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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’Europe des hooligans et la mort du football
{Os Cangaceiros}, n°2, Novembre 1985, p. 78-79.
Article mis en ligne le 15 février 2014
dernière modification le 13 février 2014

par ArchivesAutonomies
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Nous sommes révoltés par la campagne de mensonge cl de délation actuellement menée contre les hooligans du foot [1], et plus spécialement les supporters de Liverpool.
Nous avons justement connu, durant l’été 81 à Liverpool. de ces supporters du L.F.C., qui avaient participé aux émeutes de Toxteth ; ils sont devenus nos amis (on se fait vite des amis, dans de telles situations). Nous ne supportons pas de les voir insultés par des petits bouffons de Journalistes, ni par la meute hystérique de tous ceux qui se repaissent de leurs propos fielleux !
Les supporters de Liverpool ne sont en rien responsables des 38 morts du stade de Heysel a Bruxelles. Les seuls responsables sont les organisateurs du spectacle sportif qui par­quant des foules sur les gradins des stades. Ces installations sont conçues pour recevoir des foules passives qui se contentent de regarder.
Le parquage policier est tel que ces gens ne peuvent même pas s’enfuir en cas de besoin. Le 11 mai, à Bradford, s’il y avait eu tant de morts, c’est que les spectateurs affolés n’ont pu s’échapper par les issues de secours : les gérants du stade les avaient bloquées pour empêcher les resquilleurs d’entrer ! Au Heysel, un employé du stade a refusé d’ouvrir aux italiens paniqués, une porte de secours donnant sur le terrain. Les flics repoussaient les gens à coups de matraque pour les empêcher de se réfugier sur le terrain. Quelques secondes après, il en mourrait 38.
38 morts, qu’est-ce que c’est ? Il en meurt dix fols plus chaque week-end sur les routes, et on n’en fait pas une affaire d’États ! parce qu’alors, il s’agit de pauvres isolés dans leur caisse à savon. À Bruxelles, il s’agissait d’une foule ; et le système social lui qui repo­se sur la manipulation des foules solitaires les voit échapper à tout encadrement, même en les parquant comme des bêtes dans des enclos grillagés. Un Tifosi l’a lui-même reconnu : parqués comme ils l’étaient, il était inévitable - et humain, dirons-nous - que les suppor­ters anglais explosent et enfoncent les grillages les isolant des autres.
Les supporters anglais voulaient seulement se défouler un peu : une bonne bagarre avec les autres, quitte à se mettre ensemble après contre les flics et s’amuser en ville après le match.
Voilà pour le soir du 29 mal au stade du Heysel. Ce soir-là, l’événement n’a pas eu lieu sur le terrain mais dans les gradins : et pour une fois ce fut un événement réel. Cet évènement est à la mesure de la vie de cauchemar qu’on nous fait : manipulation des foules et quadrillage policier sont les bases du monde réel.
La réalité a repris ses droits incontestablement ce 29 au soir, à Bruxelles. Le cauchemar que le spectacle exorcise dans le show sportif est revenu à la surface. "Ce qui aurait du être une fête s’est terminé en tragédie" déplorent-ils. Mais ce qu’ils déplorent surt­out, c’est que le drame ait eu lieu avant le match. Leur bel événement sportif, retransmis en eurovision, a été sali tout simplement par la réalité ! Et si le match a finalement eu lieu, ce n’était plus que pour de vulgaires raisons de police (comme toujours dira-t-on : nais les organisateurs ont été forcés de le dire : "Que va-t-on faire de tous ces gens ?"). D’ailleurs, il n’y a qu’à entendre, çà et là, les commentaires : le réflexe de tous ces klébars pavloviens, c’est de dire qu’il n’y avait pas assez de flics ce soir-là.
Aujourd’hui, tous les États européens se servent de ces 38 malheureuses victimes pour lancer une contre-offensive hystérique contre les hooligans du foot ; et tous les médias eu­ropéens mentent sur ce qui s’est réellement passé ce soir-là, afin d’appeler à la répression contre les supporters anglais. Les pires salauds sont évidemment les journalistes spo­rtifs : voyez les articles de l’Équipe ! L’idéal sportif a été irrémédiablement profané ! C’ est une bonne chose, parce que l’idéal sportif c’est de la merde.
