Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Contre l’État nucléaire
{Autonomie pour le communiste}, n°4, 2 Juin 1979, p. 4.
Article mis en ligne le 9 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Si les aspects les plus extérieurs d’un processus sont toujours ceux que l’on perçoit au premier abord, ils doivent être matière à un premier débrousaillage et non être des limites bornées de la compréhension de la réalité. Dans un premier article, nous avons essayé de montrer en quoi la nouvelle division du travail, le nouvel ordre mondial était déterminé par les USA, ou le capital est le plus qualifié et puissant et sur quelles bases matérielles cela se jouait (matières premières, énergies, automation). Et également sur quelles articulation cette démarche se confondait avec la propre histoire de la domination de classe en Europe.
Nous allons développer pourquoi cette construction dépend principalement du rapport de classes particulier à chaque pays. À savoir par exemple que la poltiique de dépendance pétrolière dans les années 60 était entre autre un moyen de se débarasser d’une classe de mineur du charbon trop organisée sur la défense de ses intérêts salariaux. Aujourd’hui le problème est de démasquer quelle est la teinture politique essentiel de ce tissu social économique recentré autour du projet de l’état nucléaire.

Anti-Nucléaire le débat est tout vert, il faut le mûrir.
AUTOVALORISATION OUVRIÈRE
ET RESTRUCTURATION CAPITALISTE

Toute l’histoire de la lutte de classe est caractérisée par l’affrontement entre autovalorisation de la classe et restructuration capitaliste. Chaque fois que les processus d’autovalorisation de classe ont atteint des niveaux inadmissibles, la société capitaliste a été contrainte à l restructuration (et cela par les luttes ouvrières et non pas par l’idéologie du progrès). Du salaire à l’horaire et à son organisation, l’impact de la lutte ouvrière a déterminé des espaces antagonistes de pouvoir, toujours plus ample, en étendant par là le terrain même des processus d’autovalorisation. Cette poussée énorme a forcé et imposé au capital des rythmes élevés de réorganisation sociale et de restructuration productive. C’est ainsi que la science du capital trouve en négatif dans la lutte de classe, le terrain même de son développement. Il y e toruve les indications sur les secteurs de recherche à privilégier, et les objectifs vers lesquels orienter les capacités d’innovation d el’intelligence sociale. La force de la lutte de classe se mesure précisément dans sa capacité à attaquer et à détruire les rapports sociaux et de production, à étendre le contre pouvoir à tous les niveaux, à casser la structure du commandement capitaliste.
"L’autovalorisation ouvrière et prolétaire est immédiatement destructuration du pouvoir ennemi, c’est le processus à travers lequel la lutte de classe investi directement le système de l’exploitation et son régime politique" (Antonion Negri "Dominio e sabottagio"). C’est le parcours du contre-pouvoir et de la libération de la classe, et il ne peut être enfermé dans les espaces étriqués des réformes capitalistes. Même s’il est vrai que dans certaines phases historiques, intérêts ouvriers et intérêts capitalistes ont trouvé une convergence dans le développement des forces productives.
Les grands sauts technologiques, qui ont caractérisé le passage de la production artisanala à la manufacture et à la grande industrie, ont déterminé des processus tels de socialisation de la production et de développement des forces productives qu’elles ont consenties une croissance parallèle de la valorisation de classe et de la valorisation du capital, donnant une forme apparemment unitaire et compatible au développement capitaliste. Aujorud’hui, dans l’État nucléaire, cette forme unitaire n’exite plus, les intérêts ouvriers et ceux du capital divergent radicalement. Le plan nucléaire à un niveau mondial, n’est pas un projet pour produire et assurer de l’énergie à la société, mais est une véritable offensive de destruction de la force ouvrière, et dans ce sens là elle devient aussi la plus gigantesque affaire économique du siècle. Le plan nucléaire représente la réponse capitaliste à la crise des années 60/70. "Quand, il y a une dizaine d’années, nous prévoyions avec une grande clarté que la contre-attaque capitaliste contre les luttes ouvrières se serait concentrée autour des problèmes de l’automation et de l’énergie, peu comprirent ce que ce passage de la restructuration allait signifier. Il signifiat, comme nous commençons à le voir ajourd’hui un saut fondamental dans le rapport - forme de l’état composition de classe -. (...) Mais c’est surtout à travers la politique énergétique que le capital tente de jouer une grande carte, celle de donner un absolutisme monstrueux à son pouvoir, celle de consolider de manière irréversible, pour une longue période, le commandement capitaliste, le régime du profit (...)
L’état nucléaire, fait de lénergie nucléaire, le chantage fondamental, la base à partir de laquelle légitimer l’existence d’un commandement plus destruturé". (Toni Negro, "Dominio et sabotaggio"). Ainsi les processus de restructuration de l’État-nucléaire ont attaqué directement la composition de classe des années 60/70, cassant la force de l’organisation ouvrière et prolétaire qui s’était basée sur cette composition. Pour atteindre ces objectifs le capital ne recule devant rien, même la production de mort, si celle-ci se matérialise en marchandise et en profut, elle est une très bonne affaire, et l’État-nucléaire en fait le chantage fondamental qui lui permet de légitimer le commandement du capital sur tout le tissu social, dans ses moindres ramifications : C’est pour toutes ces raisons que nous pouvons affirmer dans un premier temps qu’aujourd’hui dans l’État nucléaire il n’y a plus de médiations possibles entre autovalorisation ouvrière et valorisation du capital, ni en termes institutionnels (pas vrai Lalonde ?), ni en termes de défense de l’emploi (pas vrai Séguy ?).
Ni en termes institutionnels, si auparavant la représentation parlementaire des intérêts ouvriers, à travers le Parti communiste, correspondait à l’existence d’un pouvoir ouvrier sur une partie du processus productif. La dépossession complète par le capital du savoir ouvrier fait que l’état actuel n’a plus besoin de vérifier à travers les isntitutions parlementaires les contre-coups et résistances qu’engendreront ces différentes planifications. Les bases matérielles de la stratégie "socialiste" ayant été évincées. La plupart des accords militaires avec les autres pays, aussi bien que les manoeuvres financières ou les fusions de sociétés ne sont jamais présentées au parlement ou alors quand les jeux sont déjà faits. Tout ce "pouvoir démocratique" n’existe que pour mystifier les gens. Et la seule force de la gauche, face au pouvoir d’état, est celle de faire office de thermomètre (placez-le où vous voudrez !) pour mesurer le degré de cette mystification.
Ni en des termes de défense de l’emploi : le profil de l’État-nucléaire c’est , d’un côté la grande masse de la force de travail d’appoint au processus productif, main-d’oeuvre mobile et précaire, de l’autre les quasiment seuls travailleurs garantis qui sauront stabiliser l’emploi étatique, travailleront dans l’industrie de l’armement et du nucléaire. Ces emplois là ne seront jamais attaqués par l’État. La ligne de défense de l’emploi prôné par le PCFT, de façon mécaniste, fera que bientôt ce parti défendra plus que les intérêts de ces ouvriers là qui représenteront sa seule base de classe réelle, rendant son rôle absurde d’un point de vue de classe, n’en faisant qu’un appendice du pouvoir d’état. La vision "socialiste" et qualifiée du travail productif veut que le PCGT, à travers l’observation externe q’il faut des restrucurations capitalistes, exprime sa politique par la demande de création d’emplois garantis, avec la justification fameuse de possibilités de nationalisation. Or, dans le tissu productif restructuré par l’État nucléaire, les seuls emplois garantis ne pourront se créer qu’avec un développement de l’industrie de guerre et de mort : le pilier interne pour que le plafond de la troisième guerre mondiale soit atteint.
Dans un deuxième temps, l’intérêt ouvrier et prolétaire aujourd’hui, est le refus net du plan de reconversion, avec le blocage des technologies nucléaires et la volonté de barrer la route à l’État nucléaire.

