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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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{Autonomie pour le communiste}, n°4, 2 Juin 1979, p. 5.
Article mis en ligne le 9 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Dans le mouvement, de fortes rémi­niscences idéologiques font des discus­sions politiques une espèce de ping-pong interplanétaire. Elles empêchent une lec­ture correcte de milliers de moments de rupture. Elles repoussent dans le brouil­lard les indications fondamentales ainsi qu’un grand nombre de camarades ; qu’il s’agisse du discours anti-impéria­liste définissant comme seuls prolétaires les "peuples" du tiers-monde ou du dis­cours économiste ramenant la crise au développement des contradictions inter­nes du capital.
L’Etat dans sa conception moderne n’a qu’un seul rôle : assurer une bonne diffusion du commandement capitaliste. Il structure politiquement la société, prenant la plus-value comme instrument de mesure de son efficacité et non comme une fin en soi. Afin d’assurer cette dif­fusion il doit détruire, contourner, dépas­ser l’organisation prolétaire.
La période actuelle se caractérise par la destruction de l’Etat national et des structures économiques qui lui corres­pondent. Le capital met en place l’Europe des polices, l’espace judiciaire européen, le parlement européen, la monnaie euro­péenne et enfin la constitution européenne qui prévaut sur toutes les autres. Sur le plan économique il détruit les vieilles forteresses ouvrières au profit d’une pro­duction d’un haut niveau technologique, reléguant dans l’oisiveté un grand nombre de travailleurs. Si, comme pour le nuclé­aire, cette structuration de l’économie met le capital à l’abri des grèves bouchons, elle le force à développer des instruments de contrôle social particulièrement efficaces. Cette stratégie n’est bien sûr pas absolue et préserve l’existence de poches archaïques.
Malgré sa forte organisation politique, la classe ouvrière française a opposé jusqu’à présent une faible résistance à l’assaut capitaliste. Pour comprendre ces carences nous devons analyser les méthodes qui ont été employées.
En premier lieu, l’installation de la division dans l’entreprise : par le salaire, l’intérim, l’émigration, le démantellement des gros centres productifs au profit de petites unités. En second lieu, l’élar­gissement du rôle productif en faisant de la société entière un moment de valo­risation de son hégémonie.
D’autre part, en récupérant le revenu prolétaire sur le terrain social (EDF, transports, loyers) et en distribuant un salaire non lié à la production mais à la soumission au contrôle social, le capi­tal a contourné tous les projets socia­listes de gestion des biens de production ; rendant caduque la vieille organisation "syndicats des travailleurs/partis des tra­vailleurs", allant même jusqu’à freiner sa reproduction en introduisant la mobi­lité de la main-d’œuvre ! Le comman­dement capitaliste est maintenant social dans son articulation. La résistance prolétaire à ce niveau est plus complexe.
La société comme moment de recomposition de la classe oppose l’atomisation, l’individualisation de la situa­tion. Contrairement à l’usine où la socia­lisation est rapide du fait de la concen­tration humaine et de la relative homo­généité des besoins en tant que besoins de travailleurs, le territoire où "l’in­humanité scientifique" exclut tout lieu de circulation de l’information, pose la question des nouvelles formes d’orga­nisation. Il faut développer la contre-dit- fusion sociale afin d’organiser la partie des prolétaires exploités en dehors de la médiation du travail.
La revendication des 35 h pour donner du travail aux chômeurs est une pirouette populiste parce qu’il n’y a pas 35 h de boulot nécessaire. La façon non idéolo­gique d’énoncer la revendication serait de demander l’accroissement du revenu politique en réduisant le contrôle de l’usine sur les travailleurs de 40 à 35 h et en posant la revendication du salaire comme stratégie de fusion de la classe.
L’Etat, en fuyant le niveau national pour le niveau européen, a ébranlé toute la société. La monstruosité d’une surconstitution de fait que l’on pourrait définir comme constitution de la sauvegarde du commandement capitaliste, où toutes les applications sont possibles (prisons clandestines, armée dans la rue, loi Real en Italie, arrestations préventives, crimi­nalisation de toute forme de rupture, inutilité des avocats) a pris de court toutes les forces progressistes.
Les discours intellectuels sur la défense des libertés individuelles ont prouvé leur impuissance lors des procès du 23 mars et du 1er mai. "L’individu sera libre lorsqu’il inscrira consciemment son comportement dans la marge fixée par les besoins du commandement capitaliste", la moindre faille dans cette soumission sera la déviance, de la bande armée, du terrorisme, etc.
La stratégie des partis de gauche a éclaté à propos de ces procès aussi bien que sur les luttes ouvrières de Longwy. Contrairement aux procès de Saint-Lazare où la défense extérieure était politique, le "libérez les innocents" de la gauche traditionnelle, faisant des procès un moment de connivence démocratique, n’a fait qu’accréditer l’application du com­mandement européen. Nous devons dire "libérons les présumés coupables de lutte de classe". La lutte du classe est hors de l’usine.
