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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Je désire ici, tu désires là, il(s) s’en foutent, partout... on pète tout !
{Autonomie pour le communiste}, n°5, 23 juin 1979, p. 3.
Article mis en ligne le 20 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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L’ubiquité fait la force

L’espace de nos libertés se réduit en peau de chagrin entend-on beaucoup en ce mo­ment (de Soulier dans Libé aux physiciens du comité Orlov : la liberté ne s’use que si l’on s’en sert). On oublie malheureusement de mentionner que ces dites libertés sont ou furent toujours gagnées de haute main dans les luttes et non pas aimablement offertes par un pouvoir bon-enfant. Qu’on assiste aujourd’hui à un rétrécissement de la liberté (de manifester, d’afficher, de circuler vu les contrôles incessants...) ne devrait pas laisser suggérer qu’il faille obligatoirement augmen­ter la pression, passer à des formes de lutte plus ouvertes (comme on dit). Ce type de raisonnement, outre le fait qu’il demeure par trop mécaniste et linéaire, cacherait dange­reusement que notre intérêt est désormais de faire preuve d’imagination et d’intelligence pour apparaitre réellement là où l’Etat ne nous attend pas en investissant de nouveaux espaces de lutte donc de liberté. Autrement dit c’est moins du choix des armes que du terrain dont il question.
C’est pourquoi le fait que l’Autonomie éprouve le besoin de se manifester sur d’au­tres terrains que ceux que les médias s’obsti­nent à lui coller à la peau (violences en manif, attentats..) ne sera une surprise, indépen­damment du bien-fondé de ces pratiques selon la situation, que pour les imbéciles qui s’entêtent à ne pas comprendre qu’elle incar­ne non seulement les perspectives politiques, un "projet", mais également un désir de vivre dès maintenant le communisme en actes. De là l’intérêt de conserver une vision exten- sive du politique comme pratique globale porteuse à chaque niveau d’un potentiel subversif radical capable d’exacerber partout les contradictions contre le Capital.
La force du mouvement tiendra désormais dans sa capacité à élargir son horizon politi­que, à agrandir ses espaces d’intervention.

Un journal comme lieu de confrontation

En fait, l’Autonomie en tant que mouve­ment révolutionnaire (auto-valorisation oblige) doit couvrir tout l’espace du refus et de l’inventivité. Il serait utile que l’imagina­tion du mouvement trouve à ce niveau, les moyens de s’exprimer. C’est pourquoi nous nous proposons de faire paraître un journal qui traiterait plus précisément de ces aspects d’un projet dont sont porteuses certaines figures de l’Autonomie : le jeune prolétariat (lycéen, étudiant, jeunes ouvriers-chômeurs...) Un canard pas uniquement conçu comme un instrument de circulation des pra­tiques, des expériences différentes, mais aussi comme capable d’entretenir un rapport vivant aux luttes au moyen de contributions diverses du mouvement (BD, textes, photo...), par sa capacité à insuffler, participer à des projets.

Autonomie au quotidien

S’imaginer le Pouvoir comme uniquement central, objectivé dans les institutions et les rouages économiques est faire la même erreur mille fois relevé par l’Autonomie, que les BR ou autres RAF. L’État, c’est aussi le consensus, les rapports humains réglementés, l’habitat standardisé, les loisirs canalisés, l’(es) expression(e) banalisée(s) ; c’est le Pouvoir intériorisé qui gère autant les rapports sociaux que les rapports quotidiens. Il nous faut toucher à tous les systèmes étati­ques de soumission dans la vie quotidienne, porter l’offenuve contre tout ce qui est le lieu de la mise en place d’un contrôle (dimension micro-sociales, moléculaires de la répression). Autant de terrains d’intervention qu’il nous est vital d’occuper pour péter autant de CRS dans la rue que de flics dans nos têtes. Et cela, en considérant l’autonomie non pas seulement comme un processus de classe objectif mais aussi comme subjectivement constituée par une infinité de moments de rupture qui brisent quotidiennement le carcan imposé à nos betoins. Dans cette perspective il serait opportun d’axer le débat, dans le mouvement, sur tout ce qui porte les marques d’une autonomie contre le Capital (squatt, culture, vie quotidienne...) en évitant l’erreur dans laquelle est tombée l’Autonomie italienne (à un moment puisque depuis la répression est parvenue efficacement à réuni­fier) : d’un côté les "politiques" avec une pratique principalement orientée sur les échéances politiques larges ; de l’autre les "désirants" dont les préoccupations demeu­rent tournées vers la culture et la vie quoti­dienne. Fâcheuse dichotomie qui ne profite à personne sinon à l’État. Sachons-le, il n’existe aucun antagonisme entre politique et désir, entre une pratique militante et le désir de transformer dès maintenant sa vie car ils entretiennent un rapport de complémenta­rité. Il faut toutefois éviter une confusion : l’un procède de l’autre et ce n’est ni un squatt en soi, une trouvaille culturelle, ni aucune libération fusse-t-elle sexuelle qui renversera l’État. Disons qu’ils y contribuent à leur niveau.
Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas pour nous d’ouvrir un front de la Kultur ; d’armer des combattants de la plume ou du pinceau avec mission impérative d’injecter, de faire passer de justes lignes politiques mais plutôt d’opérer une convergence entre diffé­rentes "paroles", différents discours. Il n’est pas question non plus de réactualiser les thè­ses sur l’Art prolétarien (construire la Culture de demain là comme ailleurs on s’en fout) mais d’une nouvelle utilisation (là git l’intel­ligence ouvrière !), d’un détournement de la production culturelle dans un sens révolutionnaire.
Au fond il s’agit un peu d’occuper l’espace de Libé. espace qu’il sature de références sociologisantes dans la mesure où n’est pas comprise l’interpénétration, le rapport entre des comportements de rupture ça et là et un projet politique sous-jacent fusse-t-il plus ou moins conscientisé (passer du sociologique au politique).




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