Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Pour la pluralité
{Marge}, n°2, Juillet-Août 1974, p. 5.
Article mis en ligne le 1er juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

On s’est dit qu’il fallait mieux se mettre à plusieurs pour essayer de lutter contre la connerie. parce que voilà encore bien une lutte de libération. La connerie, c’est encore le pouvoir, et un pouvoir d’autant plus dangereux qu’il n’entend rien, ne comprend rien, ne veut rien entendre et ne veut rien comprendre. Parce que qu’est-ce que ça veut dire, au juste, d’étiqueter les autres en disant celui-ci c’est un intellectuel, celui- là c’en est pas un ? Sinon que de pratiquer le même jeu que les bourgeois, à savoir réintroduire la division entre travail manuel et intellectuel. C’est de nouveau juger, condamner les uns ou les autres et pratiquer encore l’enfermement. Alors, ça commence vraiment à faire chier, tous ces mectons qui n’entravent rien du tout et qui jugent et condamnent les autres au nom de leur ignorance et qui deviennent ia seule instance référentielle possible, autrement dit une nou­velle forme de savoir.
Voilà bien l’essence de la critique !
Ah. la belle souveraineté impériale !
Alors nous, on dit : terminé tout ce cinéma ; et on peut se permettre de le gueuler d’autant plus faci­lement que de la rue. on en vient, que ce n’est pas une raison pour donner la leçon mais que ce n’est en tous les cas pas une raison non plus pour en recevoir. Personne n’a à donner de leçons !
Il y a quelques années maintenant, on pouvait lire sur certains murs de Paris : "Libérez l’expression". ça veut dire que chacun doit avoir le droit à la parole, c’est clair, non ? Mais ça veut aussi dire que chacun a le droit de s’exprimer comme il le désire et qu’on n’a pas à aller baver après sur ce qui a été dit en disant : c’est intellectuel ou c’est pas intellectuel. Per­sonne n’a le droit de condamner la parole de l’autre car au nom de qui ou de quoi le ferait-on, au nom de quels critères, de quelles rationnalisations et de quelles totalisations encore.
Qui sont-ils, ceux-là qui n’ont rien compris et qui veulent de nouveau interdire, censurer, condamner une forme de langage ? Comprenons-nous bien, ou plutôt expliquons-nous bien : il ne s’agit pas de faire l’apologie d’un langage, il s’agit de dire qu’on n’a pas le droit de condamner quelqu’un parce que son lan­gage n’est pas celui du plus grand nombre.
Il est tout de même curieux de voir comment aux Etats-Unis et dans tous les pays capitalistes il y a toujours eu une chasse faîte à l’intellectuel et à son langage. Il est bien connu que l’intellectuel n’est bon qu’à parler et à tenir des discours et qu’il ne produit rien d’autre que sa propre parole, c’est-à-dire que pour un bon capitaliste il est improductif, il est le parasite, celui qu’il faut chasser parce qu’il peut être dange­reux. Il faut donc le rejeter à la périphérie de la société, c’est ainsi que l’intellectuel devient marginal au système. Ce n’est bien entendu pas te cas de tous les intellectuels mais nous ne parlons que de ceux qui se trouvent dans le camp de la révolution avec leur langage Mais si la bourgeoisie mercantile a toujours rejeté l’intellectuel, il en va de même de la réaction de certaines couches populaires qui réagissent aussi violemment au langage Intellec­tuel : non pas parce qu’ils ne le comprennent pas, car lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, on essaie et l’on finit toujours par comprendre, mais bien parce qu’ils ne le veulent pas.
Les deux attitudes de rejet sont identiques et sont toutes deux contraires à la libération du désir et de la parole de chacun. La droit à la différence, c’est bien de cela qu’il est question. Que chacun s’exprime comme il le veut et le peut, il ne faut pas tomber dans les pièges du refus de l‘un au nom de l’autre. La pluralité passe d’abord par l’écoute de l’autre, l’écouter c’est le rencontrer, le respecter, l’admettre et le reconnaître. La pluralité d’expressions, d’idées et d’existences n’est qu’une richesse et non pas une dégénérescence, un déviationnisme, etc.
La liberté, ça n’est pas autre chose.

Laurent MARTI, Gérald DITTMAR, Daniel LADOVITCH, Frédéric NATHAN, Serge LIVROZET.
Jacques LESAGE DE LA HAVE.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53