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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Si tu choisis d’enfanter la démesure, n’appartiens jamais à personne !
{Autonomie pour le communiste}, n°5, 23 Juin 1979, p. 2.
Article mis en ligne le 10 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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L’action de la rue de Passy donne l’impres­sion de puiser sa légitimité beaucoup plus dans la simplicité technique de l’opération que dans l’indication politique. Cette insuf­fisance permet facilement la manipulation "casseur-barre de fer" au moment précis où cette image répulsive commence à perdre son efficacité. Elle laisse la place à une répres­sion d’autant plus imbécile que sa valeur exemplaire se heurte à l’indifférence du mouvement et qu’hormis quelques commer­çants, dont la discipline de vote n’est même plus mécanique, la "masse populaire" ne place pas sa sécurité dans le 16e arrondisse­ment. Le seul enjeu réside dans le type de procédure juridique que l’État va employer. La question que l’on rencontre le plus sou­vent concerne le "contrôle" de l’autonomie organisée avec sur ces opérations, question qui sous-entend un "soucie de respectabi­lité" ou de reconnaissance institutionnelle ; réflexions du type : "Vous voyez bien que vous ne contrôlez pas la situation !".
Si cette démarche était applicable aux groupes gauchistes, elle n’est pas celle de l’Autonomie et l’erreur réside dans l’incompréhension, aussi bien du "phénomène" jeune prolétariat que des stades de développe­ment du mouvement pour l’autonomie.
Le jeune prolétariat commence par le refus du travail, du contrôle, de sa prise en charge, rythme de vie, etc. Si les vieilles étiquettes méprisantes de "nihilistes", "activistes" ou "marginaux" semblent avoir une certaine réalité c’est qu’elles effacent consciencieusement la part d’auto-valorisation ou d’affirmation que contient un tel comportement. D’une part, la rupture du concensus intervient quand le décalage entre complicité avec la société et satisfac­tion des besoins devient intolérable. Le mar­ginal ou nihiliste est alors celui qui se soumet et non celui qui exprime "l’injustice qu’il ressent". Par le refus, il est acteur social. Ensuite, il choisit, crée un langage, des moyens d’actions, des modes de vie, etc. Il affirme des besoins différents.
Dans cette forme de "résistance/offensi­ve", il y a la place pour des manipulations partielles, y compris faire les "gros-bras" des S.O ou K.C.P. Manipulations partielles, parce que la caractéristique fondamentale est la volonté d’être ingérable, y compris par l’autonomie "organisée". Cette structure individuelle se socialise ou se politise et se confronte à d’autres forces militantes. Epo­que des collectifs et des coordinations, des­tructions des organisations traditionnelles (maos, troskystes..) ; il y a assez de ghettos et de divisions objectives pour qu’en nourrir d’illusoires (et se nourrir d’illusions) devienne abhérant.
La transversalité du débat balaye beuacoup d’idéologie. Cette socialisation commence par les pratiques. Le 23 mars est un Saint-Lazare multiplié par 100. Longwy monte des radios et casse les vitrines et Passy passe pour de la routine. Le contrôle social ou "l’esprit civique" en ont pris un sacré coup. Les pra­tiques quotidiennes incluses sont radioactives. La transversalité, le droit à la différence ont des moments concrets de convergence ou le refus du contrôle social, des moments d’affrontements unifiants, mais la globalité n’est pas la somme des ghettos. L’éclatement des divisions nécessite aussi une perspective offensive, une organisation de la classe capa­ble de modifier le développement du capital donc, d’anticiper, de riposter toujours plus vite à la restructuration du commandement capitaliste. C’est cette capacité qu’il faut conquérir, et non pas une quelconque "responsabilité". Pendant cinquante ans, les poinçonneurs ont suffi à faire payer le métro, puis les composteuses complètement inopérantes dès les premiers mots, ensuite les tourniquets (2 ou 3 ans) suivis par des cartes oranges et déjà le comportement proilétaire (100 000 fraudeurs par jour) force la R.A.T.P à concevoir une nouvelle forme de contrôle plus "efficace",. à se restructurer.
Une organisation politique du prolétariat doit structurer toujours plus vite les figures de classe que le capital crée artificiellement pour assurer son contrôle. Il faut raccourcir la durée de validité des situations objectives de division, de "souplesse" de la classe ; c’est-à-dire accélérer la conception et la mise en place de médiations de commandement, les rendant plus confuses et inacceptables par les tissus sociaux. Il faut faire passer l’État de la restructuration politique par période à la restructuration politique perma­nente de l’État. Le plus lourd handicap reve­nant à celui qui refuse.
Il ne s’agit pas d’un affrontement politique personnalisé, mais d’un affrontement social de classe : on n’obtient pas le communisme en construisant le socialisme. Marcuse écrit : "Il faut détruire la prison avant de construire la maison", mais la méthode de destruction de la prison préfigure déjà le type de construction.




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