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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La résistible ascension européenne des 35 heures
{Autonomie pour le communiste}, n°4, 2 Juin 1979, p. 3.
Article mis en ligne le 9 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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États, patrons ou syndicats, les 35 heures sont à l’ordre du jour. C’est devenu une échéance institutionnelle, comme le cadeau déposé par l’Europe dans la corbeille des "travailleurs". Mais puisque tout nous enseigne que les patrons et l’Europe ne font jamais de cadeau gratuit demandons nous un peu ce qu’il y a derrière. Ne nous contentons pas de dire les 35 heures pour tous. Car il y a fort à penser que ce concensus général est intéressé.

Les véritables 35 heures des ouvriers Réduction ou Réorganisation capitaliste de la journée de travail

Pour toute une partie de la classe, les 35 heures sont déjà une réalité de fait, parce qu’il ne s’opère repliement que 6 ou 7 heures de travail par jours. Ceci tant en raison de l’absenteisme, que du chô­mage partiel ou de la résistance aux cadences... Pour le capital il est donc impératif de stabiliser ces niveaux, afin qu’un certain palier, qui risque­rait de déstabiliser le procès de production ne soit pas crevé. Il ne s’agit donc pas d’une réduction effective de la journée de travail, mais de sa réorga­nisation, sur la base de nouveau critères de pro­ductivité sociale.
D’autre part, nous en sommes aujourd’hui à près de deux millions de chômeurs et le VIlle Plan, en prévoit deux millions et demi pour 1985. Pour contourner l’obstacle de cette masse de mé­content, facteur de contestation sociale, le capital a besoin de trouver un moyen de créer des emplois, ce que permettrait les 35 heures, chose clairement explique dans le document de la "commission européenne", rendue publique le 4 Mai, où il est dit : "Cest ainsi que la diminution de la durée du travail, si elle aboutit en même temps à l’améliora­tion des condition de travail et à l’emploi pour les demandeurs d’emploi les plus défavorisés, peut contribuer à un meilleur consensus social et à l’affirmation d’une plus grande solidarité. Dans les circonstances difficiles que traversent les éco­nomies de la CEE, de telles considérations ne sauraient être sous-estimées." (Le Monde du 4 Mai 1979).
Il est donc absolument nécessaire au capital de s’asssurer la maitrise maximale du processus, pour qu’il ne se transforme pas en conquête ouvrière. Le signal d’alarme à d’ailleurs été donné par la longue grève des métallurgistes Allemands de la Rhur à qui on a fait de grosses concessions, mais surtout pas les 35 heures, qui étaient l’axe centrale de leur mouvement.
Ainsi, le 15 Mai, les ministres du travail, euro­péens se sont réunis pour préparer une "recom­mandation sur la réduction du temps de travail", sorte de programme capitaliste concernant les 35 heures.
Ce document, s’il confirme l’option des capi­talistes européens pour un "processus qui devrait normalement conduire à l’adoption coordonée, dans les différents pays de la Communauté, de mesures visant à la réduction du temps de travail" en délimite les conditions précises de déroulement. Pour le capital en effet, le passage n’est pas aussi aisé qu’on pourrait le croire, il nécessite un rééqui­librage de la productivité, non seulement en raison de l’agumentation des coûts sociaux, mais aussi parce que la perte de productivité entrainée par une réduction de 5 heures hebdomadaires est faible (et non proportionnelle), il faut donc que ce passage s’opère dans des conditions précises :

  • par une intervention du capital social à un niveau européen, et non pas dans le seul cadre des états nationnaux.
  • de façon graduelle (par exemple les 35 heures d’ici 1985).
  • que le coût social soit aprtagé par les travailleurs, en d’autres termes, que la baisse du temps de travail doit correspondre à une réduction salariale équivalente.
  • que cette réduction ne s’opère pas de façon uniforme pour toutes les catégories de travailleurs salariées.

Élargir la brèche

Aux tenants des 35 heures, nous répondrons donc, qu’aujourd’hui le mot d’ordre de la réduction du temps de travail n’a un sens que s’il devient immédiatement révolutionnaire, comme conquête du temps libre, comme conquête d’espaces de communisme.
En ce sens, en quoi le passage de 40 à 35 heures hebdomadaire de travail changera-t-il quelque chose à notre vie de tous les jours, à notre rapport au travail ? En rien ! D’autant plus qu’il faut bien voir qu’il n’y a jamais eu de semaine de 40 heures... Car aux 40 heures de boulot de merde il faut rajouter 10 heures de transport non payées. Danc ces conditions, les 35 heures apparaissent comme un simple réajustement patronal pliant la force de travail à ses propres besoins, horaires flexibles et surtout introduction du travail posté alterné, et dernièrement les formes de primes contre l’absentéisme telle que la cinquième semaine de congés payés.
Alors les 35 heures ? Oui ! Mais pour tous, tout de suite et sans réduction de salaire. Oui ! Mais avec l’inclusion du temps de transport dans le travail.
Il y a plus : la conquête et l’organisation du temps libre se pose surtout en termes de contre-pouvoir. L’objectif des 35 heures ne doit être pris que comme médiation permettant :

  • dans la mesure ou cela ne concerne pas uniquement la catégorie du travail d’usine et de bureau, mais aussi toutes les catégories du travail social - intérim, travail au noir, double journée... - de le poser comme objectif unifiant pour le prolétariat ;
  • d’enclencher un processus plus large de conquête du temps libre, pour recomposer un rapport de force politique autonome, capable d’imposer une réduction du temps de travail, au travail nécessaire.
    De ce qui est aujourd’hui une échéance institu­tionnelle et syndicale noos devons nous servir pour déboucher sur une perspective d’organisation autour du refus du travail, de la conquête du temps libre. Se battre pour imposer les 35 heures sur la base des besoins prolétaires, et non de la productivité capi­taliste, c’est ouvrir concrètement la perspective de réduction bien plus forte du temps de travail. C’est garantir que la brèche contre la journée de huit heures sera vraiment élargie.

REUNION A LA POCHETTE
Lundi 18 juin dans la soirée sera organisée une réunion débat autour des livres Travailler deux heures par jour du groupe Adret et L’atelier et le chrono­mètre de Benjamin Coriat. Pour tous renseignements, s’adresser à la LIBRAI­RIE LA POCHETTE TOLBIAC, 4 rue Moureu (à côté de la fac) - Tel : 580-21-25. Métro Tolbiac.




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