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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Garçon ! un lait-grenadine... bien serré
{Autonomie pour le communiste}, n°5, 23 Juin 1979, p. 2.
Article mis en ligne le 10 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Tout mouvement révolutionnaire est insupportable aux yeux du pouvoir. L’existence même d’un nouvel espace échappant à son contrôle, développe chez lui une riposte à la démesure de sa paranoïa ; il suffit de voir avec quelle bestialité sa répression s’abat sur toute personne tombée entre ses pattes.
Et pour se prémunir contre toute possibilité d’échappement, il tenta de modeler tout être et toute chose, de la cité jusqu’aux corps, au rythme du travail et de la production.
Aujourd’hui, plus que jamais, le processus de valorisation capitaliste pénètre tous les aspects de la société. Le capital déploie de plus en plus toute son énorme capacité d’investissement de tous les fragments séparés de l’existence, impose sa domination sur tout instant de vie.
La métropole se développe régie par ces lois, le commandement s’irriguant par d’innombrables canaux de plus en plus diffus et impalpables. Tout ceci ayant comme finalité la compression de la vie entière dans l’ordre du travail salarié. Utilisant pour cela de multiples mécanismes d’isolement, d’aliénation, d’interdit, pour créer (quand elle n’exsiste pas), imposer (en cas de résistance), et reproduire (afin d’assurer sa pérennité) la disponibilité de chacun au système de l’exploitation.
Et malgré cela nous connaissons depuis 1 an, un renouveau extraordinaire des luttes ouvrières et prolétaires (inutile d’en dresser une nouvelle liste. Le 23 mars suffit à lui seul pour comprendre le potentiel explosif actuels de la classe). Mais l’hégémonie de (‘organisation réformiste dans l’usine, sa continuité, et son poids face à l’irruption de luttes autonomes, ont signifié l’occultation, sur le pian revendicatif, de toutes les expressions d’insubordination de la classe à l’organisation capitaliste du travail. Cela n’empêchant pas l’autonomie du sujet, qui est rejeté de la "scène politique", de croître de toute façon, parce qu’elle représente une tendance beaucoup trop forte.
L’extension et la diffusion des rapports dictés par les lois économiques, fonctionnent alors en sens inverse : les contradictions qui ont explosé dans les luttes font tâches d’huile, elles pénétrent et transforment tes rapports réels entre les hommes. C’est pour cela que le quotidien aujourd’hui a pris tant d’importance, c’est pour cela que le pouvoir a besoin de s’affirmer aussi violemment en dehors des lieux mêmes de la production directe.
C’est dans ce sens qu’il nous faut réaffirmer que ce n’est pas par hasard si, parallèlement à le croissance du mouvement, nous avons assisté à une phase de crise profonde qui a traversé indistinctement toutes les organisations "d’extrème-gauche", ces organisations qui, au cours de leur histoire, ont privilégié le terrain de la médiation politique à celui de l’extension des comportements autonomes, de la croissance de leur propre force à celle de l’organisation autonome des prolétaires.
Dans le cycle de luttes commencé dans les années soixante, caractérisé dans l’usine par des luttes aux forts contenus anti-hiérarchiques et anti-productifs, la "politique" au poste de commande a signifié la négation des besoins réels exprimés par les masses, de leur autonomie par rapport aux mécanismes économiques qui règlent les flux productifs. Mais les capacités d’extension, de contagion, qui avaient été exprimées, même si elles n’ont pas toujours débouché sur des moments de vérification organisationnels. se sont inscrites dans la conscience collective du mouvement. Le lieu où ces moments ont pu survivre et se sont étendus, c’est le quotidien, le vécu des prolétaires. Là, en fait, sont survenues les transformations les plus radicales, qui confèrent à ces luttes leur caractère d’irréductibilité aux temps et aux lois imposés par l’économie capitaliste.
Le quotidien pour le capital doit fonctionner comme moment de reproduction de la disponibilité au travail salarié. À travers toute une série d’autres moment où celui-ci réaffirme son propre pouvoir sur tout instant de la vie. Pour de vastes secteurs de classe au contraire, le quotidien tend à devenir le terrain de la pratique de transformation des comportements, culturels, sociaux, sexuels. Terrains où se sont sédimentés des comportements d’appropriation et de libération.
Nous devons avoir la volonté de défendre, d’étendre et d’organiser, ces expériences de transformation du quotidien, qui sont rendus possibles, historiquement, et économiquement, par le modèle de développement capitaliste. Ce même modèle, qui aujourd’hui montre son obsolescence à travers sa férocité, sa rage à survivre à n’importe quel prix (par exemple le nucléaire), la criminalisation de toute forme de refus.
Il existe donc, nous l’avons vu, une étroite indépendance entre lieu de la production et quotidien, un flux continu de l’un à l’autre, dans lequel se reproduisent les mécanismes nécessaires au bon fonctionnement de la machinerie capitaliste (voir le contrôle social). Un flux qui connaît pourtant aussi des moments possibles d’émergence du sujet, dans lesquels s’affirment ses capacités de transformation, de création, de dépassement de la réalité.
L’expression première de cette émergence, la massification du refus du travail, a parcouru tout le cycle de lutte de l’ouvrier-masse depuis la fin des années soixante (il n’est pas rare, de trouver dans les grandes usines des taux d’absentéisme de plus de 30%). Ce refus du travail s’est sédimenté à l’intérieur du tissu social, vivant dans une myriade de comportements et de moments d’auto-valorisation. Il devient le lieu d’une nouvelle agrégation sociale possible, le terrain d’une liaison objective entre luttes autonomes d’usines (ou du tertiaire et des services), et couches émergentes du prolétariat métropolitain (surtout les jeunes prolétaires). Et ici nous avons à combattre l’idéologie réformiste (P.C.) qui, cela se comprend, veut empêcher que cette possible liaison s’effectue, en accusant le mouvement autonome d’être l’expression de secteurs "marginaux". A cela nous devons opposer la conscience que nous ne sommes pas un mouvement "d’exclus" du système de production, car le processus de valorisation capitaliste, pénétrant toutes les pores du corps social, fait du travail intérimaire, précaire, au noir, une expression très diffuse, mais aussi très rentable du cycle productif global. Et plus encore : sur le terrain de cette soi-disant "marginalisation" se développe concrètement un choix subjectif de comportements opposés frontalement à la norme productive.
Il est nécessaire de comprendre l’irréversibilité d’un tel processus, de lui reconnaître toute sa potentialité subversive, d’empêcher que le pouvoir n’y introduise de nouvelles aliénations (par exemple l’héroïne). Et pour cela il faut construire des moments de recomposition basés sur la socialisation de certaines expériences passées, et le démarrage de pratiques de transformation collective et d’existence.
Notre premier objectif donc, par rapport à ce processus dort donc être la constitution d’espaces physiques stables (squatts ou locaux de rencontre), lieux où il sera possible de casser la grisaille du pouvoir, le chantage de la misère, la discipline au travail, l’isolement. Lieux où donner forme aux diverses exigences et expressions du mouvement, où enfin tendre toutes nos forces afin de transformer la réalité. La création et la diffusion rapide de collectifs de Jeunes Prolétaires, doit constituer un premier pas dans cette direction.
Il nous faut toujours partir de notre propre situation, afin de promouvoir, à tout moment un front de luttes face à l’omniprésence du pouvoir, capable de diffuser et d’organiser les pratiques de transformation des comportements.




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