Recherche archives du mouvement révolutionnaire

mercredi 1er mai 2013
par  ArchivesAutonomies

Ce texte peut apparaître comme un doublon avec celui intitulé Qui sommes nous ? Là n’est pas notre intention. Il nous permet d’aller plus loin vis-à-vis de la question des archives. Car ces dernières constituent la pierre angulaire de notre projet. Ainsi il nous semble important d’apporter quelques précisions sur ces dernières tout autant que sur la problématique du don ; et ce afin de faire émerger des lignes de force permettant à ceux qui acceptent de donner leurs archives de ne pas s’en faire déposséder.

À propos des archives

Été comme hiver, elle est glacée ; les doigts s’engourdissent à la déchiffrer tandis qu’ils s’encrent de poussière froide au contact de son papier parchemin ou chiffon. Elle est peu lisible à des yeux mal exercés même si elle est parfois habillée d’une écriture minutieuse et régulière. Elle apparaît sur la table de lecture, le plus souvent en liasse, ficelée ou sanglée, fagotée en somme, les coins dévorés par le temps ou par les rongeurs ; précieuse (infiniment) et abîmée, elle se manipule lentement de peur qu’une anodine amorce de détérioration ne devienne définitive. Au premier regard, on peut savoir si elle a ou non déjà été consultée, ne serait-ce qu’une seule fois depuis sa conservation. Une liasse intacte est aisément reconnaissable. Non par son aspect (elle a pu être longtemps abritée entre caves et inondations, guerres ou débâcles, givres et incendiées), mais par cette façon spécifique d’être uniformément recouverte d’une poudre non volatile, refusant de s’esquiver au premier souffle, froide écaille grise déposée par le temps. Sans autre trace que celle livide du lien de tissu qui la ceinture et la retient en son milieu, la fléchissant imperceptiblement à la taille. [1]

Si les archives dont il est question dans les lignes qui précèdent sont celles constituées de papier, celles auxquelles doit faire face l’historien, ou de manière plus générale tout individu arpentant les salles de consultation des centres de recherche publics ou privés, la relation quasi fusionnelle décrite par Arlette Farge n’est pas sans rappeler le rapport émotionnel que nous pouvons parfois entretenir vis-à-vis de ces traces et ces fragements du passé.
Assurément, ce rapport à l’archive est sensiblement altéré par la dimension numérique de celles qui se trouvent rassemblées ici, surtout du point de vue du visiteur que vous êtes. Ainsi la vue de ces documents sur un écran d’ordinateur ou le contact du papier brulant sortant de l’imprimante semble peu à même de déclencher le même type de passion. À moins bien sur que vous n’entreteniez des rapports particulier avec un de ces deux appendices de votre unité centrale.
Il n’en reste pas moins vrai que cette relation particulière à l’archive, et surtout à ce qu’elle contient, persiste. Du moins pour ce qui nous concerne. On pourrait même aller jusqu’à parler de passion. Et pour nourrir celle-ci, il faut des archives.

Faîtes pas les innocents, vous savez tout à fait de quoi on parle, surtout après avoir lu ce qu’on vous a pondu juste au dessus. Mais si, ces satanées piles de papiers qui dorment dans votre grenier, votre cave ou votre bibliothèque. À égale distance entre la poubelle et le coffre fort.
Nous nous adressons ici à ceux qui, au cours de leur vie, ont pris la décision d’opposer un peu de résistance à l’appareillage sociétal qui nous broie quotidiennement, nie nos désirs et nous enchaîne à horaires variables, au nom de la préservation de la propriété, de l’État et du travail. À ceux qui, au coeur même d’une lutte ou alors que les derniers brasiers de la contestation peinent à s’éteindre sous les coups de boutoir de la répression ou l’émiettement du mouvement, entreprenent d’amasser quelques traces de ce qui est advenu en espérant qu’un jour, elles puissent servir à quelque chose. À ceux qui, acteurs ou témoins des débats théoriques de la gauche radicale ou de l’une de ses franges, ont conservé jalousement des extraits ou la totalité d’une correspondance analysant n’importe quelle parcelle du capitalisme ou une traduction autodidacte d’un chapitre du Capital. À ceux qui, au gré de leurs rencontres et de leurs errances théoriques, on finit par mettre la main sur la collection entière d’un obscur journal d’"ultragauche", sur des brochures discutant de l’héritage théorique des millénaristes, voir les compte-rendus des réunions mensuelles de la tendance "pro-situ" de votre réseau conseilliste. A ceux qui, au gré de leur dérives théoriques ou pratiques tentent de réunir autour d’eux un peu de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont été ou de ce qu’ils ont pu observer.

