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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tchécoslovaquie (ICO)
{Archinoir}, n°1, Février-Mars 1969, p. 22-24.
Article mis en ligne le 30 octobre 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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En occupant la Tchécoslovaquie, la Russie révèle, une fois de plus, la nature impérialiste du capitalisme d’État.
Pour ceux qui pouvaient encore douter, l’invasion et la mise au pas de la Tchécoslovaquie confirme, s’il en était besoin, le caractère impérialiste de l’État russe. Rappelons quand même qu’en 1939-40, à la suite de l’accord avec Hitler la Russie occupe les États Baltes, une partie de la Pologne, la Bukovine et la Bessarabie. L’agression contre la Finalnde suivit. Puis à la fin de la seconde guerre mondiale, ce fut le partage du monde de Yalta qui assurait à la Russie la domination de l’Europe de l’Est et d’une partie des Balkans. Depuis, l’impérialisme russe réagit brutalement lorsque ses conquêtes sont menacées. La répression de l’insurrection hongroise en 1956 est encore dans toutes les mémoires, au moins pour ceux qui ne sont pas trop jeunes. En Hongrie, la bureaucratie russe défendait au surplus sa domination de classe contestée par les conseils ouvriers. Rappelons enfin que dans son affrontement avec l’impérialisme américain, l’impérialisme russe apporte un soutien mesuré aux bureaucraties nationales du Nord-Vietnam, d’Egypte, de Syrie, d’Algérie, de Cuba, etc...
L’invasion et la mise au pas de la Tchécoslovaquie s’inscrit donc dans un contexte international qui n’est pas rappeler les préliminaires de la seconde guerre mondiale.
Cette année, en ce qui concerne la Tchécoslovaquie, les dirigeants russes ont d’abord essayé l’intimidation, puis sont rapidement passés à l’occupation par les forces armées. Mais la cohésion des bureaucrates tchécoslovaques a rendu difficile la recherche et l’installation de remplaçants aux ordres. Ce n’est sans doute qu’une question de temps. Il n’en reste pas moins que cette bureaucratie nationale pourtant composite, est coriace. En inaugurant au début de l’année une ère de libéralisation, elle avait réussi à réaliser une véritable union sacrée autour de ses objectifs d’émancipation nationale.
Parmi les satellites de la Russie, la Tchécoslovaquie n’est pas la seule nation à essayer de sa libérer de la tutelle russe. La Yougoslavie donna l’exemple de bonne heure. La Roumanie s’y efforce depuis quelques années et ses échanges commerciaux avec l’Occident s’accroissent. La Pologne non seulement commerce avec les pays du Pacte atlantique, mais elle en reçoit des crédits. Toutefois, tous ces pays sauf partiellement la Roumanie et la Tchécoslovaquie, dépendent étroitement de la Russie pour les matières premières (énergétiques notamment) nécessaires à leur industrie. La Tchécoslovaquie ayant un pressent besoin de moderniser ses usines pour sortir de la stagnation économique lorgnait vers l’occident et les négociations concernant un important crédit de l’Allemagne de l’Ouest étaient très engagées.
Est-ce cela qui impatienta les dirigeants russes ; ou le danger de la libération amorcée qui déjà se traduisait par une menace, par une propagande anti-impérialiste contre la bureaucratie russe, ou encore la menace de perdre à plus long terme le bastion stratégique que constitue la Tchécoslovaquie, au coeur de l’Europe, ou toutes ces raisons cumulées ? Qu’importe maintenant puisque la mise au pas a commencé.
La bureaucratie nationale tchécoslovaque a-t-elle cru possible de profiter des rivalités entre les Grands très occupés à alimenter des foyers de guerre, et donc la puissance est menacée par la montée de la Chine et la remontée du Japon, ainsi que de l’Allemagne, les vaincus de la dernière guerre ? Qu’importe encore, puisque cela ne pourrait que confirmer que l’affaire tchécoslovaque n’est qu’une péripétie de l’affrontement générale pour un nouveau partage du monde.
Si nous venons d’essayer de placer l’évènement dans l’ensemble de la situation internationale, c’est afin de mieux faire comprendre notre attitude.
Sentimentalement, comme pour la guerre du Vietnam, l’agression d’un petit pays par un colosse de la taille de la Russie nous choque et provoque notre indignation. Au tréfonds de nous-mêmes nous condamnons cet acte impérialiste. D’autant plus que c’est la classe ouvrière tchécoslovaque qui en sera la victime principale.
Mais cela ne nous fait pas davantage passer dans le camp occidental que la guerre menée au Vietnam par les USA ne nous fait passer dans le camp russe.
Nous ne nous sentons pas davantage solidaires de la bureaucratie tchécoslovaque que de la bureaucratie Nord-Vietnamienne.
Quant au prolétariat de Tchécoslovaquie, est-il tellement engagé derrière sa bureaucratie nationale ? Certains indices permettent d’en douter. Qu’il soit contre l’occupant russe cela se conçoit, mais rien ne dit qu’il ait renoncé à se manifester en toute autonomie, bien que le sort des ouvriers hongrois en 1956 puisse faire réfléchir.
Ce qui se passe en Tchécoslovaquie doit nous rappeler que le fameux "monde socialiste" est à l’image des pays capitalistes, composé de grandes et petites nations et que les bureaucraties nationales sont liées par des rapports semblables à ceux qui lient les bourgeoisies nationales, le plus fort dominant le plus faible.
Comme les bourgeoisies nationales, les bureaucraties nationales utilisent les slogans du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ou de l’indépendance nationale pour se tailler et s’assurer des fiefs... qui finalement ne peuvent que retomber sous la dépendance d’un suzerain.
Nous pensons donc que les travailleurs ont autre chose à faire que de se solidariser avec leurs dirigeants et exploiteurs bourgeois ou techno-bureaucrates.
Eux seuls, les travailleurs, n’ont pas de patrie.
Et seuls leur lutte autonome pour leur émancipation pourra aboutir à la construction d’un monde sans rivalités nationales et impérialistes, un monde d’où la guerre sera bannie par conséquent.




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