Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’instituteur et la société actuelle (par le Comité d’Action Enseignants Normaliens de Savoie)
{Archinoir}, n°1, Février-Mars 1969, p. 25-29.
Article mis en ligne le 31 octobre 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Nous ne voulons pas être flics à la solde de l’état bourgeois.
Nous ne ovulons pas être les entonnoirs salariés qu’utilise le système en place pour gaver les enfants de ses propres critères moraux et intellectuels, de ses impératifs et de ses interdits.
Nous ne voulons pas être la courroie de transmission de l’idéologie bourgeoise.
Nous n’éduquons personne ; nous n’éveillons aucune confiance : nous ne faisons qu’intégrer plus ou moins bien des êtes à un système en place politique et économique fondé sur l’exploitation des classes par une autre qui détient tous les moyens de production, de consommation et d’information
On nous fournit des enfants qui ont des aptitudes physiques, et intellectuelles (des muscles et un cerveau, rien de plus) et dont nous n’avons à développer et canaliser que les aspects, les possibilités qui seront rentables pour la système. La neutralité de l’éducation d’aujourd’hui n’existe pas puisque les structures du système d’enseignement actuel reproduisent les structures du système politique qui a besoin d’un tel enseignement, qui le dirige, qui le finance ; irresponsablement, passibilité, obéissance du sujet "éduqué" devant ses "éducateurs" qui ne sont que L’INITIATION à l’IRRESPONSABILITÉ DU CHOIX, de sa propre vie, À LA PASSIVITÉ et L’OBÉISSANCE à l’égard du chef et des prétendus impératifs du système.
La pédagogie, dans tout cela, n’est que la somme des "trucs", des tours de passe-passe qui permettent d’intéresser l’enfant à sa progressive aliénation ; à sa lente destruction. On ne CONSTRUIT pas des adules : on DÉTRUIT des enfants. Bien sûr, il y a FREINET et ses méthodes actives, ses procédés "révolutionnaires".
Mais ces quelques tentatives d’échappatoire vers une authentique liberté se heurtent bientôt au mur de la rentabilité et de l’intégration des élèves-Freinet au système de production : il faut bien apprendre et que se passent les examens.
Il est évident qu’il NE PEUT PAS y avoir d’éducation révolutionnaire, -c’est-à-dire libre- dans un monde qui n’est pas lui même libéré.
Il n’y a pas d’INSTITUTEURS RÉVOLUTIONNAIRES. Il n’y a que des RÉVOLUTIONNAIRES QUI EXERCENT LE MÉTIER D’INSTITUTEURS.

L’ENROLEMENT COMMENCE DÈS L’ÉCOLE PRIMAIRE :
Il y a une manière de distribution des connaissances, marquée par une science hypocrite - la pédagogie -, qui a but de rentabilisé pour satisfaire par la suite les exigences du marché bourgeois.

L’ÉCOLE N’EST PAS LE SEUL TERRAIN DE CETTE DISTRIBUTION :
La famille elle aussi apprend à l’enfant à obéir, à se conformer à une règle, à sacrifier ses désirs, ses rêves ; sa spontanéité, pour s’identifier aux modèles que sont fiers de lui proposer ses parents. Il deviendra bientôt un adulte "raisonnable", "réaliste", "interlocuteur valable" et, pourquoi pas ? libre et INDÉPENDANT !
En réalité, cette "formation" qu’imposent aux enfants famille et école, qui ne sont que les cellules élémentaires du système capitaliste, a pour résultat, et même inconsciemment pour BUT le modelage des types d’individus, selon les besoins du système qui les utilise.
Les enfants sont livrés, ainsi conditionnés, dans la vie économique et sociale et ils sont récupérés facilement et faussement par les structures capitalistes en place (syndicats, partis, etc...) qui leur offrent des conditions de sécurité et de force arbitrairement enfermée dans un régime bureaucratique.

LES SYNDICATS SONT DES CELLULES SCLÉROSÉES IMPUISSANTES QUI FONT LE JEU DU GOUVERNEMENT EN PLACE.
Ils sont enfermés dans une bureaucratie et une paperasserie si complexes et cloisonnées qu’il est difficile d’en comprendre les rouages (impossibilité de toucher les chefs syndicaux sans passer par la hiérarchie élue de leurs valets).
Il acceptent de discuter avec la classe possédante et ses représentants, tombent d’accord avec eux pour obtenir des concessions sur des points de détails que nul ne peut contester. (Attirer à eux de nouveaux adhérents ; obtenir plus de concessions qu’une centrale rivale).

