Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Homophilie et institutions
{Marge}, n°4, Novembre-Décembre 1974, p. 2.
Article mis en ligne le 7 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Si la terminologie homophile est à inventer, c’est parce que l’état de vie homophile est voué à la clan­destinité. Il n’est reconnu par aucune institution.
Parler de mariage entre personnes du même sexe aboutirait à une néfaste confusion. Le mariage est une institution de base depuis le début des sociétés les plus élémentaires (dîtes primitives !) jusqu’aux socié­tés les plus complexes (dites civilisées !) de notre époque contemporaine. Le mariage régit les rapports entre homme et femme. Cette relation est totalement différente de celle d’une liaison homophile. Rien que la possibilité d’enfantement, exclue par nature dans l’homophilie, façonne foncièrement cette liaison hété- rophile à aucune autre comparable. Peut-être pourrait-on même se demander si le couple hétérophile sans enfant n’est pas d’une autre nature que celui qui procrée un nouvel être humain.
Les contrats de vie commune entre homophiies ne sont ni reconnus ni protégés par les lois de nos pays inspirées du droit romain. Un contrat privé d’associa­tion est toujours possible. Il demeure limité à l’usage et à l’acquisition des biens matériels.
Mais quand on voit à quels abus de pouvoir juridico-judiciaires les lois sur le mariage aboutissent, c’est tant mieux qu’aucune loi ne régisse les liaisons homo­phiies. La loi n’a jamais cherché à simplifier les rap­ports entre les hommes. Tout au contraire ! C’est comme si elles existaient pour occuper et entretenir les défenseurs du système établi !
L’homophile devrait profiter de sa position privilé­giée - non reconnue par la loi - pour inventer un type de relation original. Non pas un type unique et exclusif du genre mariage-institution, mais une gamme d’états de vie variés et différents les uns des autres.
Dans notre système actuel, le citoyen n’a pas le choix, il est marié (et fiché comme tel sur sa carte d’identité), ou il demeure célibataire (entendez : dans son statut d’adolescent). La créativité humaine, tenue en bride par des juristes sclérosés, serait-elle à ce point démunie, qu’elle n’en arrive pas à susciter d’au­tres types de relations ?
L’homophilie pourrait rendre un service énorme à l’institution du mariage. Celui-ci redeviendrait une vocation choisie librement, car tout choix suppose une alternative. Si la société acceptait, sans aucune réser­ve ni préjugé, le principe du couple homophile, elle écarterait du mariage un nombre considérable de per­sonnes inaptes au mariage. Le nombre de mariages ratés diminuerait par le fait même. Il y aurait par consé­quent moins d’enfants malheureux et abandonnés : moins d’enfants sous tutelle d’instances officielles, candidats à la délinquance. Moins de couples qui, par leur inaptitude à assumer leur mariage obligatoire, se rendent la vie inviable. Combien de jeunes ne se ma­rient-ils pas par obligation sociale ou pour pouvoir se libérer, sans trop de heurts, de la tutelle de la famille ?
Souvent, on est homosexuel sans le savoir. Encore plus souvent, on l’est sans se l’avouer. Et au fil des jours et des expériences conjugales, les tendances homosexuelles se font de plus en plus impérieuses au détriment des situations créées dans cette Ignorance ou cette méconnaissance de soi-même. Avec ta sé­quelle de tensions, de déchirements, de révoltes, de tromperies envers soi-même, envers les siens et en­vers les autres.
Le statut social d’homophile faciliterait à l’homo­sexuel de se réaliser, après s’être accepté lui-même, te ! qu’il est. Les plus convaincus, grâce à la force de leur personnalité, se passent de statut et se moquent de l’opinion publique. Leur contrat de vie commune est tacite et basé sur leur attachement mutuel. Cette stabilité - qui a nom fidélité, n’en déplaise ! - n’est pas une prison. Tout amour a besoin de temps pour se construire. Les racines du désir ne croissent que par une certaine maturation qui suppose la durée, "Plus je vis avec lui, plus je pénètre en lui. Too much !"
Et par la force même de leur désir, les voilà entraî­nés à partager les biens acquis ensemble, toute mesure gardée. Une erreur courante amène souvent au déséquilibre du couple. Deux homophiies décident de vivre ensemble. L’un va s’installer chez l’autre. Celui-ci demeure le propriétaire avec la conséquence que l’autre n’est pas complètement chez lui. Il risque, comme c’est souvent le cas, d’être mis à la porte au gré des caprices de son hôte. Et, du jour au len­demain, se retrouve à la rue, sans rien... Encore heureux si leur différend n’aboutit pas devant les tribunaux. Dans l’incertitude, la vie commune ne peut pas plus s’épanouir qu’une fleur dans la pénombre.
L’homophile équilibré est conscient qu’il ne peut échapper aux exigences de ses besoins vitaux ; finan­ciers, moraux, intellectuels et sociaux.
il est frappant de constater qu’il existe un nombre énorme d’homosexuels qui se prévalent de leur ten­dance pour ne pas travailler. Ils passent leur temps à se plaindre que la société - cette grande anonyme - ne les comprend pas. Ils oublient que c’est eux qui n’ont rien compris aux exigences de la vie. Car, en fin de compte, le travail est astreignant pour tout le monde. Alors quoi ! parce qu’ils éprouvent des ten­dances homosexuelles, ils pourraient se permettre de vivre en parasites, suivant en cela les méthodes les plus anciennes de la prostitution !
Deux homophiies vivant ensemble peuvent facile­ment subvenir ensemble à leurs besoins. Il leur reste un temps précieux pour vivre leur amour et pour se consacrer à la lutte sociale du renouvellement de la société. Tout couple, quel qu’il soit, risque de perdre son équilibre en se fermant aux appels du monde qui l’entoure.
Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’homophilie apporte son soutien aux luttes féministes qui visent à rendre à la femme sa place de partenaire à part entière. Dans le couple d’hommes, ies images de l’éternel féminin s’évanouissent.
Le système entretient l’idée qu’une femme est faite pour la cuisine, la vaisselle, le ménage, la couture. Et pourtant les meilleurs cuisiniers et les meilleurs tail- teurs sont des hommes ; c’est connu. Admettons une fois pour toutes que le couple homophile est fait de deux êtres du même sexe psychique et physique. Les homophiles devraient commencer par s’en convaincre eux-mêmes ! Si l’homme fait la femme (ou vice-versa), te couple homophile ne fait que mimer maladroitement et sans originalité le couple hétérophile, qui est essentiellement différent.
A propos du comportement que l’on adopte selon l’idée que l’on entretient d’un certain type, il est intéressant de noter les conclusions auxquelles abou­tit l’enquête de M, Schofield :
1. Les homos qui comparaissent au tribunal ont un profil de personnalité assimilable à celui des délin­quants comparaissant au tribunal.
2. Les homos qui vont à la consultation du méde­cin, ont les mêmes caractéristiques qu’un groupe de névrotiques non-homos, patients du même médecin, pris au hasard.
3. Les homos qui mènent une vie tranquille sans se faire des problèmes avec la loi ou avec leur cons­cience, ont un profil de personnalité complètement normal.
Ce mimétisme semble assez décevant. Les hommes auraient-ils donc si peu de personnalité, qu’ils pren­nent, comme le caméléon, la couleur du milieu am­biant ? Tout le système éducatif de l’Occident serait à revoir à la lumière de cette remarque de Jean Rostand : "Ce ne serait pas la peine que la nature fasse de chaque individu un être unique pour que la société réduisit l’humanité à n’être qu’une collec­tion de semblables."
Ce mimétisme devient une force irrésistible, quand il est entretenu par les morales religieuses où se mêlent superstition, autorité, peur de vivre, crainte de damnation, idée étriquée du salut, etc.
Plus que dans tout autre domaine, l’influence néga­tive de l’Eglise-Institution sur le sexe demeure consi­dérable. Dans sa morale du péché, tout est sexe, alors que tout devrait être grâce (sexe y compris !). La conscience populaire a été façonnée de telle sorte que "manquer à la morale" signifie "péché du sexe"... tandis que l’exploitation de l’homme dans les affaires est une faute infiniment plus grave dans l’optique évangélique. Dès qu’on touche au sexe, le prêtre sursaute et veut absoudre I La diminution spectaculaire des confessions dans l’Eglise catholique tient du reste, en grande partie, au fait que le sexe n’est plus considéré comme source de péché. "Je n’ai plus rien à dire à confesse...", se dira le P.-D.G. ou le politicien tout en préparant son plan pour augmenter les profits de son département... et les siens... par tous les moyens !
Dans l’ensemble, l’Eglise-Institution réduit le sexe à être l’instrument exclusif (dans le mariage) de pro­création de nouveaux individus. Mais il demeure dans l’Eglise-Institution, qui se veut "maîtresse des mœurs" (entendez sexuelles), une allergie rétrogra­de au sexe en tant que source de progression des personnes et en quête de leur équilibre adulte, si rarement atteint en sexualité.
Le clergé, de plus en plus isolé et coupé de la base chrétienne, se partage les tâches. Tandis que tel évêque feint de négocier et d’accepter le point de vue homophile, tel autre évêque condamne sans pardon. Jésus-Christ, après tout, on s’en moque. Il est venu sauver ce qui était perdu, sans discrimination. Cela ne rapporte pas grand-chose !
Tout problème de morale (religieuse ou laïque) se situe au niveau de la conscience humaine et de la liberté. Les expériences de la zoologie et de ta psychologie animale permettent de tracer une fron­tière entre les attitudes déterminées par la nature et celles qui ont une portée morale, c’est-à-dire celles qui sont le résultat d’un choix libre et conscient.
Il est propre aux mammifères - animaux et hom­mes - d’expérimenter des tendances homosexuelles. Certaines sont passagères comme l’adolescence ; d’autres sont dues à tel ou tel conditionnement ; d’autres enfin sont durables. Le comportement d’un animal n’a aucune valeur morale, parce qu’il est déter­miné par l’instinct, sans Intervention de conscience responsable. Si le mammifère-animal éprouve des ten­dances homosexuelles, c’est la preuve que l’homosexua­lité est inscrite dans sa nature qui détermine ses actes.
En fréquentant les hommes homosexuels - dont certains parviennent à se hisser au niveau homo­phile - on s’aperçoit qu’il existe une nature de ce genre. Celle-ci, de par le fait de son existence, est respectable. Un mode de vie adéquat et un idéal de vie doivent donc être envisagés, élaborés et éduqués. Appelons cela provisoirement une morale à l’intérieur même de l’homophille. Si certains comportements homosexuels semblent bizarres et artificiels, II s’agit, sans aucun doute, d’homosexuels mal ou non formés. Ils n’ont pas encore découvert comment se compor­ter dignement en homophiies. Mais où iraient-ils apprendre à vivre ? Les préjugés entretiennent ta honte et la peur de s’avouer son propre désir.
Il est urgent d’arracher le voile de cette fausse honte pour libérer le désir sous toutes ses formes.
Un dialogue franc et serein aidera chacun à s’accep- ter lui-même et à construire sa propre personnalité. Ce dialogue est ouvert...

Jacques HAUMY, GROUPE MARGE, ANVERS.




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