Le mouvement anti-nucléaire

À travers les diverses initiatives du mouvement anti-nucléaire international on observe toujours les mêmes caractéristiques : brosse participation de masses hétérogènes qui vont des populations locales, paysannes et notables, aux intellectuels démocrates, aux gôchistes, aux chômeurs, aux jeunes prolétaires. Luttes donc, des plus diversifiées, qui vont de la lutte institutionnelle aux luttes plus radicales (et cela de plus en plus, voir les affrontements de Cherbourg, et les actions de sabotage qui se multiplient...). Le fait que se soient trouvées ensemble des couches sociales aussi diverses, avec une faible présence ouvrière et prolétaire, montre les limites politiques de ce qui est plus un grand mouvement d’opinion qu’une opposition réelle de classe. Et cela est lié aux discours dominants qui font la loi : - le discours écologique pour, (type "les amis de la terre"), neutre, de protection de l’environnement, - le discours humanitaire (type "Hyroshima"), - les discours de stricte défense des intérêts locaux, - les discours limités à la militarisation et au contrôle social. Et même si tous ceux-ci recouvrent des problèmes - ô combien réels - il faut aussi y voir à notre avis le blocage actuel du mouvement anti nucléaire qui, s’il s’enlise faut d’avoir compris que le plan nucléaire est surtout un projet capitaliste de restructuration de toute la production sociale, mené sous la direction de l’état-nucléaire dont le but est entre un bond en avant du profit, la destruction de la composition de classe et donc de ses niveaux d’organisation, de sa force, de son contre-pouvoir. Malgré cela, le mouvement, avec ses faiblesses, a été le seul jusqu’à maintenant à exercer une présence continue, à développer un travail de contre-information utile, à tisser des réseaux un peu partout. C’est cet actif que nous devons recueillir pour passer à un niveau d’affrontement politique plus élevé, capable d’investir de nouvelles figures sociales et de frapper à des endroits déterminants.