Pour notre part, à défaut d’avoir pu prendre part à tout ce qui s’est déroulé avant le début du XXIe siècle, nous collectons les archives de ceux d’entre vous qui nous ont précédés. Quelques tracts ou une brochure par-ci. Quelques numéros du fanzine d’un petit collectif informel ou le bulletin interne d’une organisation révolutionnaire des années 1970 par-là. Parfois, il nous arrive de mettre la main sur un véritable trésor ou sur un complice aux ressources infinies. Le site est en grande partie le résultat de ces rencontres, de ces accumulations.

Où il n’est pas inutile de préciser à nouveau de quel constat nous partons

Toutefois, il n’est pas uniquement cela.
Depuis plusieurs années, on peut noter, au sein de la population, un intérêt grandissant pour les expériences politiques passées. Cette curiosité se heurte dans une certaine mesure à l’absence de travaux de synthèse mais surtout bien souvent à l’absence d’accès aux sources, aux documents, aux archives. Le matériau historique restent ainsi inaccessibles au plus grand nombre.
Certes, cette situation résulte en partie du désintérêt des intellectuels pour les problématiques de la gauche radicale. Mais il serait réducteur de réduire cette effacement des questionnements des franges les plus déterminées du mouvement révolutionnaire à l’indifférence de ceux qui s’agitent dans le bac à sable médiatique. La réalité est que l’inexistence de travaux de recherche, universitaires ou non, s’explique aussi par le fait que de très nombreux militants et activistes conservent trop souvent leurs archives dans des endroits et par des moyens qui les rendent impénétrable à ceux qui pourraient y trouver une quelconque utilité. La plupart du temps, elles ont été oubliées par ceux qui les ont constituées. Quelques soient les raisons, bonnes ou mauvaises, qui ont débouché sur cette situation, il est nécessaire de faire sortir ces matériaux avant que le temps, les éléments, une envie de nettoyage ou les souris fassent leur oeuvre.
Bien entendu, nous dressons un tableau volontairement négatif de la situation. Certes, il existe quelques ouvrages d’intérêts qui abordent la gauche radicale ou l’une de ses franges. Cependant, si un travail de synthèse historique peut se révéler intéressant, en particulier en raison de sa dimension subjective, il s’accompagne là aussi bien trop souvent de l’émergence d’un discours et de la figure de l’expert, rarement disposé à partager ses sources et donc à laisser échapper à un certain contrôle le matériau, historique ou non, sur lequel il s’appuie.
Rassembler ces archives et, surtout, les rendre accessible participe de notre volonté d’éviter de nous constituer en un collectif d’experts. Cela ne veut bien sur pas dire que nous ne nous réservons pas le droit de produire nos propres textes de synthèse sur l’histoire de la gauche radicale. Simplement, nous considérons qu’il est nécessaire et possible de dissocier la production de ceux-ci de notre démarche de mise en ligne de documents du mouvement révolutionnaire. Afin de laisser libre, ceux qui souhaitent éventuellement faire usage de ces archives, de prendre en compte ou non nos propres élucubrations...

Pourquoi des archives numériques ?

