Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Déclaration des prisonnière politiques en grève de la faim, pendant le mois de mai 1973
{Marge}, n°1, Juin 1974, p. 8.
Article mis en ligne le 26 juin 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Notre grève de la faim de janvier-février a échoué. Les promesses faites par la "Blinde- sanwaltschaft" de supprimer notre isolement était de la merde. Nous sommes à nouveau en grève de la faim.
Nous exigeons :
MEME TRAITEMENT POUR LES PRISON­NIERS POLITIQUES QUE POUR LES AUTRES PRISONNIERS !
LIBRE INFORMATION POLITIQUE POUR TOUS LES PRISONNIERS Y COMPRIS LA PRESSE D’EXTREME-GAUCHE.
Ni plus ni moins. Immédiatement. Nous ne nous laisserons pas avoir par des manœuvres du genre : "Du calme, le temps travaille pour toi."
Avale ta merde ou crève ! C’est la loi du système, celle du profit, celle qui intimide, menace, paralyse, transforme en chien chaque enfant, chaque femme et chaque homme. L’alternative, dans ce système, se résume à cette saloperie : ou s’écraser sous le diktat du capital (la chaîne dévore des hommes et re­crache le profit ; le bureau dévore des hom­mes et recrache la domination ; l’école dévore des hommes et recrache la marchandise force de travail : l’université dévore des hommes et recrache des programmeurs) ou alors cre­ver de faim, se clochardiser "se" flinguer.
Celui qui refuse cette alternative, qui après dix, quinze ou vingt ans de socialisation -dres­sage au profit du procès de production capi taliste est toujours une "forte tête", "gueu­le" encore, sait encore utiliser ses poings pour résister ;
celui qui ne supporte pas les cadences in­fernales devient dingue, tombe malade ;
celui qui au lieu de cogner son chef cogne sa vieille et ses mômes plutôt que de se laisser étouffer par la loi des bandits et des assassins (Springer fait 100 millions de marks de bénéfice net par an - mais "honnête­ment") ;
celui qui développe même des idées de pou­voir ouvrier et de contre-violence, qui orga­nise et fait de la politique révolutionnaire, est traité comme un criminel ou un fou.
Depuis l’époque de nos arrières-grands- pères, depuis les débuts de la société capita­liste, celui-là se fait choper par l’asile, l’hos­pice, la prison, la maison de correction, les juges, les flics, les psychiatres et les curés.
Celui qui ne se laisse pas imposer comme un fait naturel la guerre inavouée menée par la bourgeoisie contre le peuple, se retrouve pris dans les meules de la violence déclarée, les camps de prisonniers du système.
Là aussi, le tri recommence : l’un est "re-socialisable", ce qui signifie que, privé de sa colonne vertébrale, il est encore récupé­rable pour le processus d’exploitation capi­taliste, tandis que l’autre, qui ne l’est pas, on l’écrabouille.
Au milieu de tout cela quelques prisonniers-alibis du système, hommes d’affaires condamnés pour fraude et les queques porcs SS.
La rationalité du système a toujours été et d’anéantir ouvertement une partie du pro­létariat dans le cas extrême (Treblinka, Maidanek et Sobibor) pour briser la résistance de la grande majorité du peuple contre l’exploi­tation (la prison et les camps d’extermination étant l’avant-dernière et la dernière mesure à l’encontre de toute forme de résistance), cela on le sait, c’est organisé et toujours voulu. Les prisons deviennent d’autant plus impor­tantes pour ce système que la révolte du peuple est plus forte, que la morale du systè­me, son idée de la propriété sont fichus, et que l’armement du peuple n’est plus une simple utopie - mais une contre-violence effective.
Les salauds ont les prisons bien en main, plus il y a de réformes plus les mailles du filet du système pénitentiaire se ressèrent. Ils ont tous les moyens : violence, isolement, transfert, corruption, privilèges, semi-liberté et "prison ouverte", réduction de peine, mou­chards, tortures, grâce, etc. Ils ont la chaîne justice/police/incarcération/psychiatrie ; ils ont les media (journaux, télévision, radio) ; contre les tensions provoquées par l’incarcération (meurtre-suicide) : passage à tabac, mise au pain sec et à l’eau, chaînes et cellules capitonnées ; pour les lavages de cerveau : la psychiatrie/les fies thérapeutes/le valium et la violence visqueuse et sournoise.
L’humanisme des porcs se résume en un mot : hygiène. Le programme de réforme des sociaux-démocrates en une phrase : étouffer les révoltes dans l’œuf par une différenciation de mesures disciplinaires.
Le prisonnier politique qui saisit politique­ment son histoire, qui agit et est traité en conséquence, qui décèle dans l’inhumanité de sa situation l’inhumanité du système, qui sent la haine et la révolte, qui agit solidairement et exige une conduite solidaire, celui-là on l’isole, c’est-à-dire qu’on le démolit sociale­ment.
