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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Déclarations de Georges Courtois
Os Cangaceiros, n°3, s.d., p. 92-93.
Article mis en ligne le 25 février 2014
dernière modification le 4 mars 2014

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ici quelques déclarations de Georges Courtois » durant la prise d’otages. Sous les avons trouvées pour partie dans les noces prises par Guillet et pour partie dans des enregistrements vidéo.

"Il va falloir maintenant s’expliquer sur certaines exactions, juridiques, sociales et politiques. Si nous sommes ici, c’est à la justice française qu’on le doit. C’est elle qui m’a emmené ici depuis l’âge de 13 ans. Je suis désolé mais c’est comme ça ! ... La prison, vous, vous ne connaissez pas. Vous aviez déjà acheté les vins et les dindes pour Noël. Moi, je m’apprêtais à passer mon petit réveillon avec mon petit poste de télé que Badinter a bien voulu me donner. Il n’y a rien de plus inhumain que la prison. C’est vivre comme un tube digestif. C’est la dépersonnalisation, le manque de respect. Quand ma fille vient me voir au parloir et qu’elle pleure, il y a un maton qui vient lui dire de se taire. Je vous rappelle qu’elle a trois ans. Et encore, il faut s’estimer heureux d’avoir un permis de visite ! Car ce salaud de juge d’instruction, il me l’a refusé ce permis. Ça fait des mois que je n’ai pas pu voir ma famille. Au moment où ma fille est née, je voulais sortir du cercle de l’"amoralité", comme le disait si bien le procu­reur. Je suivais un stage de formation professionnelle de plomberie. Et puis est venue une condamnation de trois mois pour une affaire ancienne. J’ai demandé à les faire après mon stage. Hé bien ça a été refusé. Il fallait que j’arrête tout pour aller en taule. Là, j’ai rencontré Khalki. La prison, ça sert aussi à faire des rencontres."

"Je pense qu’une peine de 10 années de réclusion aurait été prononcée contre M. Thiolet. Je pense qu’une peine de 20 années de réclusion aurait ôté prononcée contre moi. il est hors de question que nous exécutions de telles peines. Dans la réalité, l’exécution de ces peines correspond pour nous à notre mort sociale. Je préféré quant à moi mourir tout de suite, d’une balle dans la tête, ou dans mon lit en père Peinard, si j’ai de la chance."

"Je ne vois pas pourquoi je ferais 20 ans de prison pour avoir attaqué ou pas attaqué une banque quand Prieur et Maffart, les assassins appointés par l’État, se prennent 10 ans en Nouvelle-Zélande. Ces gens ont tué et toute l’opinion publique manipulée par les médias pleure sur leur sort, sur la pauvre Mme Prieur qui ne va pas passer les fêtes avec ses enfants. Est-ce que nous allons les passer, nous, les fêtes avec nos enfants ? Non, alors !? ... La question devait être posée."

"La moindre tentative d’intervention de la police sera suivie d’une sanction immédiate. Notre but n’est pas de faire du mal à quelqu’un. Si un, deux, trois ou quatre otages doivent être abattus, croyez bien que cela sera uniquement la faute à une intervention de la police... Les groupes d’intervention spéciaux et autres anti-gangs ne nous impressionnent nulle­ment. Ce ne sont que des tueurs à gages aux ordres du gouvernement, ayant une carte d’assassin officiel en poche... Nous sommes autant capables qu’eux d’abattre des gens, par conséquent cela ne pose pas de problèmes... J’attire votre attention sur ce genre d’arme. Quand on tire dans la tête, la tête s’en va, il ne reste que les épaules. C’est avec ça que la police tire sur les gangsters. C’est avec ça qu’ils ont assassiné Jacques Mesrine."

"Hé bien, on peut dire que vous êtes bien défendus ! Ils n’étaient pas fiers ce matin. Ils n’ont pas fait long feu pour déguerpir, les poulets ! Il est vrai que ces gens savent que les médailles de la police sont délivrées à titre posthume ! On oublie toujours que les policiers sont des assassins. On fait un battage extraordinaire autour des cinq ou six truands qui dessoudent des flics chaque année, mais on ne parle jamais des jeunes Arabes de 17 ans qui se font abattre comme des pipes à la foire de septembre, parce qu’ils volaient des phares anti-brouillard ! Les policiers ont une considération pour la vie humaine qui m’inquiète beaucoup. J’ai surtout peur pour vous, parce que vous savez, se faire exploser ici, c’est mieux que la prison."

"Alors, Mr le Président, vous n’imaginiez pas vivre une aventure pa­reille, hein ? Vous croyez vraiment que je suis coupable, maintenant, vous qui meniez les débats à charge ? ... Et vous, le Varin, on n’est pas fier hein ? Combien vous vouliez demander ? Le maximum, hein ? Dans les trente ans au moins !?"

"Les jurés... coupables ! Coupables d’être ici - ils pouvaient refuser de répondre à la convocation, quitte à payer l’amende. Ils sont coupables de ne pas avoir su. L’ignorance est une faute. On doit savoir. Quand on vient procéder à l’élimination de certains individus, on doit savoir ce qu’on fait... Vous alliez tous nous condamner dans cette minable affaire de hold-up à Sucé-sur-Erdre, alors que je jure solennellement sur la tête de mes enfants que Thiolet et moi n’y étions pas, à Sucé. Celui qui a fait le coup, il était dans la salle. Il ricanait doucement pendant l’audience. Comme vous, madame ! Ça vous faisait plaisir de nous condamner, hein ? on le sentait bien !... Vous êtes pris en otages, comme nous l’avons été, Mr Thiolet et moi pendant 2 ans, et comme l’a été Mr Khalki pendant 5 ans, pris en otage par l’État français sous la menace des armes de la police."

"Et les jurés, qui êtes nés pour être anonymes, qui travaillez comme des cons, couverts de dettes à chaque fin de mois, vous avez été désignés pour siéger en cour d’Assises. Ça y est, vous vous êtes dit, je suis quelqu’un, ou plutôt quelque chose, un instrument d’une machine qui donne des années de prison. Vous alliez suivre les yeux fermés le président. Je le sais. En ignorant tout ce qui se passe après, dans les taules. Vous êtes coupables d’avoir participé à cette juridiction répressive."

"Il faut bien se rendre compte que nous nous attaquons aujourd’hui d la plus haute institution répressive de tout le pays..."

"Je demande à Mrs les Jurés : quel effet cela vous fait-il d’être venus pour juger et de vous retrouver en position d’être jugés à votre tour ?

(Après la reddition)

"Compte tenu de l’intervention de Mr Khalki, de sa vie et de sa liberté mises en danger, il était normal d’échanger notre liberté contre la sienne qui était garantie par le ministre de l’intérieur... Quand à vous, Mrs les journa­listes, vous êtes une bande de requins qui me déplaisez particulièrement.)"




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