Il n’est question, dans l’état actuel des choses, que de mettre à disposition des archives numériques. Les fonds papiers du collectif ne sont pas ouvert à la consultation.
Ce choix trouve son origine dans plusieurs facteurs qu’il n’est pas inintéressant de présenter ici :

  • Tout d’abord, nous ne disposons pas des moyens financier qui pourrait nous permettre de louer un local. Nous ne pouvons donc garantir la consultation des archives papiers que nous avons collectées et encore moins celles d’éventuels donateurs.
  • Sur le même registre, nous disposons de moyens limités pour assurer la bonne conservation de nos archives, ce qui exclut, de fait, la possibilité, pour nous, d’accepter des dons trop importants ou trop anciens. Le papier, support par excellence des archives, se dégrade souvent rapidement, surtout lorsqu’il est conservé dans des endroits peu adaptés tels que des caves ou des greniers.
  • A cela s’ajoute le fait que notre collectif est très éclaté géographiquement, limitant tout autant d’éventuelles rencontres entre ses membres (même si cette situation à aussi ses avantages) que la possibilité de concentrer en un seul point géographique nos moyens.
  • Enfin, animer un centre d’archives nécessite du temps. La plupart d’entre nous travaillent ou mènent différentes activités (universitaires par exemple) qui ne leur pemettent pas de s’impliquer à temps partiel ou à plein temps dans un projet de ce type.

Nous avons donc fait le choix d’un support numérique.
Il est certain que cela présente quelques inconvénients. Le moins négligeable est sans aucun doute la limitation des liens physiques qui peuvent se construire entre les personnes susceptibles de graviter autour de notre projet : notre collectif, ceux qui nous donnent des archives et ceux qui les lisent ou en ont l’usage.
A l’avenir, nous tenterons de trouver une solution pour dépasser ce problème. Même si nous espérons que les éventuels visiteurs de ce site ne serons pas uniquement des consommateurs, cherchant à nourrir leur seul intellect mais bien des individus, qu’ils s’insèrent ou non dans un démarche collective, recherchant les moyens de dépasser la dimension théorique de la problématique de la rupture révolutionnaire pour s’attacher à sa dimension pratique.
Car le choix du numérique présente aussi de nombreux avantages. Une meilleure diffusion des documents que nous avons rassemblés, chacun pouvant, à partir du moment où il est muni d’une connexion internet, avoir accès à ces archives. La possibilité d’impulser, malgré un éparpillement géographique et temporel, un mouvement d’accumulation et de conservation des divers fragements de l’histoire du mouvement révolutionnaire. Surtout la capacité, pour les individus et collectifs intéressés par ces textes, de se livrer à une réappropriation immédiate pouvant se traduire aussi bien par des réunions ou cercles de discussions que par des brochures ou des zines.

Où l’on en revient à la question des archives papiers

Pour accroître le fonds du site, et donc d’une certaine manière votre fonds numérique, il est toutefois nécessaire d’avoir accès à des archives papiers. Pour les scanner ou à défaut les photographier afin d’en extraire le texte.
Il nous semble important de préciser qu’il n’est pas dans notre intention de prêcher pour notre chapelle. Nous n’entendons pas nous substituer aux centres militants ou certains centres universitaires qui collectent des archives. De ce point de vue, il n’est en aucun cas indispensable de nous donner directement à nous vos archives papiers. Vous pouvez aussi bien nous les prêter, les scanner vous même voire carrément les mettre en ligne au moyen de votre propre site ou de votre propre blog. Notre seule exigence est d’avoir accès aux archives numérisées afin de pouvoir les diffuser gratuitement, au plus grand nombre.
Plusieurs options s’offrent à vous, toutes négociables : don direct, prêt, don provisoire avant un dépôt auprès d’un centre d’archive militant ou institutionnel, etc... [2]

Pour toutes questions concernant les types de documents que nous recherchons, nous vous invitons à consulter plusieurs listes et inventaires ci-dessous :


[1Arlette Farge, Le goût de l’archive, Paris, Seuil, Coll. La librairie du XXe siècle, 1989, p. 7-8.

[2Nous vous invitons en particulier à vous tourner vers les Centres Internationaux de Recherches sur l’Anarchisme (CIRA) qui disposent de moyens conséquent permettant d’accueillir des archives de militants. (Site du CIRA de Lausanne : http://www.cira.ch/ ; Site du CIRA de Marseille : http://cira.marseille.free.fr/). D’autres structures existent telles que le Centre de Recherche sur les Alternatives Sociales (CRAS) de Toulouse ou le Centre de Documentation Libertaire (CDL) de Lyon.


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