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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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D’une A.P. à l’autre
{Marge}, n°4, Novembre-Décembre 1974, p. 7.
Article mis en ligne le 7 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Enfin, nous pouvons parler dans un Journal sans que personne y trouve à redire. Donc, je vais pouvoir dire tout ce que j’ai sur le cœur depuis des années. Quand je dis "des années" j’ai l’impression d’avoir 50 ans et pourtant je n’ai que 23 ans, mais, avec la vie que j’ai menée depuis ma tendre enfance, j’ai vraiment la sensation d’en avoir 20 de plus.
Je suis née à Saînt-Vincent-de-Paul. J’ai été aban­donnée à 2 mois, le jour de Noël à la porte de l’As­sistance Publique, à 9 h du matin, avec un mot sur mes langes comme quoi elle me laissait à l’A.P. jus­qu’à mes 21 ans. Donc 21 ans de souffrance et sur­tout d’injustice, et ainsi j’ai vécu dans ces conditions en MARGE de la vie et de la société.
MAIS, pourquoi ma mère m’a-t-elle laissée seule ainsi que mon jeune frère face à cette pourriture de société ?
Je ne connais pas la réponse que ma mère pourrait donner, mais moi je vais essayer de répondre pour elle.
Parce que :

  • Elle était ouvrière, elle ne pouvait élever ses enfants, manque de pognon.
  • Il n’y avait pas la contraception de maintenant.
  • Il n’y avait pas l’avortement.

    Voilà, c’est tout simple, j’aurais pu ne pas venir sur terre, et ainsi ne jamais être tentée de juger ma mère. Mais, j’y suis venu et j’ai succombé, moi aussi, à cette tentation, avant de comprendre enfin quelle part de responsabilité porte cette société répugnante.
    J’aurais aimé comprendre tout ça à l’âge de 10 ans ;

  • ça m’aurait évité de la maudire et d’être ma­lheureuse de n’être pas comme les autres ;
  • ça m’aurait évité de connaître l’autre A.P. (Ad­ministration Pénitentiaire) ;
  • ça m’aurait évité de connaître la DROGUE au point de me faire du mal pour le restant de ma yie.

    Je remercie "MARGE" et tous mes amis qui m’ont aidée à prendre conscience de ces problèmes hu­mains dont la société fait tout pour rendre les indi­vidus seuls responsables, comme si elle n’y était pour rien.
    Je n’en suis évidemment qu’au début de tout ce que je voudrais comprendre, tout ce que mon "édu­cation bonne sœur" et les connaissances institution­nelles dont on m’a bourré fe crâne m’empêchent en­core de réaliser et d’analyser.
    J’engage tous ceux qui, comme moi, sont encore victimes de certaines contradictions forgées par le système à ne pas hésiter à les remettre en cause dans leur vie de chaque jour, aussi bien en paroles que dans leur comportement.
    C’est la condition indispensable de votre LIBERA­TION.

    Muriel RAIMBAULT,
    B.B. en Peluche.




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