Soyons nets, la contradiction fondamentale est que la gauche veut gérer des institutions nationales qui disparaissent, rendant insaisissables les centres de décision qu’il faut influencer Elle perd ainsi toute crédibilité de contrôle ce qui entraine la crise profonde qui la traverse. Il suffit de regarder la situation à longwy où la CGT est responsable de la casse des vitrines, ce qu’elle dénonçait un mois plus tôt.
Elle porte l’affrontement non plus dans l’usine où la situation est irrémé­diable mais dans la société comme lieu réel de la production. Radio cœur d’acier peut être gérée par des permanents pour contrebalancer et noyer S.O.S. emploi. Son terrain n’est plus la défense de l’emploi mais la valorisation d’une population qui s’affronte à l’Etat dans une des articulations du contrôle social : les media. Il est significatif à ce titre de voir descendre dans la rue autant de tra­vailleurs précaires, si ce n’est plus, que de sidérurgistes. L’opération qui consiste à devancer le besoin et éventuellement le stériliser se retrouve lorsque le mouve­ment social se réapproprie l’initiative (et rien n’est plus facile à se réaproprier qu’une radio en direct). Peut-être que le parti des travailleurs en fera une radio de propagande dogmatique, cela s’est vu dans d’autres pays, mais S.O.S. emploi aurait l’avantage de la popularité, cruel dilemne !
Ces cons de gestionnaires bien que chiants pour le capital le sont encore plus pour la classe ! En confrontant le credo du travail, ils veulent nous proposer la politique des grands travaux alors qu’une partie de classe, à grand renfort de refus du travail, a gagné le salaire politique non lié à la production. Pendant que l’État cherche à dépasser cette organisation prolétaire en quadrillant la société, ils embrouillent à souhait une situation qui permet la critique radicale et le développement l’offensive de la classe.
A Dieu P.C., tu as le choix entre la police ou la modestie mais tu ne feras pas le grand écart (et ne compte pas sur Krivine pour faire la soudure). Alors que l’ouvrier garanti, dont l’avenir productif est radieux, mène l’offensive sur les sa­laires (Fos, Saviem à Caen, arsenaux à Dunkerque) ; "l’ouvrier garanti menacé" se rue sur le terrain social ou il rejoint objectivement dans les perspectives et sur les formes le mouvement autonome au sens large.
Partons maintenant pour visite "des sons et lumières" offerte par le mouvement et commentée par le guide hypothétique du contrôle social.
A.N.P.E. : 1) n’offre pas de travail ou si peu que certains libéraux envisa­gent d’exclure les parasites. Doux imbé­ciles qui n’ont pas compris l’utilité du pointage, type contrôle judiciaire en contre partie d’une assistance sociale. 2) Stages Barre qui n’offrent aucun dé­bouché. aucune formation en liaison avec les besoins de la production, fabri­quant de toute pièce une division arti­ficielle entre étudiants, chômeurs, sta­giaires (problème du salaire lié à la for­mation)
R.A.T.P. : Resquille de masse, dégradations volontaires, sabotages des tourniquets, refus des contrôles, etc. sont des comportements quotidiens des jeunes prolétaires. Le mépris volontaire du tourniquet est l’opposition à la production sociale de la plus-value du com­mandement. Le tourniquet en tant que capital fixe impose le comportement comme capital variable (le consommateur) producteur du rapport social de soumis­sion.
Les media (journaux, radios, télés) déforment, conforment l’identité subversive de cette partie de la classe. Elles préparent (cf. campagne sur la sécurité) subjectivement la société à accep­ter la mise en place d’une répression libérale aussi efficace que lors des plus sombres périodes de l’histoire. Elles se voient opposer des milliers de tentatives de contre-information (affiches, journaux, radios).
Les concerts attirant les jeunes prolé­taires doivent se doter d’une structure sophistiquée pour les forcer à payer, s’arrogeant le droit de meurtre (légitime
défense oblige)
La S.N.C.F. voit, pour quelques heu­res de retard un de ses trains complè­tement saccagé. Pourquoi les appelés pointant si bien encadrés dans les casernes se sont-ils livrés à cette hystérie col­lective ?
Les sex-shops qui détruisent le rapport affectif, le remplacent par un rapport de consommation, par l’introduction d’un troisième facteur, le contrôle économique !
Bien d’autres articulations encore sont l’objet des attentions malveillantes du prolétariat. Mais il est certain que ce refus s’il est indicatif des objectifs que porte la classe ne peut porter à l’état brut, l’organisation de sa libération. Seul un processus d’autovalorisation politique avec ses moments d’organisation subjec­tive comme coupe-feu au concensus peut stabiliser et même renverser l’effet du contrôle social (ex. meeting du 23 avril)




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