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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Patrick Pennognon, déporté à la maison d’arrêt de Rouen
{Autonomie pour le communiste}, n°3, 12 Mai 1979, p. 3.
Article mis en ligne le 5 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Mardi 24 avril, dans la plus to­tale des catiminis, A l’aube blafarde des gonds qui crissent, Patrick Pennognon a été transféré à la maison d’arrêt de Rouen. Aucune raison, qu’elle soit officielle ou offi­cieuse, n’a été invoquée par l’administation pénitentiaire de la Santé pour justifier une telle mesure aussi éhontée. A six heures trente du matin, les matons sont venus le cueillir dans sa cellule, lui ont intimé l’ordre de rouler son baluchon et de les accompagner pour une virée en grande banlieue parisienne. La grande virée, c’était la prison de Rouen, terrain de manoeuvre d’un directeur célèbre dans le milieu des beaux murs (surnommé Kiki par ses détenus) pour ses loufoqueries paternalistes et ses extravagances crapuleuses.
Déjà début mars, Pennognon avait reçu la visite d’un responsable de la Santé lui signifiant expres­sément qu’il serait transféré dans un avenir proche. Son avocat aussitôt prévenu envoyait plusieurs lettres recommandées avec accusé de récep­tion à tous les services compétents de l’administration pénitentiaire et judiciaire pour que cette décision ne soit pas mise en oeuvre. Il insis­tait sur le fait qu’un tel transfert pour un détenu condamné à une "courte" peine était rarissime. Qu’en outre, si cette notification n’était pas rapportée, la demande de libération conditionnelle qu’il avait interjetée pour Patrick ne serait plus recevable à court terme. Qu’un tel procédé réduisait à néant les possibilités de réinsertion sociale de Patrick et entravait gravement la poursuite de ses études dans le me­sura où il avait satisfait à toutes les conditions requises pour pouvoir les continuer, et qu’un professeur de Paris 7 était prêt à lui donner des cours à la Santé. Qu’envers et contre tout Patrick présentait de sérieuses garanties de représentation. Aucune réponse ne lui avait été faite. Tout semblait rentrer dans l’ordre des catacombes. Et puis... ce 24 avril... Transfert à la maison d’arrêt de Rouen. Il est en tenue pénitentiaire, ne reçoit plus de journaux, peut recevoir du courrier mais ne peut y répondre.
Il est clair qu’avoir au recours à la seule glotte sensible de le mora­lité judéo-chrétienne pour s’opposer à une procédure de transfert ne lais­sait aucun doute sur son issue fatale.
En conclusion, la procédure de flagrants délits a pour unique pierre angulaire le procès-verbal des flics dans lequel sont consignées toutes vos déclarations. A toutes les phases de la procédure, cet élément est prééminent et souvent fatal à l’accusé, la décision du parquet de notifier l’inculpation et de délivrer le mandat de dépôt entérine souvent le procès-verbal concocté par les flics, et lors­qu’il s’agit de condamner le prévenu à telle ou telle peine le tribunal s’appuie toujours sur ce même pro­cès-verbal. Ne faites donc jamais de déclarations hasardeuses lors de l’interrogatoire des flics, attendez de pouvoir être assisté d’un avocat pour forger ensemble votre outil de défense, avec tous les atouts dans votre jeu.
Par manque d’information, par l’absence de relais et de filières suffisantes, par défaut de synchronisation aussi, il ne nous a pas été possible d’orchestrer sur le vif une pression politique à la mesure de cette pression pénito-judiciaire. En l’état des forces du C.D.M. nous ne pouvons que constater les dégâts et encaisser, ou réagir mais toujours devancés de trois longueurs par l’appareil répressif, ce qui est le lot de tout comité anti-répéression traditionnel. Le C.D.M. désormais ne se cantonnera jamais plus, ni ne sombrera dans ce travers périclitant mais entamera toute campagne anti­-répressive à la seule condition qu’elle soit articulée à des thèmes politiques mobilisateurs et pétris d’offensivité révolutionnaire.
Faire de le politique pour le C.D.M. c’est avant tout éviter que les prisons se repeuplent, ce n’est pas après coup tenter de les dépeupler : voila la cause perdue.
PS : Peu de lettre sont parvenues à Patrick, car peu de lettres lui ont été envoyées. Certes, une censure sporadique voire perlée existe dans les taules mais trop souvent elle sert à beaucoup d’alibi fallacieux pour ne pas écrire. Alors faites un effort, les constipés de la plume ! Cassez votre dilettantisme coutumier et tâchez de manier aussi bien le stylo à bille que la barre de fer. En un mot écrivez scéance tenante et en masse à Patrick. D’ailleurs, pour donner un peu plus de leste à vos poignets rouillés, marmonnez-vous cet adage : l’expéditeur d’aujourd’hui peut de­venir l’expédié de demain.
Et n’oubliez pas. l’heure est au talent, l’heure est à l’intelligence, l’heure est à l’autovalorisation du mouvement, l’heure est au rapport à l’écriture avec les embastillés de St-Lazare.

[/n° d’écrou : 20099 Cellule 41 2
Maison d’arrêt
1 rue de le Motte. 76038 Rouen/]

[/C.D.M./]




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