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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Normandie
{Autonomie pour le communiste}, n°3, 12 Mai 1979, p. 4.
Article mis en ligne le 5 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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MISE EN GARDE : Cet article ne veut pas répondre à toutes les questions, tous les problèmes qui peuvent être légitimement posés par l’analyse de phénomènes de radicalisation. En ce sens, il n’a aucune prétention si ce n’est de faire connaître un certain nombre de faits tels qu’ils ont pu être vécus par l’auteur de l’article... En ce sens aussi ces quelques lignes ne sont qu’une première contribution...

RENOUVEAU DES LUTTES EN BASSE NORMANDIE

[/"C’est nous qui sommes concernés. Le sujet révolutionnaire c’est nous. Celui qui commence à combattre et à résister est l’un d’entre nous"./]

Mai-juin 1978 :

Saviem, PAC, RUFA-SPEFA, toutes les usines du trust Moulinex, VIE Cherbourg, Arsenal de Cherbourg, etc. Une flambée de luttes comme partout nationalement après la victoire de Giscard aux législatives, victoire qui libère la colère long­temps contenue de la classe ouvrière... Colère étouffée par les Beau François, Afreux Jojo, Maigre Maire et Gros Séguy depuis la signature de leur programme commun de collaboration de classe en 1972...

Octobre 1978 :

Après la trêve sociale due à la coupure des vacances d’été, -ce repart dans la région... Les luttes qui démarrent à ce moment s’avére­ront en générai plutôt longues... Grêve avec occupation à Burty-Cherbourg, Tissages de FLERS, Fonderie GUERUEL, Mines d’HALBOUT, lutte au Bon Sauveur-Caen, grève dans la jeunesse scolarisée...

15 et 17 novembre :

Tout Ie monde a entendu parler de ces journées qui ont marqué un certain renouveau des luttes en cette douce France... À ce sujet, il n’est pas trop tard pour lire - ou relire - la presse du moment. notamment un article quasi-prophétique sur les suites de J.M. BOUGUEREAU dans LIBERATION, article intitulé "LE SIGNAL DE CEAN" et qui permet de comprendre assez bien ce qui s’est passé...

NOVEMBRE :

Au moment de ces manifs et des conséquences qu’elles auront sur la vie politique de la région démarre une grève avec occupation à l’EIN Grentheville... À Caen, on assiste à la généralisation à plusieurs quartiers d’une lutte contre les impôts locaux menée depuis un an sur le CHEMIN-VERT...

Janvier/mars 1979 :

Mobilisation sur CAEN et certaines villes de la région (Saint-Lô, Cherbourg...) au sujet du passage au tribunal d’une centaine de jeunes pour "usage illicite de stupéfiants".

22 janvier :

Le PACIFIC FISCHIER arrive à Cherbourg avec sa cargaison de mort... C’est l’occasion de réaliser la plus importent et la plus violente manif que la ville n’ai jamais connu à ce jour...

8 Mars :

Sac de la chambre de commerce et d’industrie de CAEN par 3 000 manifestants pour dénoncer la répression patronale et gouvernementale au lendemain des "incidents" de LONGWY et DENAIN...

20 mars/avril :
Lutte contre CARREFOUS S.A. par de nombreux consommateurs...

Cette liste de luttes ne prétend pas être exhaustive, mais en citant quelques dates, elle permet de fixer des repères afin de mieux saisir le processus de re-radicalition qui se fait jour sur le région.

