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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Travailler ? Moi ? Jamais !
Os Cangaceiros, n°3, s.d., p. 91.
Article mis en ligne le 24 février 2014
dernière modification le 4 mars 2014

par ArchivesAutonomies
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Premier jour du procès, mercredi 18. Au président qui lui demande "Vous n’avez jamais travaillé ?", Georges Courtois répond "Travailler ? Moi ? Jamais ! Les tuyaux de plomberie, c’est pas vraiment ma passion. Moi je suis profession gangster". Il dénonce "les éducateurs qui vous condamnent sans retour, les juges, incompétents et fonctionnaires, les psychiatres qui sont nuls et ne servent à rien, et pour qui je n’ai absolument aucune consi­dération". Il termine en disant "Messieurs, vous me condamnerez une fois de plus. Mais sachez que la prison, c’est terminé ! Ça ne fait plus rien, ni en positif, ni en négatif".
L’article de Ouest-France qui relatait le lendemain cette première audience pouvait titrer "Un anar aux Assises". Il ne croyait pas si bien dire en écrivant "En dehors des crimes de sang, les révoltés et les antiso­ciaux sont légion dans les boxes des accusés d’Assises. Mais les révoltés, conscients de leur révolte et capables de l’exprimer en termes choisis où se mêlent la superbe pour leur condition et le mépris pour les normes et les institutions, ces révoltés-là sont rares. C’est, si l’on ose dire, le mérite de Georges Courtois, 38 ans, gueule de prolo du XIX°, joue creuse, mousta­che et cheveux d’ébène, de nous avoir rappelé - hier devant la cour de Loire-Atlantique - qu’ils existent, ces truands pas tout à fait comme les autres, chantés par Bruant et croqués par ’L’assiette au beurre’ du début du siècle. Un anarchiste, Georges Courtois. Pas au sens de Bakounine ou Élisée Reclus, mais au sens de Ravachol. Raisonnement type : la société ne m’a rien donné, je n’ai donc rien à voir avec elle. Messieurs les orienteurs, les éducateurs, les flics et les juges faites votre devoir ; moi, je fais ma vie, en dehors de vos règles".
Le même journaliste, Daniel Seité, qui affectait ce ton bonhomme tant que Courtois avait les menottes aux poignets, changera complètement après le renversement de situation créée par l’intervention de Karim Khalki. Relâché quelques heures après, le pisse-copie, devenu pisse-vinaigre, ira se répandre en propos fielleux à l’encontre de Courtois et ses amis. A l’opposé, un jeune journaliste de Presse-Océan, Dominique Guillet, lui aussi pris en otage quelques heures, aura scrupuleusement noté les propos de Georges Courtois - une partie de ceux-ci seront publiés dans différents journaux, non sans être assortis de commentaires calomnieux et malveillants des rédactions. Plus tard, Guillet ira jusqu’à déclarer que "Finalement, le message de Courtois a été détourné par les médias. C’était assez sordide". Cette remise en cause de sa propre profession donne la mesure de la situa­tion renversante créée par les trois de Nantes. Elle reste néanmoins une exception, remarquable en cela. A l’inverse, pendant la prise d’otage, un autre journaliste de Presse-Océan déclarait à l’extérieur du Palais, devant les caméras : "Courtois prétend que les journalistes sont des gens dangereux. Il nous a écrit il y a un mois pour nous dire qu’il était le seul détenu de France à n’avoir jamais vu le juge d’instruction. Ce qu’il ne dit pas, c’est que c’est lui qui a refusé de voir le juge". Ce que ce salopard lui ne dit pas, et qu’il ne pouvait ignorer, c’est que Courtois avait fait la grève de l’instruction en réponse à cette brimade du juge Cavaud (!), qui lui avait refusé le permis de visite pour sa femme et ses enfants.




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