Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettres en Marge
{Marge}, n°2, Juillet-Août 1974, p. 6.
Article mis en ligne le 1er juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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CHER PERE NOËL

Je suis une petite fille extrêmement désagréable. Je n’apprends jamais mes leçons. Je copie sur mes voisines. Je les pince pendant quelles lisent. Je leur vole leurs Images. J’écris sur les murs. J’écrase les craies dans la cour. Je m’ennuie tellement dans cette école que j’aimerais qu’elie brûle. Je voudrais que les murs s’écroulent, que les vitres explosent. Je vou­drais arracher les grilles pour en faire des jouets. J’en ai assez de me faire des nattes parce que la directrice dit que les cheveux longs vous gênent pour écrire. J’en ai assez de faire le tour de la cour en courant, je veux me rouler dans l’herbe avec mes copains qui sont de l’autre côté de la grille. Je veux dessiner à l’encre et ne pas gommer mes taches- Je veux chanter dans les couloirs. Je ne veux plus m’ar­rêter de jouer quand la cloche sonne. Je veux répondre à la maîtres se quand elle ment.
Apporte-moi une boite d’allumettes. Au tabac, ils disent que je suis trop petite pour fumer.
Et quand tout sera brûlé, on apportera nos jouets et nos livres et on fera un immense dessin tous ensemble et on demandera aux garçons de nous apprendre à jouer aux osselets.
Je crois que tu peux mettre les osselets dans la boîte d’allumettes.

ANNE.


LE DESIR DE VIVRE

Je viens de lire le n° 1 de "Marge". Est-ce un déclic ? Je ne sais pas, mais je veux répondre et j’ai retenu des mots, des phrases qui me donnent envie de retrouver la marginalité. Marginale, je pense l’avoir été très jeune. La famille, ma béte noire, pourquoi ? Que m’a-t-elle apporté ? Rien, si ce n’est l’incompré­hension. D’où ma révolte. Je me suis toujours de­mandé à quoi elle servait et pourquoi, vu sa rigidité, j’en avais si peur. Que faire ?
Dès que j’ai pu, je me suis sauvée, croyant trouver des gens comme moi. Des illusions, j’en ai eu des masses. J’étais toujours dans l’erreur et totalement seule. La naïveté ne se pardonne pas, quand on veut marcher en dehors des rails. Je me suis battue contre les moulins à vent pendant des années. Je continue certainement sans m’en rendre compte maintenant encore. Pourquoi ? Parce que le système social en général m ’a refusé (depuis 12 ans. par exemple, je me bats avec les Allocations familiales) et il a failli gagner. J’étais prise au piège de l’habi­tude et de l’abrutissement.
J’ai rencontré un marginal. Cela a été tellement extraordinaire pour moi que j’ai voulu m’identifier, au lieu de m’associer. Les autres, finalement, m’avalent eue à mon insu. J’ai continué à me battre contre moi- même, tout en croyant le contraire. J’étais déjà trop conditionnée. Cela, je ne le veux plus. Je veux vivre au grand jour, au lieu de me cacher.
Bien que tout me dégoûte ,et peut-être parce que "Marge" me donne tout bêtement un espoir, j’ai envie de trouver mon identité. Je ne me sens plus seule et, pour la première fois, je n’ai pas envie de me renier. Je veux commencer à m’accepter, ainsi que mon fils. J’ai envie de vivre...

MINOUCHE.


J’ECRIS DANS MARGE, ET POURQUOI J’ECRIRAI PAS DANS MARGE ?

Je ne revendiquerai pas trop pour moi l’appellation de marginal. Je suis installé dans une profession sérieuse, à peu près aussi confortablement que dans une boite à clou, mais j’y suis. Il faut bien que je gagne mon pain... C’est pas vous qu’allez m’nourrir !... Et puis j’ai ma dignité !... Tiens, ça m’gratte du côté de l’estomac ?... Z’avez bien cinq minutes ?... Le temps de me faire un casse croûte... Où en étais-je ?... A ia pensée. On ne pense bien que le ventre plein. Alors, avec mon saucisson sec. beurre, cornichons et petits oignons, va vous falloir suivre mes cogitations... Le temps de boire un coup... On y est...
Participer à "Marge" sans être un marginal, c’est apparemment une apparence qui n’est apparente que par son apparence... Vous m’suivez ?... Pas moi. Je crains qu’il me faille m’expliquer plus sérieusement et dévoiler une partie de mes pensées. (Une partie seulement ; si vous désirez connaître les autres, vous avez les possibilités suivantes ; m’écrire au journal qui lera suivre, me donner un rendez-vous - en pré­cisant le lieu, la date et l’heure - que vous inscrirez en haut et à droite de la porte des chiottes de chez "Castel")
"Marge" est une tribune, et c’est en cela que ce journal m’intéresse. Il n’est lié ni soumis par aucune contrainte idéologique ou dogmatique. Il est un sup­port è la parole faite acte et peut-être deviendra-t-il ce lieu privilégié de rencontre où foutes tes tendances plus ou moins marginales pourront s’exprimer.
Nota : Fachos, SAC, CDR, qu’ils soient pédés, truands, ou marchands d’illusions, sont exclus d’avance. Merci pour leur compréhension.
Aussi, si j’ai accepté de participer à l’élaboration de "Marge", et d’y écrire parfois, c’est avec la con­viction que certaines de mes analyses personnelles s’affermiront ou s’éteindront dans le débat permanent qui va s’établir ici.