La retour à la meilleure des écoles : la rue

Une première constante de toutes ces luttes et qui n’étonnera personne c’est la redécouverte de l’usage de la violence populaire comme moyen d’imposer un rapport de forces en faveur des catégories en lutte. A ce sujet, les manifs CROISSANT et ZAÏRE (Novembre 77 et Avril 78) que nous avions préparées clandestinement à cause des interdic­tions et tenues quand même avec la participation active de nombreuses personnes ont pu servir comme ré-apprentissage d’une certaine forme d’occupation de la rue malgré la présence inévitable des spadassins de Giscard-Bonnet...
Une remarque s’impose : l’emploi de la violence est très différent selon qu’il s’agit d’une lutte avec occupation d’usine ou d’une lutte incluant de multiples secteurs de l’activité sociale (cf : manif contre le Pacific Fisher)...
A MOULINEX-CAEN, par exemple, il s’est agi de riposter à une intervention des nervis de la CSL... Les principales boîtes de la ville ont mobilisé pour envoyer les travailleurs/euses aider à la conti­nuation de l’occupation. C’est la même attitude qu’on a pu retrouver lors de l’intervention des CRS à BURTY-CHERBOURG. C’est une espèce de redécouverte mitigée de l’auto-défense,. mitigée puisque n’envisageant pas d’aspects offensifs au niveau tactique...

Laissons la peur de nos cornes aux bêtes de "rouge"

Par contre, un certain nombre de manifestations ont revêtu un caractère offensif de masse même dans une situation politique des plus floues... Manifestation dé|à citée contre le Pacific Fischer où c’est autour des jeunes scolarisés et des travailleurs des arsenaux qu’ont été assumés les affrontements, il est intéressant de noter au passage que cette mobilisation a au lieu contre le PCF qui mène une politique productivité du tout nucléaire et que cela ne pas empêché les ouvriers das arsenaux de descendre cartonner du garde-mobile, alors que l’Arsenal de Cherbourg est le bastion traditionnel du PCF dans la région.
Sur la région s’est trouvé confirmé à maintes reprises un élément sur lequel il faut miser pour les combats à venir, élément que l’on retrouve de Sedan à Nantes, à savoir la participation massive et actives des jeunes et l’identité qu’ils peuvent retrouver conjonctuellement dans ces pratiques en tant que catégorie sociale au carrefour des oppression... Cela a été le cas lors de la mobilisation scolaire d’octobre, mais aussi au sujet de la mobilisation "drogue", mobilisation qui a vu en l’espace de deux mercredis, deux affrontements sévères avec les poulardins... On a retrouvé la même constante lors de la récente mobilisation contre Carrefour S.A. quand de nombreux jeunes ont attaqué le commissariat d’Hérouville et se sont tapés les gardes-mobiles et les videurs du centre commercial...

Nous n’avons rien à perdre que nos chaînes...

En général, les catégories sociales les plus exploitées et les plus opprimées sont à l’avant-garde de ces luttes, surtout dans une région où les révisionnistes staliniens du PCF sont traditionnellement faibles et incapables de structurer la classe ouvrière et ces mêmes catégories sociales comme ils le font dans leurs bastions... La relative jeunesse de la classe ouvrière sur la région n’a pas permis au PCF de se développer car celle-ci s’est constitué en pleine période de crise conjointe de l’impérialisme et du stalinisme : par exemple, la SAVIEM, plus grosse boîte de BASSE-NORMANDIE, ne s’est ouverte qu’en 1964...
Les luttes de RUFA ont été celles d’immigrés portugais, arabes et turcs, celles de MOULINEX, de la FICAPEM, de BURTY ont été essentiellement le fait de femmes, pour ne pas revenir encore sur le rôle de la jeunesse...

A-t-on besoin de dialectique pour lancer des briques ?

Et c’est sur ces catégories sociales les plus opprimées et les plus exploitées qu’il nous faut compter pour l’avenir, car les individus qui les composent n’ont rien à faire de ce monde inquiet, même s’il sent la poudre ! C’est une leçon que nous tirons ici en Basse-Normandie sur la remontée des luttes et leur re-radicalisation... Il faut nous orienter vers une meilleure compréhension de ce Mouvement où nous militons, de ses propres contradictions, etc. C’est de ces quelques aspects dont il sera question dans de prochaines contributions au bilan de pratiques... Il reste à souhaiter que ce type de pratiques se retrouvera dans les prochains numéros d’AUTONOMIE comme pierres à l’édifice du projet politique que nous mettrons sur pied dans et avec le mouvement...

[/Caen, le 7 mai 1979
Jean-Claude "Bidule"/]




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