Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Actualité passée : Le jour des morts-passants
{Marge}, n°1, Juin 1974, p. 2.
Article mis en ligne le 26 juin 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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"La galaxie, en ce temps-là, faisait encore partie de ces mystères profonds dont l’exploration était source de frayeur pour les Homo-primus-ponia. Seule la terre était peuplée. Toutefois, la première géné­ration d’Homo Espérance-Création commençait à véhiculer les idées.
Un jour, on décida de faire une guerre de Déci­sion entre les deux générations, dont les modalités dans le temps étaient fixées à une journée. Dans le début de la matinée, les Homo Espérance-Création envahirent la plus grande partie des Décisions. Les Homo-prlmus-ponia devenaient de plus en plus anxieux, car ils se sentaient submergés par une force qui leur était imperceptible. Toutefois, cer­tains d’entre eux avaient mis en œuvre différentes modalités de complots pour poursuivre leurs mani­pulations des décisions
C’est alors qu’apparut le premier cadavre de leurs ancêtres, Etre décharné, déshumanisé, dépersonnalisé, dépsychélisé. Celui-ci venait de com­prendre que la seule sortie de sa tombe annulait la décision d’un Homo Espérance-Création. Très rapidement, la nouvelle se répandit de tombe en tombe, de charnier en charnier, et à midi 400 000 morts-passants avaient annulé 400 000 Etres-vivants. Le soir, les Homo prîmus-ponia, dans un dernier souffle, avaient réussi à survivre pour quelques heures de plus."
Cette journée du dernier sursaut des premiers hommes nous montre à quel point les mœurs étaient curieuses en ce temps-là.
D’un côté, les Homo primus-ponia voyaient leur taux de dégénérescence, leur incapacité de créer, s’acroître de jour en jour.
Toutefois, étant encore à cette époque les plus nombreux, à travers un mouvement motivé par une peur viscérale commune, ils réussirent à sursauter une dernière fois.
On peut facilement expliquer cette peur. Le Mort-pasant est une vie sans vie, sans éclat, sans expres­sion, qui se laisse guider inconsciemment à travers les idées, les émotions, et qui ne se reconnaît qu’à travers certaines valeurs qu’il ne comprend pas mais qui ont été établies par les autres Morts-mourants en fonction de faux-semblants d’intérêt.
Les Morts-vivants, ce jour-là, furent effrayés à la pensée d’être obligés de passer au milieu d’un bouil­lonnement d’existence-expérience auquel ils ne se sentaient pas la capacité de s’associer.
Ce qui nous paraît plus difficile à analyser est l’attitude d’acceptation-rejet des Homo Espérance-Création au soir de la guerre.
En effet, ceux-ci possédaient en leur sein toutes les possibilités, toute une force vive qui avait prouvé sa supériorité d’adhésion et qui ne cessait d’éclater en foyers surmultipliés. Pour ce jour mémorable, ils avaient réussi une coordination spontanée, parfaite de leur action, qui n’avait échoué que du fait de la résurrection momentanée de quelques Morts-passants.
Toutefois, là où l’histofre s’éclaircit et nous paraît compréhensible, c’est que cette coordination sponta­née devînt exponentielle et que quelques années plus tard les Homo Espérance-Création explosaient leurs vies à travers la galaxie, pour venir jusqu’à nous, sans combats stériles, si puissantes étaient leurs existences.

Frédéric NATHAN.




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