Chaque week-end. en Grande-Bretagne, des prolétaires vont au match en bandes, dans le but de casser, de se battre, de s’amuser donc ! Du sport, ils s’en foutent, en vérité. Nous aussi. Le soi-disant événement sportif n’est pour eux que le prétexte à s’exciter avec l’aide de la boisson dont on sait qu’elle échauffe le coeur (d’ailleurs les sportifs, les vrais, ne boivent pas d’alcool, c’est bien connu !). Ils sont pleins de haine. N’y-a-t-il pas de quoi ?! Nous aussi, nous avons la haine. "We hate humans" disaient les jeunes de "l’armée rouge de Manchester United", il y a quelques années. "Je vais au match pour une seule raison : la bagarre. C’est une obsession, Je ne peux pas m’en défaire", déclare un de la "Crazy Red Brigade" de Liverpool. Nous non plus, nous n’arrivons pas à nous défaire de ce­lte obsession. A Londres, en 84, 500 hooligans étalent regroupés en une bande "Intercity Fraternity" pour foutre systématiquement le bordel à l’occasion des matchs. L’un d’eux dé­clarait après leur passage dévastateur à Paris : "On voulait se frotter aux fascistes du "National Front", vos flics ne nous en ont pas laissé le temps. Alors après, on a eu qu’une envie, tout casser."
Partout dans le monde, l’excitation produite et insatisfaite par le spectacle se retourne contre lui : à Dakar, à Pékin, à Liverpool. à Marseille, à Détroit, à Tbilissi et ailleurs encore...
Les simples d’esprit trouvent absurde que des gens se battent comme çà pour un match. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que le match n’a pas vraiment d’importance. C’est une occasion qui en vaut une autre : c’est quand même plus excitant de se rendre à un match de foot ou à un concert de rock qu’à une manifestation politique ! Les supporters se battent souvent entre eux : et alors ? après tout, que sont-ils les uns pour les autres ? Rien.
Qui d’autre qu’un con de gauche peut s’étonner que des prolétaires se battent entre eux pour s’amuser ?! Les prolétaires ne sont unis en rien. Ils sont absolument séparés. La mi­sère réelle des gens,c’est cet isolement absolu organisé dans leur vie Ce tous les jours : çà s’exprime d’habitude sous forme d’indifférence, et parfois sous forme d’hostilité. Il n’y a que les esclaves du spectacle et les larbins de l’État qui sont effrayés par la réalité de la misère, puisque ce sont eux qui en sont responsables.
C’est de cette réalité que part le dépassement. Les mêmes qui se battent entre eux, sui­vant qu’ils soutiennent tel ou tel club, se retrouvent ensemble à se battre contre les flics - comme dans les bagarres au bal du samedi soir, ou dans les rivalités entre bandes de cités de banlieue. Le 29, les anglais comme les italiens et même les belges ont sans arrêt arrosé les flics de projectiles. Avant le match, ils pillèrent aussi une bijouterie et dérobèrent la recette du match. C’est tout çà qui met les boules aux homme d’État europé­ens.
Le gouvernement Thatcher a décidé de s’attaquer aux hooligans du foot : après les émeu­tiers de 81 et les mineurs grévistes de 84 - parce que ce sont les mêmes prolétaires indis­ciplinés, qui, écrasés d’un coté, se vengent d’un autre. Pendant la grève des mineurs, de nombreux hooligans se sont battus aux cotés des mineurs contre les flics.
Nous partageons entièrement l’excitation de ces hooligans, qui cassent tout sur leur passage et nous sommes écoeurés par les mesures annoncées contre les supporters britanni­ques. Les sanctions prises contre les clubs anglais visent à empêcher leurs supporters de se déplacer à l’étranger. Chez eux ils subissent un flicage maximal : répression judiciaire féroce (récemment des hooligans de Chelsea ont pris des peines du 6 mois à 5 ans ferme), quadrillage policier renforcé des stades (cartes magnétiques de supporters obligatoire, in­terdiction de la consommation d’alcool à l’intérieur ou à proximité des stades sous peine de poursuites judiciaires, surveillance vidéo systématique).
Jusqu’alors les émeutes du foot se déclaraient le plus souvent pendant ou à l’issue du match, à Bruxelles elles se sont déclarées avant, et elles peuvent même éclater sans le match, comme ce qui s’est passé à Doncaster (bassin minier du Yorkshire) le 7 mars 85 : c’était 2 jours après la fin tragique de la longue grève des mineurs. Plusieurs centaines de supporters de l’équipe régionale, Sheffield, alliés à des groupes de Jeunes mineurs se sont répandus dans le centre de cette ville (où il y avait déjà eu une émeute de jeunes kids pendant l’été 81) et ont saccagé tous les magasins. Les commentateurs, flics comme journalistes, se sont surtout étonnés du fait qu’il n’y avait ce jour-là aucun match à Doncaster, ni dans les environs.

VIVE LES EXCITES DU FOOTBALL !

début Juin 80
OS CANGACEIROS

Notes :

[1(Note à l’origine placé dans le titre.) Les hooligans ne sont pas tous des skins néo-nazis, loin s’en faut, ni les skins tous des néo-nazis. Seules, les petites crevures de skins fafs du P.S.G. sont responsables de leurs propos racistes et de leur idéologie néo-nazis.

P.S. :

Ce texte a aussi été traduit en anglais et diffusé là-bas. Des extraits ont été tirés pour faire une affiche, collée à Paris, Lyon, Marseille, ainsi que dans d’autres villes de province ; et autour du Parc des Princes, lors de la finale de coupe de France.




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