POUR TOUTES CES RAISONS, les syndicats MINIMISENT les revendications des travailleurs, les CANALISENT, les CENTRALISENT, les DÉFORMENT en les adaptant à leur propre structure, à leur propre positions.
Pour maintenir leur existence propre à l’intérieur du système, les syndicats ne peuvent proposer aux gouvernements que des réformes de détail, qu’il sont sûrs de savoir acceptées à plus ou moins longue échéance.
EN MAI, le mouvement ouvrier a démarrer en dehors des syndicats qui ont cherché à tous prix à le récupérer. Car ce mouvement qui leur échappait remettait en cause leur réalité et leur raison d’être. LES SYNDICATS NE REPRÉSENTENT PAS LES TRAVAILLEURS : ILS NE REPRÉSENTENT QU’EX-MÊMES. Ils ont leurs revendications propres et les proposent aux travailleurs. Pour substituer aux travailleurs qui au départ exigeaient des réformes dont ils ressentaient quotidiennement la nécessité il vont jusqu’à ACCUSER d’irréalisme, d’aventurisme ceux qui échappent à leur entreprise. DIX MILLIONS DE TRAVAILLEURS EN GRÈVE NOUS PARAISSENT UNE MINORITÉ RELATIVEMENT MAJORITAIRE.
Les syndicats et le SNI en tête, se perdent dans des confusions de détails (rappelés vous la farce de Grenelle) au lieu de reposer le problème de façon TOTALE, RADICALE, INSOLUBLE ALORS POUR LA BOURGEOISIE DOMINANTE, et la forçant ainsi de montrer son vrai visage (pouvoir d’argent, pouvoir policier, pouvoir légal, mais toujours, POUVOIR RÉPRESSIF).
Il y a un seul grand problème politique et social, celui de LA LUTTE DES CLASSES. Tous les autres problèmes politiques sont de faux (examens, lois, répressions, marché, chômage, prix) qui tous se ramènent à celui-là seul. Et c’est celui-là qu’il faut reposer chaque fois, celui-l) qui évidemment insoluble pour la classe possédante et le gouvernement chargé de la représenter puisqu’il remet en cause son existence même.
ON NE PEUT DONC PAS PARLER D’ÉDUCATION sans PARLER DE POLITIQUE.
On repose le problème du but de l’éducation : former les travailleurs et les cadres selon les besoins de l’économie bourgeoise (formation, orientation).
Le ministère de l’éducation n’est pas indépendant : il dépend directement du ministère des finances, donc du gouvernement et de son chef.
L’école ’est l’école de la bourgeoisie ; elle ne changera qu’avec le système tout entier.
L’ÉCOLE EST DONC UN PROBLÈME POLITIQUE.

CE QUE NOUS VOULONS :
Une mise en liberté totale des consciences de l’homme et de l’enfant (destruction de la publicité et des moyens de propagande en tant que tels : télé, radio, presse).
Une information non déformée qui ne soit la propriété de personne mais qui surgisse comme nécessaire au sein d’un groupe sans classe.
D’où peut naître une AUTOGESTION RÉELLE qui se manifeste à tous les niveaux : école/famille/usine/travail/marché.
Autogestion qui apparaîtra tout aussi nécessaire à partir du moment où le processus de la LUTTE DE CLASSE SERA ABOUTI.
La participation et la cogestion ne sont pas des étapes vers l’autogestion. Elles ne sont que des leurres qui servent à TROMPER le travailleur, à l’ENDORMIR, le CONTRÔLER, à l’ENFERMER dans de nouveaux rouages et à l’INTÉGRER plus parfaitement à la machine capitaliste.

IL FAUT LUTTER CONTRE CETTE MOBILISATION.
Il ne s’agit pas d’être intégré à un système où il y a des différences de classes en ayant pour seules ambitions le plus grand confort de la classe supérieure où les mêmes problèmes se retrouvent posés mais de dénoncer et d’agir contre ces différences insupportables, aliénantes, et destructrices.
IL N’Y A PAS DE VOIE TOUTE TRACÉE ni flèches à suivre sagement comme un troupeau de moutons.
Il y a des questions à se poser face à certains problèmes. Il y a des choses à faire en réponse.
Ne désertez pas devant l’ampleur de la tâche à accompalir : vous y serez mêlés demain.

CE QUE NOUS POUVONS FAIRE
À l’école : Développer au maximum les méthodes actives ; ne pas se contenter de donner des responsabilités à l’enfant. Faire que ces responsabilités deviennent pour lui une nécessité. Ce n’est pas au maître de distribuer des tâches pour intéresser l’enfant à un travail et lui donner un semblant d’activité.
IL FAUT QUE L’ACTIVITÉ DE L’ENFANT SOIT RÉELLE : activité de réflexion, d’organisation, de choix et de réalisation. Le rôle du maître n’est pas un rôle de guide, ni même de conseiller : il n’est là que pour donner une information totale, que les enfants solliciteront au moment où ils sentiront la nécessité.
ATTENTION ! Ne pas confondre avec pédagogie d’attente qui se contente d’attendre que l’esprit des enfants veuille bien se conformer au programme qui a été décidé pour eux. Ici il s’agit de satisfaire aux exigences de l’esprit de l’enfant au moment où elles apparaissent sans souci aucun des horaires ou de sprogrammes. Il ne faut pas établir une hiérarchie quelconque et remettre à plus tard la réponse posée à une question posée par l’enfant. L’enfant doit faire ce QU’IL VEUT et non pas CE QUE LE MAÎTRE VEUT QU’IL FASSE.
Ce n’est pas une manière bordélique de procéder : C’EST LA SEULE FAÇON DE PROCÉDER POUR QUE L’ENFANT SE FORME ET ENFIN NON PLUS QU’ON LE DÉFORME.
Hors de l’école : Le corps enseignant ne doit pas rester isolé. Les instituteurs doivent sortir de leur école où ils n’ont appris au mieux qu’à pleurer sur leur propre sort.
Vous devez établir des contacts constructifs d’information et d’action, avec les PARENTS, quant ils ne sont pas gaullistes incurables et des conservateurs dangereux, avec les ÉTUDIANTS, avec tous ceux qui éprouvent le besoin et le désir d’assumer l’entière responsabilité de leur quotidienne.
Il ne tient qu’à vous de retourner contre le pouvoir les armes qu’il a mises dans vos mains/autorité, audience, prestige et aussi machines, locaux, etc...
Restez en contact, réunissez-vous le plus souvent possible et tenez-vous au courant de ce que vous entreprenez.
Lisez, faites lire, discutez ce texte et agissez !

LE COMITÉ D’ACTION ENSEIGNANTS-NORMALIENS




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