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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Correspondance avec le R&FM
{Os Cangaceiros}, n°2, Novembre 1985, p. 87.
Article mis en ligne le 16 février 2014
dernière modification le 15 février 2014

par ArchivesAutonomies
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Au comité du Rank et File Movement,

Il y a des oublis, des actes manqués ou des manœuvres qui peuvent coûter cher.
Certains mineurs qui participent au R&FM sont des amis. En mai 85, l’un d’entre eux m’a sollicité pour écrire une lettre qui devait paraitre dans le premier numéro de la revue. J’acceptais de rédiger un texte à la condition expresse qu’il soit publié dans son intégralité.
A part la première partie en forme d’introduction et la dernière qui s’attachait à mettre brièvement en valeur les aspects offensifs de la grève, le texte comportait essentiellement une synthèse de différents documents de l’OEPB écrits par les dockers de Barcelone qu’une délégation de mineurs de Doncaster avait juste­ment rencontrés fin février 85 par l’intermédiaire et avec l’aide d’amis français.
La seule limitation imposée que j’avais acceptée concernait la longueur du texte (une page format A4). La lettre faisait deux pages. Je proposais donc que la partie finale du texte, à l’exclusion de toute autre, ne soit pas publiée si des "impératifs techniques" l’exigeaient. Bien entendu, il était convenu que rien n’en se­rait publié plutôt qu’une version falsifiée, de quelque façon que ce soit. Je reçus de multiples engagements dans se sens.
Rien dans ces engagements n’a été respecté. Lors de sa parution, la lettre avait subi trois falsifications :
1) La signature, "Un Ami d’Harry Robert" [1], avait été supprimée, ce qui laissait croire qu’elle émanait en totalité des dockers de Barcelone puisque ce titre faisait subitement son apparition en tête et à la fin du texte ;
2) Le mot "justifiée" venait lamentablement se substituer à celui de "belle" pour qualifier la belle violence des mineurs pendant la grève ;
3) Last but not the least, un chapitre entier qui traitait du fonctionnement de l’Assemblée de l’OEPB avait été tronqué.
Cette façon de faire qui mêle la falsification à la censure n’est rien de moins qu’un procédé stalinien. Aucune explication, technique ou autre, ne peut oser faire passer ce procédé ignoble pour autre chose. La responsabilité n’en incombe pas seulement à l’éditeur mais repose collectivement sur l’ensemble du comité du R&FM qui prétend justement exercer une autorité collective sur ses propres activités, en contrôlant par exemple celles de l’éditeur.
Il n’est pas innocent que ce soit, plutôt qu’un autre, le chapitre consacré à l’exercice collectif du pou­voir de l’Assemblée de l’OEPB et du contrôle sur le mandat des délégués qui ait été censuré. D’ailleurs, la partie censurée du texte s’applique parfaitement aux circonstances de cette affaire. Le texte précisait entre autre : "L’OEPB est contrôlé par l’Assemblée générale des dockers et retraités (...) qui possèdent les mêmes droits de s’exprimer et voter(...). L’Assemblée en tant qu’organe suprême de l’OEPB peut débattre et prendre des décisions sur toute question qui peut se poser pendant celle-ci. L’Assemblée générale extraordinaire se tient toutes les fois que les conditions suivantes sont réunies : (...) quand un délégué pense qu’un comité prend des libertés avec, ou se livre à des activités hors ou contre les décisions prises en Assemblée, quand il est nécessaire d’aboutir à une décision sur toute question qui doit nécessairement être réglée en Assemblée. (...). Les délégués peuvent être révoqués si l’Assemblée générale le décide (...) pour ne pas avoir appliqué la décision de l’Assemblée des délégués, pour s’être opposé de quelque façon aux décisions prises dans l’Assemblée générale". Manifestement, ces règles de fonctionnement font défaut dans le R&FM comme elles ont fait défaut dans le cours de la grève.
Même dans un fonctionnement collectif minimum comme celui du R&FM, si une telle saloperie est tolé­rée ou arrive à passer, c’est sur l’ensemble du comité qu’elle retombe et par extension sur la crédibilité du R&FM lui-même en tant que regroupement de mineurs de la base.
Le comité du R&FM n’a rien fait pour prendre clairement position à ce sujet alors qu’il en avait suffisamment le temps puisque peu après la parution du premier numéro de sa revue au moins trois membres du comité en avaient été informés, quoique sur un pian personnel. Cette fois, c’est l’ensemble du comité comme organe du R&FM qui en est publiquement averti : le numéro deux vient juste paraitre, il reste donc ample­ment le temps pour procéder dans le prochain numéro à la publication intégrale du texte censuré accompa­gné de la lettre ci-jointe, à défaut de quoi il sera donné à cette affaire toute la publicité qu’elle mérite.
Cette question n’est pas uniquement une affaire de principe, il s’agit aussi de faire preuve d’un minimum d’honnêteté dans ce domaine surtout par rapport à l’OEPB. L’empressement à accepter la totalité de l’argent collecté par l’OEPB pour les mineurs en grève (dont le R&FM) ne s’est pas retrouvé quand il s’est agit de ses idées. Il faut bien que certains redoutent la force de ces idées pour les avoir censurées si manifestement mais, au-delà des censeurs, elles en dérangent bien d’autres.

A Harry Robert’s Friend
6 octobre 1985

Notes :

[1Harry Robert : Voyou de la banlieue de Londres qui tue plusieurs flics au début des 70’. Les mineurs chantaient une chanson : "Harry Robert est notre ami, il tue les flics, il tire dans la tête des bâtards..."




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