Michel SOURCO.


SALUT, YOUPI

MARGE c’est une étincelle dans la nuit profonde, que cette étincelle devienne brasier. Je vous aime. A bientôt.
A tous ceux qui veulent entendre et sortir de leur vie mort-née,
Ni en avant ni en arrière,
SUR LE COTE EN MARGE :
Sors du droit chemin.
Prends les talus de la société,
Ne reste pas le cul sur la lisière.
Rentre dans le bois
Avec les loups,
Sors du troupeau.
Ne te laisse plus caresser, flatter, bousculer, tabasser ;
Tue le panurge qui sommeille en toi, hurle, mords, fonce.
Quitte le chemin macadamisé de morbide
Où tu égrènes ta vie mort-née.
Tu n’y es rien, tu y es tout ce qui n’est pas toi.
Par contre sur les talus de la société
Tu seras seul, tu seras toi ;
Car chaque être est unité
Et chaque unité est et doit être autonome
Si tu te sens proche de telles ou tels.
Prête-leur ta main.
Mais si les affinités rassemblent.
Elies peuvent être aussi liens ou chaînes ;
Alors I Romps les amarres, prends du large.
Mets du vent dans tes voiles.
Embarque-toi sur les flots tumultueux de tes désirs.
De ta révolte, de ton amour
En te roulant dans la mauvaise herbe.
En gueulant aux fleurs qu’elles sont tes sœurs.
Mais sur les talus il y a encore des intrus.
Des chiens qui n’ont pas viré leur cuti.
Des chiens qui ont bien digéré leur vaccin pasteurisé :
Alors, quand sur les talus tu vois un intrus, un faux, un pseudo. un couple.
Mords, ignore, mais ne reste pas passif :
Alors, gueule, fonce, éclate de toute ta révolte ;
Et ne cherche pas à comprendre, tu es incompris.
Ta révolte est individuelle donc ésotérique.

PIERROT.


Cher ami,
Une copine a eu la très heureuse idée de m’appor­ter, l’autre jour, le premier numéro de "Marge".
Je dois t’avouer que cela m’a fait un bien énorme, car en ce moment, j’en ai vraiment ras-le-bol et j’ai un moral des plus défaillants.
Pourquoi ? Tout simplement parce que ma profes­sion me dégoûte. J’adore plaider, j’ai d’excellents rap­ports avec mes "clients". Je ne fais que du Pénal, mais le milieu des "baveux aux manches bouffantes" me répugne. C’est l’empire du fric. C’est écœurant. C’est le triomphe du mensonge et de la perversion. Beau métier, vraiment !
Mais heureusement il existe des gens comme vous, et cela me soulage. Et puis, il y a "Marge", qui m’a vraiment remis du baume dans le cœur. Et cela à tel point que j’envisage, si la proposition t’intéresse, de vous faire un article très complet (en droit plus en fait) signé de ma main (d’avocaillon que je suis) sur certains tribunaux devant lesquels je plaide très souvent.
Le titre de cet article serait le suivant : "LA VIE EST UNE CERISE. LA MORT EST UN NOYAU. L’AMOUR EST UN CERISIER." Le titre te surprendra peut-être un peu ; mais il faut ce qu’il faut pour se foutre du monde sans trop en avoir l’air.
Alors j’attends ta réponse le plus tôt possible, pour me mettre assez vite au travail si cela est nécessaire. Je te propose cet article surtout parce qu’en tant que "femme". je ne risque rien devant ces messieurs, alors que mes amis avocats stagiaires doivent faire leur service prochainement. Ils sont donc condamnés au silence. De toute façon, c’est un sujet qui me pas­sionne. Et je me spécialise dans cette branche pour fort longtemps.
J’espère donc pouvoir ainsi aider un peu "Marge" en informant les futurs prévenus sur les moyens qui, en droit, leur permettent de lutter contre la répression de la Justice et en donnant un témoignage vivant sur la façon dont ces messieurs acceptent qu’une personne du sexe féminin vienne leur parler "d’homme à homme" avec impertinence et se mêler de choses qui, à leur avis, ne les regardent pas (les femmes aux fournaux I C’est bien connu).
Tu sais, j’ai vraiment choisi mon "camp" à pré­sent : c’est celui des révoltés, des marginaux et pas un autre.
A très bientôt.

Une avocate MARGE.




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