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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Nouvelle flambée terroriste en France
{Autonomie pour le communiste}, n°4, 2 Juin 1979, p. 1.
Article mis en ligne le 6 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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L’Etat démocratique et libéral de notre beau pays commence à sentir la charogne. C’est pas nouveau, mais il y a des jours où ça saute encore plus à la gueule. Le génial Bonnet, par exemple, a bien compris les avantages qu’il pourrait tirer d’un renforcement du musellement des 20% de la classe ouvrière que consti­tuaient les travailleurs immigrés. Il a donc astucieusement mis au point un pro­jet de loi dont il est facile de souligner le caractère éminemment libéral-avancé :
1) Pour qu’un étranger pénètre sur le territoire français, lui faudra désormais être riche et non déviant. (Dans la langue de Bonnet-le-poète : accès interdit à toute personne ne disposant pas de moyens d’existence suffisants ou dont la présence constituerait une menace pour l’ordre public.)
2) Si, bien qu’ayant pénètre riche et bien-pensant sur le sol gaulois, l’immigré devient pauvre ou se mêle de la poli­tique, le fier Bonnet n’y va pas par quatre chemins : les camps d’internement, hors de tout contrôle judiciaire (Ça vous rappelle rien ?)
3) Emporté par son élan de justice et de générosité .notre héros, qui par ailleurs, doit amèrement regretter l’abolition de l’esclavage (très sudiste notre bon Bonnet), notre héros donc s’est dit qu’au point où il en était, autant qu’il aille jusqu’au bout. Il propose alors de renvoyer à la frontière les immigrés malades (c’est bon pour le déficit de la sécurité sociale), et les immigrés licenciés pour raison économique (ça fera des chômeurs en moins).
4) Enfin, pour ceux qui n’auraient pas encore compris, du Bonnet-de-l’In­térieur commente l’ensemble de ses pro­positions en précisant "les dispositions prévues sont indispensables pour assurer un contrôle efficace de l’immigration étrangère et la protection de l’ordre public."
L’ensemble des étrangers vivant en France sont tous suspects de déviance. Et le consensus s’établit autour de la mé­fiance. Le racisme est-il autre chose ? Le véritable terrorisme est celui qui tra­duit en actes les circulaires ministérielles. Les deux sénégalais grillés vifs dans l’hô­tel d’Orange ne correspondaient pas au "moule" libéral avancé et après tout, ce sont deux chômeurs de moins, deux malades de moins, deux déviants de moins. Bonnet veut seulement les enfer­mer dans des camps, les imbéciles racistes d’Orange les ont tués. Question de nuances
Dans la série des héros de notre temps. il y en a un autre qui tient le haut du pavé, c’est Peyrefitte, le perfide, champion toutes catégories dans ses spécialités : les flagrants délits, et la loi anti-casseurs. D’aucuns ont pu penser un moment que Marcellin resterait le maître incontesté de la chasse aux sorcières : c’était sous-estimer les capacités de notre St-Louis giscardien. En quelques mois, l’ancien combattant (démissionnaire de l’éducation nationale en mai 68) a acquis la légitime réputation du mi­nistre de la justice le plus clairement injuste de la 5e république II faut dire que 4 ans de prison pour une vitrine brisée, peu avant lui avaient osé le faire. Le 23 mars et le 1er mai ne l’ont pas calmé et Peyrefitte a réussi le tour de force de provoquer une levée de boucliers dans une classe politique pourtant bien complaisante quand il s’agit de réprimer toute menace au monopole du pouvoir d’État sur l’emploi de la violence. Tant pis pour lui, on en est pas encore tout à fait au modèle "Deutschland" qui en fascine d’autres. A Caen, par exemple. Certes les fascistes n’ont pas attendu Peyrefitte pour faire parler d’eux, mais
quelle légitimation ! Quand les libertés "démocratiques" sont bafouées par les plus hauts dignitaires du pouvoir bourgeois, c’est une aubaine pour les nazillons de tout poil. Là encore, l’important est de faire payer le prix politique de la déviance. L’État frappe cyniquement, comme un Machiavel new-look, en distribuant des années de taule, non plus sur un sujet spécifiquement soupçonné d’un délit, mais sur des comportements communs à des figures de classe qui sortent du cadre contrôle par les forces politiques traditionnelles.
D’autres, à Caen ou ailleurs agacer par cette "justice" tellement formelle qu’elle ne trompe plus personne, passent de l’infamie à la monstruosité. On préfère
torturer qu’emprisonner. Pourquoi pas, au fond ? Une croix gammée incisée au rasoir sur le torse ou la marque indélébile des taules giscardiennes, c’est encore une question de nuance.
Je connais un peu Caen pour y avoir séjourné récemment dans des circonstances assez curieuses, puisque j’y ai le plus clair de mon tempt à la sous-préfecture, menottes aux poignets, conversant agréablement avec les locaux à propos d’une histoire de cocktails molotov. J’ai été interrogé assez longuement puis relaché au bout de 24 heures. Cette anecdote serait sans intérêt, si la personnalité d’un des inspecteurs ne méritait pas d’être précisée. Il s’agit, si mes souvenirs sont bons de l’inspecteur Gaillardon. Après m’avoir posé quelques questions, ce dernier s’empara d’un bocal posée sur son bureau. Ce bocal, rempli de formol, contenait en outre deux oreilles de "nègre" qu’il avait découpé sur la tête d’un rebelle tchadiens après une fusillade dont il avait été un des deux protagonistes. Très attaché à ses souvenirs de fantassin-parachutiste, ce sympathique personnage me parlait sans rire des "terroristes autonomes" en caressant voluptueusement son Magnum 357 dont il m’a assuré réserver un plein barillet pour les casseurs de vitrines qu’il prendrait sur le fait. Comme je lui demandais avec toutes les précautions nécessaires, vu ma situation, si un inspecteur de police n’était pas tenu de respecter la loi, il me répondit sans le moindre humour qu’il se considérerait alors en état de légitime défense et, ajoute-t-il, s’il y a des survivants, je les poursuivrai pour violence à agents.
La réalité ne dépasse pas la fiction, elle y colle parfaitement. Les actions terroristes d’Orange, de Caen et surtout de Fréjus donnent toute leur authenticité à ce genre d’individu. L’actualité donne raison à l’inspecteur Gaillardon : une auto-réduction de concert coûte une balle dans la tête et une inculpation de violence à agents.
Nous étions déjà des inculpés en puissance après St-Lazare et le 23 mars, nous voilà maintenant des assassinés en sursis. L’État terroriste assassine, alors il faut criminaliser l’État ! L’autonomie est la seule forme organisée du contre-terrorisme.
Il s’agit aujourd’hui de développer dans l’autonomie immigrée et dans l’autonomie des jeunes prolétaires un puissant mouvement d’offensive contre les bouchers Bonnet, Peyrefitte, et autres serviteurs zélés du terrorisme. En l’occurence la publication de communiqués indignés auxquels on peut s’attendre apparaît d’ores et déjà comme dramatiquement dérisoire.
Il nous reste à définir précisément les formes que prendra notre riposte. On peut toujours poser la question à Peyrefitte : si une vitrine brisée mérite 4 ans de prison, que mérite une tentative d’assassinat avec préméditation d’un flic sur un jeune prolétaire ?




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