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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le corbeau et le renard
{Autonomie pour le communiste}, n°5, 23 Juin 1979, p. 4.
Article mis en ligne le 29 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Tout a très mal commencé :

  • une invitation de l’O.C.L. en forme d’ulti­matum à un débat sur le "salaire ménager" et ses conséquences ;
  • un article franchement stupide dans Front Libertaire.

    Tout ce remue-ménage à cause d’un article sur le salaire féminin paru dans Autonomie n°1 et extrait de notre journal Jamais contentes (il faut bien le dire puisque l’estocade portée par nos douteux interlo­cuteurs libertaires visait fort curieusement le mouvement mixte. Jusqu’où vont se ni­cher les rancœurs tout de même !)
    Ainsi donc, nous tenons à expliquer ici, notre analyse du salaire, des fois qu’il y en aurait des qui croiraient qu’on veut renvoyer les femmes à leurs casseroles...
    Le but n’est donc pas de répondre au groupe nord-est de l’O.C.L., groupe presque mixte (une fille, si. si,) vu l’inconsistance de leur analyse (nous ne la qualifierons pas de primaire, on est polies) qui ne dépasse pas le niveau des problèmes interpersonnels (on est une chouette bande de copains et de copines) et que leur "intervention" en ce sens, se borne à l’idéologie lyrico-naïve du genre : "nous on croyait que ça (les enfants) se faisait à deux."
    Mais brisons là cette polémique sans intérêt...
    Or donc, nous persistons !
    Pour nous, il y a bel et bien exploitation spécifique des femmes, exploitation puisque toutes les femmes (celles qui le refusent et les autres) fournissent un travail GRATUIT et PRODUCTIF, imposé par la société du capital. Ce travail, c’est le rôle-femme qu’on attend de nous dans tous les moments de notre vie, aussi bien au foyer, au boulot que dans la rue.
    Le travail de la femme au foyer est le plus visible, le plus palpable. Le ménage, les soins à apporter aux mômes sont des tâches que font toutes les femmes bénévolement, gratuitement chez elles ; et ce, même si l’idée du partage des tâches se développe (car il ne suffit pas de faire la vaisselle ou de changer des couches, encore faut-il penser à le faire...). Ce que fait alors essentiellement la femme, est de remplir un rôle de reproduc­trice ! Reproductrice de la force de travail de tous les membres de la famille (et de la sienne, bien sûr !), mais aussi de façon plus concrète, elle reproduit : elle fait des enfants (et bien toute seule, même si le choix d’avoir un gosse n’est pas un simple désir personnel, extérieur à la société). II n’y a qu’à voir les campagnes natalistes actuelles pour se rendre compte combien ce rôle de mère est nécessaire à l’équilibre économique et politique, et qu’un refus même diffus des femmes d’assumer ce travail est porteur de contre-pouvoir.
    Ainsi la plupart des boulots (sur les 8 millions de femmes qui bossent. 60% se retrouvent dans 9 types d’emplois), font appal à ces fameuses qualités "féminines", dont nous sommes, femmes, les uniques détentrices, et qui se placent au même titre qu’une formation technique. Une secrétaire par exemple, se doit d’être agréable, disponible, soignée et éventuellement bilingue ; une institutrice est aussi une maman ou encore, de façon plus perfide, on demande des femmes O.S. car elles sont plus aptes à résister à la monotonie, plus minutieuses, etc.
    Ces qualités "naturelles", ne sont bien évidemment pas prises en compte à la fin
    du mois, mieux encore, elles sont cause de sous-paiement ! Va-t-on payer plus les gens qui savent compter jusqu’à dix ? Certainement pas, ce sont des choses trop répandues, trop intégrées. Et pourtant on ne nait pas femme, on le devient. ALORS ?
    Être femme, c’est déjà une qualification, et bougrement rentable ! Combien coûterait à l’Etat la formation de puériculteurs suffisament "maternels", en fric et en temps ?
    Sortir dans la rue - trop tard le soir - et s’y faire draguer, tripoter ou même violer sont des moments indissociables de cette exploitation. Il n’y a pas de rupture entre ces différents rôles : dans une journée, une femme passe de l’un à l’autre. Les femmes sont rentables pour le capital là où elles sont. La "femme prolétaire du prolétaire" est une réalité qui dépasse largement le cadre du foyer. Dans la rue, la femme devient propriété collective et joue, là encore, un rôle de recomposition de la force de travail.
    En effet les réflexions humiliantes, l’agressivité ou le viol fonctionnent comme autant de processus de valorisation pour l’homme, tout comme le racisme de façon différente.
    Cette valorisation des hommes sur notre dos est un important élément de stabilité sociale : la violence qui s’exerce ainsi contre nous est toujours une violence qui ne s’exerce pas contre l’Etat ! La phallocratie et le sexisme sont les gardes-fou de toute deviance. Et le contrôle existe bien !
    Alors contre cela, les femmes doivent s’organiser de façon autonome, pour casser ce rôle et se battre sur leurs besoins propres.
    Pour nous, il y a deux choix, qui ne sont d’ailleurs pas antagoniques :

  • C’est d’une part, se battre au jour le jour, en espérant changer les mentalités, inverser un peu le rapport de force au niveau de la vie quotidienne (c’est la guérilla domes­tique, etc. que bon nombre de femmes pratiquent sans se déclarer féministes pour autant) ; c’est encore un boulot, et tout aussi fatiguant.
  • D’autre part, c’est se battre dans la perspective du salaire féminin, pour faire reconnaître ce travail et donc le détruire en cassant les divisions qui voudraient faire croire que ces rôles-femmes ne sont pas un seul et même rôle.

    Mais c’est là que le bât blesse ! Certains idéologues crient alors à l’infamie demander un salaire serait accepter l’aliéna­tion, l’institutionnalisation... Le travail ménager, entre autres, serait tellement mé­prisable et aliénant qu’il ne devrait pas être payé. Nous, nous avons la faiblesse de croi­re que tout travail est aliénant et que celui-ci de par sa gratuité est peut-être le plus ins­titutionnalisé. De toutes façons, nous ne vou Ions pas de fric en fonction d’une quel­conque "valeur" attribuée à ce travail. Nous voulons du fric selon nos besoins, pour dévoiler en tant que tel tout travail "invisible" que nous faisons.
    "Mais quand on ne fait rien, ce n’est pas un travail." En répondant à cette affirmation de l’O.C.L. nous tenons à préciser quelque chose qu’ils devraient pourtant avoir compris puisqu’ils nous parlent de la productivité sociale des chômeurs (F.L. n° 110), c’est que la production des mar­chandises, ce n’est pas seulement ce qui se passe à l’atelier ou dans l’entreprise, c’est tout ce qui doit nécessairement exister en dehors, avant et après cette production pour qu’elle puisse exister. Et c’est cette fonction qui revient en grande partie aux femmes.
    Voilà pourquoi très précisemment, nous voulons du FRIC pour nous (et pas pour la famille), voilà pourquoi nous ne voulons pas de votre compréhension ou de votre compas­sion (style : "Oh ma chérie comme tu dois être fatiguée par ta double journée de tra­vail") et que nous pensons que c’est unique­ment dans la perspective de ce salaire que les femmes obtiendront un rapport de force ef­fectif, traversant la famille, mais aussi la gociété toute entière.




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