En face de lui tout l’appareil judiciaire se fout depuis toujours des Droits de l’Homme et de la Constitution - parce que l’on ne peut pas le manipuler et que si on ne l’abat pas froidement on n’arrivera pas à s’en défaire.
Resocialisation = manipulation plus dressa­ge.
On contraint ceux qui ont été sélectionnés pour cela à vivre entre des murs, des matons, des règlements, des promesses, des menaces, des espérances, des craintes des privations aussi longtemps qu’il faudra pour qu’ils acceptent la merde et qu’ils ne puissent plus agir autrement que de derrière des grilles : ça c’est le dressage.
La collaboration du prisonnier est évidem­ment souhaitée et fait partie du processus qu’elle abrège et rend irréversible. Car il y a une chose que le prisonnier perd complètement dans l’affaire et qu’il doit perdre : le respect de soi : c’est ça la manipulation.
Plus ils manient la saloperie de manière libérale - discrète-légère-gentille-sournoise- visqueuse-dégueulasse, bref plus psychologi­que - plus complète est la destruction de la personnalité du prisonnier.
L’ennemi mortel des psycho-flics, c’est le prisonnier politique - car pour que les psychos-salauds puissent agir il ne faut pas que les prisonniers percent leurs masques de médecin, de travailleur social derrière lequel se cachent le pantin, le goret, le criminel : or te prisonnier politique perce ces masques.
Aujourd’hui on nous isole : demain ce sera le camp de concentration, la "solution fina­le". Reform-Treblinka. Reform Buchenwald. Nous exigeons une libre information politique pour tous les prisonniers, parce que c’est la condition de leur politisation, de leur prise de conscience. Tout de ce qui est d’actualité dans les prisons : paie au tarif normal, culture/formation, protection des familles, auto­gestion, etc. - parce que, sans auto-organisa­tion des prisonniers, c’est la poudre aux yeux réformiste, parce que, intégrée dans des pro­messes de réformes, la dimension politique mobilisatrice serait fichue et intégrée à la dictature des salauds et des gardes-chiourme.
Ce dont nous avons besoin c’est de la soli­darité des camarades, pas seulement en parole mais en fait. Notre grève de la faim est notre seule possibilité de résister solidairement dans l’isolement. Mais sans la force, sans la violence de la rue, sans la mobilisa­tion des citoyens antifascistes (citoyens dont la docilité est encore nécessaire aux salauds), sans leur mobilisation pour défendre les Droits de l’Homme et lutter contre la torture, notre grève de la faim seule ne suffira pas et nous resterons impuissants.
NOUS NOUS RETOURNONS VERS VOUS CAMARADES, AVEC NOS REVENDICATIONS.
Ce que nous vous demandons c’est de sou­tenir, d’imposer nos revendications - maintenant - à l’heure où vous le pouvez encore, avant d’être vous-mêmes prisonniers.
Et se borner à parler de la torture, cama­rades, au lieu de la combattre, ce n’est pas notre intérêt, ce serait confirmer la fonction dissuasion de la terreur.
Vos actions de janvier et de février : mani­festation à Karlshure, cassage de gueule de Jessel [1] ; go-in à la Nord Deutsche Rundfunk et chez quelques salauds de magistrats, quelques pierres dans la sphère privée, c’est excellent. Pas de teach-in pas de go-in au Pen Club, rien sur le syndicat des écrivains, rien à l’adresse des églises, qui entre-temps réagis­sent à la torture et à propos des Droits de l’Homme, pas de manifestation à Hamburg, Munich, Berlin, Francfort ou Heidelberg, sans - parler d’actions plus militantes - ça.va pas.
Confrontons les salauds à leur propre loi. Mettons-leur sous le nez la contradiction en­tre ce qu’ils prônent : la protection de l’hom­me, et ce qu’ils font : sa destruction.
Le 22 février 1973, le Generalbundesschwein Martin a avoué qu’ils ne peuvent pas résoudre cette contradiction : "Les conditions de dé­tention sont chaque fois adaptées à la situa* tion physique et psychique des prisonniers" ! C’est vrai. On règle automatiquement l’arrivée d’oxygène, on nous donne à bouffer trois fois par jour - et pour ce qui est du nombre de visites de parents, on peut évidemment jeter de la poudre aux yeux quand on part du zéro absolu. La plus haute instance juridique au service de la clique des exploiteurs parle d’extermination ; cela explique tout ; le pro­gramme est en marche. Faisons pression sur les salauds, vous de l’extérieur, nous de l’in­térieur.
TOUT LE POUVOIR AU PEUPLE !
Unissons toutes les forces du peuple contre le système de : profit/pouvoir/violence/famil- le/école/ fabrique /bureau/ taule/ maison de correction/asile.
QUATRE-VINGTS PRISONNIERS POLITIQUES EN GRÈVE DE LA FAIM

8 mai 1973.

Notes :

[1Médecin particulièrement sadique d’une prison de Hambourg.




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