Le mouvement autonome : Ses tâches, ses objectifs dans la lutte anti-nucléaire :

Depuis plusieurs années, "les autonomes" ont toujours été présents dans la lutte anti-nucléaire. Notre présence dans ce mouvement a surtout été caractérisée (à juste raisonà par une détermination plus farouche à employer la violence comme forme de lutte. Jamais jusqu’à présent nos n’avons pu ou voulu exprimé notre point de vue politique sur cette question fondamentale, et cela pour plusieurs raisons. Des raisons qui tiennent d’une part à des difficultés internes d’organisation, de moyens d’expression. Raisons qui tiennent aussi à la composition même du mouvment anti-nucléaire, aprtagé entre les "radicaux" d’un côté et les partisans de "la lutte institutionnelle" de l’autre.
Les limites de notre travail politique sont précisément de n’avoir pas su développer des moments d’agrégation pour la construction d’une force politique de classe anti-nucléaire. Ceci doit être notre point de départ, afin de dépasser cette optique castratrice des luttes partielles et sectorialisées. Que signifie la lutte anti-nucléaire en termes d’objectifs et de formes de lutte ? En premier lieu, il s’agit d’empêcher la construction des centrales, à cet effet toutes les formes de lutte déjà expérimentées peuvent être utilisées, des occupations des centrales à l’occupation des zones destinées à la construction, des manifestations pacifiques ou violentes à l’occupation d’edifices publics suivant les circonstances et les rapports de force. L’objectif est de déterminer le dévleoppement d’un processus où mouvement de masse et subjectivité des militants se conjuguent pour paralyser les activités de construction. En second lieu, il s’agit de bloquer l’activité des entreprises qui gèrent dans le secteur nucléaire, qui produisent les différentes parties des implantations, les systèmes de contrôle et les accessoires qui fournissent des matières premières. En effet, à travers l’analyse politico-économique du nucléaire un fait important apparaît.
Les centrales ou leur construction, tout en étant un point très fort, n’est pas celui sur lequel se mènera l’essentiel des luttes. Jusqu’à présent l’apparition du mouvement s’est toujours faite sur les sites nucléaires et c’est à peu près toujours terminée apr un affrontement avec les forces policières se soldant plus ou moins par un échec de l’État voulant montrer qu’il ne céderait pas non plus sur le terrain et pouvant en permanence faire une démonstration de force. Cette leçon nous l’avons comprise et elle nous aura servie, car à travers ces semi-échecs nous commençons à entrevoir morceau par morceau le découpage de cette immense toile d’araignée.
En représentant une centrale comme l’embouchure d’un fleuve, il nous faudra le remonter et s’arrêter à chaque méandre, en rechercher les faiblesses, puis partir sur les différents affluents, les parcourir et puis petit à petit remonter jusqu’aux différentes sources. Pour mener à bien ces objectifs, il faut premièrement effectuer un sérieux travail d’enquête et de contre-information à un niveau national pour acquérir la connaissance du système nerveux du plan nucléaire et de ce qui l’alimente, afin de faire pression sur les points névralgiques ; deuxièmement, lancer une campagne de mobilisation de masse parmi les ouvriers et les prolétaires des lieux concernés par l’industrie nucléaire et empêcher matériellement le travail...
Seulement dans cette optique d’opposition aux technologies nucléaires, il est possible de remplir la lutte de contenus de classe, d’unifier le vaste front de forces sociales que cette bataille nécessite, de construire une force capable d’influer sérieusement sur le processus de formation de l’État nucléaire. Et de ce point de vue, les positions écologistes se montrent vides de toutes perspectives : mauvaise conscience de couches sociales qui s’identifient au développement du capital mais n’en refusent que les aspects extérieurs les plus brutaux.
C’est justement pour échapper à une pure opposition écologique que nous pensons que le blocage de la construction des centrales doit être lié à l’arrêt des productions de toutes ces industries liées au secteur nucléaire.
Il n’existe aucune compatibilité entre la construction de l’État-nucléaire et les intérêts du prolétariat ; et au risque de nous répéter : le plan nucléaire est aujourd’hui notre principal ennemi. Car il est la programmation rationnelle de la destruction de la force ouvrière. La lutte anti-nucléaire est le point de départ d’un vaste front de luttes étendu à tout le niveau social. Elle unit la lutte des secteurs de classe directement menacés par les centrales, aux luttes des ouvriers d’usines où sont fabriqués les diverses composantes d’implantations, aux luttes dans les métropoles de l’ouvrier-social toujours marginalisé et ghettisé par la future société nucléaire, aux luttes ouvriers offensives pour le salaire (Solmer, Dunkerque, Cherbourg, Caen) et contre la restructuration (sidérurgie).
Réussir à contruire des moments d’organisation en même temps que de hauts moments de lutte, avec lesquels l’État-nucléaire devra faire ses comptes, est l’unique garantie pour que la restructuration actuelle soit non pas la victoire du capital, mais le passage à un niveau supérieur d’autovalorisation de classe.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53