Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Raz de marée
{Marge}, n°4, Novembre-Décembre 1974, p. 5.
Article mis en ligne le 7 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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A la recherche de...

Il a paru nécessaire à certains d’entre nous de revenir sur les fondements de Marge et de tenter d’en éclaircir les grandes lignes. Marge a été créée devant l’absence inquiétante d’un courant dési-libertaire. Marge est le pari de l’Impossible : la révolte individuelle devient potentialité révolutionnaire ; le rejet passif devient projet actif.
La dynamique ne peut se créer qu’à partir de forces, lesquelles sont constituées par chaque Indi­vidu venant à Marge.
A Marge, il n’y a ni dirigisme ni suivisme : pas de hiérarchie. Il n’y a que les forces du désir qui s’expri­ment et se potentialisent. Où sont ces forces ? A Marge on ne prend pas, on donne aux autres et à soi-même ; cela signifie que chacun apporte tout ce qui est en lui. Là, la responsabilité est individuelle. Cet apport est une dynamique génératrice de dyna­mique : chaque désir à travers son expression induit le rassemblement d’autres désirs, qui. en hordes sau­vages, vont déferler sur les systèmes. Toutes les Ini­tiatives, toutes les situations productives, même si elles paraissent Isolées, doivent être prises. L’ébuili- tion doit éclater en foyers multiples, dont la diversité est la richesse, et dont la multiplicité est la force.
La révolution, c’est avant tout se faire plaisir.
Agissez par affinités, multipliez-vous, soyez des machines désirantes procréatrices de machines dési­rantes. Dans chaque homme, il y a un marginal qui s’ignore.
Nous appelons à la constitution de groupes actifs, qui s’emploient à la dé construction des systèmes. Ces groupes sont autonomes, liés par l’accord pro­fond de provoquer le déplacement des mentalités, dont l’éclatement final (en tant que fin des codes) devient initial (en tant que vie décodifiée).
Le combat est d’emblée antl et ante. Anti, comme action contre la réalité (nécessaire à court terme), ante, comme abstraction de la réalité, opalescence des structures, Inexistence des pouvoirs.
Chaque groupe devient un ensemble de spécula­tions infinies qui visent à la révolution permanente. La responsabilité est alors de groupe.
"MARGE" appelle tous les réfractaires insoumis à l’ordre social régnant et sous-règnant. Notre objectif est de désarticuler les systèmes toujours basés sur la lutte sauvage perpétuelle.
Par la rencontre, la recherche, nous avons entre nos mains notre vie. Délirez les structures, éclatez votre existence en mille dimensions qui transgressent toutes les barrières, toutes les données pour s’iné- puiser dans un vécu infini déterritorialisé.
"MARGE" est un vaste orchestre où tous les indi­vidus sont musiciens.
La marginalité appelle à la transgression totale (sans oublier l’autotransgression).
La marginalité appelle à la destruction des codes.
La marginalité appelle à la dérive des flux du désir.

La marge par-delà la crise

Je ne voudrais pas parler dans cet article qui cher­che surtout à préciser le discours de "MARGE", de politique, d’économie, d’organisation, pour la bonne et simple raison que je ne peux me codifier, me territorialiser, m’inscrire.
Considérer un système serait être système.
Il est sans intérêt de reprendre les diverses idéo­logies de rechange qui ne sont, elles-mêmes, que code, et qui ne peuvent que rabattre sur la grande surface du "Kapital".
En effet, les questions qu’elles posent ou réponses qu’elies donnent restent inscrites sur la même feuille de papier que le capital qui, de plus saura les manier selon les vents. Elles sont toujours de même nature ; elles ne sont qu’"opium du peuple" (voir n’3). Je ne vois en eux que lutte des classes, travail aux travailleurs, organisations, centralisations, pouvoirs, entonnoirs. Les régies, les codes, les territoires y sont fixés pour chacun. Mais où est l’individu, l’ex­pression, le désirr, le délire, le sourire, la subjectivité de l’un, le comportement de l’autre, la vie de tous ? Il est donc vain de lutter contre la propriété de l’in­dividu, pour instaurer la propriété de l’état. Il est donc vain de lutter contre le pouvoir de l’argent, pour instaurer Je pouvoir du travail. Nous ne voulons pas remplacer les différents maillons des hiérarchies pour placer notre propre échelle. Que l’échelle, que la valeur, que le pouvoir soient rouge, blanc ou noir, ils restent échelle, valeur, pouvoir. Nous sommes aterritorialisés ; pas plus citoyen français que citoyen du monde. Nous ne sommes plus citoyen. Nous som­mes sans valeur, sans référence. Nous ne sommes pas monnayables car nous donnons et nous prennons tout. Rien n’est à nous, rien n’est pas à nous. Nous sommes un imbroglio informe d’expériences énergumènes. Nous sommes pervers, prostitués, dé­viants, délirants, délicieux, pillards, riches, différents, ivres, amants, aimants. Nous possédons l’autonomie du déplacement ; nous possédons le désir ; nous possé­dons l’adimensionnel. Nous possédons la vie. L’éner­gie libidinale n’est pas côtée en bourse.

