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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Zigomar et Zigotto sont conduits au commissariat : comment doivent-ils se comporter pour contre-carrer à moindre mal cette tribulation facheuse
{Autonomie pour le communiste}, n°5, 23 Juin 1979, p. 4.
Article mis en ligne le 29 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Vous êtes Interpellé lors d’une manifesta tion ou dans toutes autres circonstances et conduit au commissariat. Il peut s’agir d’une simple vérification d’identité (durée de quelques heures) ou d’une garde à vue. Celle-ci doit durer au maxiumum 24 heures, renouvelablz une fois, soit 48 heures. Passé ce délai, vous devez être soit lilbré, soit conduit devant le procureur qui vous signifiera votre inculpation. Toute détention plus longue au commissariat est illégale (exception : la garde à vue est portée à 6 jours pour les affaires relevant de la Cour de Sûreté de l’Etat, à 4 pour les affaires de drogue). Au commissa­riat, respectez strictement les règles suivantes :
1 - Si vous êtes blanc comme neige, vous pouvez toujours répondre aux flics en prenant soin de ne pas mêler ou citer quelques personnes dans votre déposition, si ce n’est en tant que témoins disculpatoires,
2 - Si ça sent mauvais pour vous, vous n’avez rien à déclarer. Vous n’êtes seulement vraiment obligé de répondre qu’à l’interroga­toire d’identité (nom, prénom, date de nais­sance, profession, adresse). Ne répondez à aucune autres questions : c’est votre droit et votre intérêt. Si des charges précises sont retenues contre vous, à toutes les questions, vous répondrez seulement : "je n’ai rien à déclarer". La meilleure attitude est de se taire et de refuser fermement mais poliment de répondre à toutes questions même la plus anodine. Une réponse appelle d’autres ques­tions qui appellent d’autres réponses (NdC : Bravo la Palisse !). II est difficile de se sortir de cet engrenage. Il en va de même de l’iden­tification de personnes sur photographie. Les flics vous montrent un lot de clichés et vous demandent si vous y reconnaissez quelqu’un. Ne dites pas : "je ne le connais pas", refusez de répondre. Il faut absolument esquiver ce jeu qui peut être dangereux, car toute hési­tation, affirmation en l’air peut vous mettre en défaut.
Cependant en pratique, il est difficile de rester silencieux lorsqu’à défaut de violence, certaines pressions s’exercent. Les flics peu­vent par exemple dire à la personne qu’ils interrogent : "vous répondez à nos questions et on vous relâchent tout de suite. Si vous ne répondez pas, on vous placent en garde à vue". Il convient de ne pas céder à cet forme de chantage qui se révèle être le plus souvent un marché de dupe : certaines personnes qui répondent aux questions sont maintenues en garde à vue ; d’autres qui refusent sont relâ­chées immédiatement. Il ne faut pas non plus être dérouté par le traditionnel : "nous savons tout", ou le non moins épique : "votre camarade Zigomar nous a tout dit". C’est presque toujours une pirouette poli­cière, et sans aucun fondement, pour vous ébranler et vous faire avouer l’inavouable.
Ne vous laissez donc pas intimider par les mesures, ni tromper par les promesses de vous libérer ou d’enterrer l’affaire. Dans la plupart des cas, la justice n’a pas d’autres preuves contre vous que vos déclaration à la police. Inutile de lui faire cette fleur.
Attention, refuser de parler, ce n’est pas nier. Ne répondez pas "non, ou "je ne sais pas", ça peut se retourner contre vous. Répondez "je n’ai rien à déclarer". Faites de même si tous les faits sont contre vous. Pris une barre à la main en train de badigeonner une vitrine, une seule réponse : "je n’ai rien à déclarer". Faîtes de même si les questions que l’on vous pose n’ont aucun rapport avec les faits qui vous sont reprochés. Vos réponses peuvent servir contre d’autres personnes. Une défense, ça ne s’improvise pas dans un commissariat. Ça se choisit à tête reposée avec un avocat. Tant qu’on n’a pas vu d’avocat, une seule chose à faire : préserver, en ne disant rien toutes les possibilités de défense. À titre d’illustration fâcgeuse, il est particulièrement regrettable que les cinq protagonistes du raid de Passy n’aient pas adopté cette ébauche de comportement. Dans la mesure où vous êtes interpellé un quart d’heure après les faits, donc pas du tout dans le cadre d’une flagrance, il est judicieux de répondre, d’un ton mesuré, dans les locaux de la Brigade Territoriale : " je n’ai rien à déclarer". Ce n’est pas à vous de prouver votre innocence, c’est à eux de démontrer votre culpabilité.
3 - Vous n’aviez rien à signer. Pendant l’interrogatoire, un flic tape un procès-verbal. Vous n’êtes pas tenu de signer un tel document, surotut lorsqu’il ne correspond pas à ce que vous avez déclaré. Là encore, c’est votre droit et dans votre intérêt. Surtout si vous avez fait, par imprudence ou contrainte, plus de déclarations que vous n’auriez voulu, vous pouvez vous rattraper en ne signant pas. Toutefois, si vous estimez souhaitable de signer un procès-verbal, vous prendrez la précaution, après l’avoir soigneusement relu, de le parapher juste au-dessous des dernières lignes. Cela ne relève pas de la mesquinerie, mais d’une prudence vigi­lante. Nous vous rappelons une nouvelle fois, que dans la pratique judiciaire fran­çaise, les procès-verbaux, dans lesquels sont consignés vos déclarations, ont une importance primordiale. Le juge d’instruc­tion en tient compte pour inculper, le tribunal pour condamner.
4 - Refusez toutes les méthodes de ficha­ge (empreintes, anthropométrie, photo). Si on vous y contraint, vous portez plainte. De plus en plus, les flics multiplient les inter­pellations sélectives pour affiner ses fichiers ou les renouveller. Même si vous êtes déjà fiché, vous devez refuser, si du moins vous en avez la possibilité, de vous soumettre à de telles formalités qui rappelons-le ne sont pas légales sauf en cas de flagrant délit ou de recherches précises ordonnées ou supervisées par une autorité judiciaire.
Finalement, Zigotto et Zigomar ne sont pas allés rejoindre le mouvement de gestion des prisons car ils n’ont pas refusé d’obtem­pérer aux conseils du C.D.M.

P.S : Ces quelques lignes directrices sont avant tout destinées à la cohorte de ceux qui font preuve d’éminemment d’audace quand il s’agit de gamberger devant des boutiques de luxe, mais qui perdent sensiblement leurs moyens lorsqu’ils sont confrontés à un inter­rogatoire de routine. L’auto-défense du mili­tant autonome passe aussi par ses capacités de résistance face à la machine judiciaire.




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