son imagination, sans salaire en retour, il n’y a pas de gloire à cela d’ailleurs : étant partout dans le capital et fondamentalement contre lui, il est le seul à pouvoir le comprendre et à porter subjectivement les deux côtes de la médaille.
Arrêtons là les discours misérabilistes type "punk no future" et matérialistes 19e siècle type "que les bras à vendre". Battons-nous dans le mouvement pour qu’il porte aussi des échéances politi­ques autres que le cassage de vitrines qui commence à coûter cher en mois de prison et nous enferme dans une logi­que de criminalisation des luttes dont il sera difficile de sortir.
Les camarades du quinzomadaire Autonomie refusent un 1er mai Nation-Bastille où la présence d’un PC pro-nucléaire, pro-restructuration, pro-flics, pro-travail constituera une provocation brutale pour tout le mouvement et nous livrera aux flics avec tous les aléas que cela comporte. Notre proposition serait de faire un 1er mai à la campagne, pas trop loin du site sur lequel doit s’édifier la centrale de Nogent par exemple, avec musique, camping, forums et rassemblement pacifique, comme alternative à l’enterrement des grands boulevards. Le 1er mai n’est pas loin, mais ça vaut le coup d’essayer de ne plus être la chair à canons des imbéciles. Est-ce souhaitable ? Est-ce possible ? L’accident de Three Mile Island est-il oublié ?




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