Droit à la différence

La nature s’est efforcée de faire chaque individu différent, la société s’acharne à faire qu’ils se res­semblent.
Le droit à la différence, c’est s’affirmer soi en tant qu’entité, et reconnaître l’autre tel qu’il est. Les différences n’ont pas besoin d’être effacées, bien au contraire, elles constituent la richesse de la révo­lution. La différence est notre force, c’est une énergie nécessaire à toute réflexion, à toute recherche. La recherche de la rencontre permet la rencontre de la recherche. La remise en question de soi se fait par soi et non par le voisin. Chacun est maître de lui-même. Nous sommes une multitude de "je". Nous ne parlons au nom de personne sinon en notre nom propre, car nous faisons la révolution avant tout pour nous-mêmes et de plus, nous sommes réfrac­taires à toute représentation.
L’originalité crève les stéréotypes ; le tous, par­tout, toujours ; c’est l’originalité de chacun qui se confond. Le droit à la différence qui s’affirme, c’est la non reconnaissance du système comparatif qui in­troduit la norme, la référence, la hiérarchie et enfer­me l’individu. La marginalisation des Individus, des couches sociales, c’est l’affirmation de la différence : la critique, c’est le savoir mieux, c’est lepouvoir mieux, c’est le bouclé. Nous ne cherchons pas à ce que les marginaux s’affirment comme marginaux, nous cherchons à ce qu’ils se mélangent et se po­tentialisent. Nous ne revendiquons l’étiquette "MAR­GINAL" que pour mieux la détruire.
Nous voulons pouvoir être avec nous-même (exis­tence), pouvoir être avec les autres (échange libre­ment consenti), (voir n° 1)

Recherche désinstituante

La révolution dans un contexte où elle n’est qu’abs­traite reste à l’état de récréation ; elle sera création dans la simultanéité diversifiée qui efface le déca­lage du discours au comportement.
Aucune forme de système ne peut être acceptée, car tout système entraine des défenses. Nous ne voulons plus devoir vivre de défenses. La lutte est à travers et non avec ou contre. Nous ne luttons pas contre le mythe, l’institution, pas plus que nous ne créons le mythe ou l’institution, car nous sommes ante mythe, ante institution. Nous ne désirons pas changer le cadre, nous désirons vivre sans cadre. Il n’est pas de structures, de discours finis qui n’en­ferment les uns et rejettent les autres. Tous les insipides, les déterritorlalisés, les radiés, les expul­sés, les exclus, les rejetés, les déviationnistes, les interdits, les déchets dans leur diversité font notre richesse. La lutte n’est pas contre le système, elle est contre les systèmes, elle est avant système.
La vie sera subjective ou ne sera pas. Les flux du désir sont libérés. Le sentiment vit sans ressen­timent. Le couple tolérance-rejet est enterré.

Pouvoir ; relâche

Vivre selon son désir dans les sociétés actuelles oblige l’individu à lutter par tous les moyens pour s’accaparer le plus de pouvoir. Tous ces systèmes ne donnent d’autres solutions que de se battre et se débattre à différents niveaux pour obtenir : argent ; privilèges, situations sociales, toutes choses inscri­tes dans l’échelle des différentes couches sociales ou d’influence.
Rechercher toujours le Pouvoir, c’est ne jamais pouvoir l’atteindre. Plus l’individu va accumuler de parcelles de pouvoir, et plus il va être obligé de développer des moyens de défense pour préserver ses miettes, et plus sa relation avec autrui perdra de sa sincérité, de son affection, et plus la dégénesrescence de toute forme de contacts sera inévitable. Le frein tout puissant de l’humanité reste toujours la non connaissance du lendemain. Cette question a toujours été source de peur, d’anxiété, de repliement, de refoulement ; l’homme préférant la structure sé­questrante mais rassurante, car visible, au délire du désir qui mène à toutes les déviances.
Le pouvoir de l’individu ne lui appartient plus. L’in­dividu subit la représentation : mythe, institution... et par là-même perd sa faculté d’expression. La ques­tion du pouvoir est résolue lorsque chacun prend en charge son discours, son comportement et libère son expression.
La représentation est alors vaincue, la présenta­tion est alors vécue. L’institution et la culture main­tiennent l’Inaccessibilité. La suppression du pouvoir passe par la possiblité d’accession de tous à toutes connaissances. Le pouvoir est alors maîtrisé par chacun, tous Dieux, tous maîtres, tous pillards.

Frédéric NATHAN.
Groupe "LUDE".




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