Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Marge va crever ?
{Marge}, n°5, Janvier 1975, p. 1.
Article mis en ligne le 8 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Voilà c’est clair, ce numéro de "Marge" sera le dernier si un grand mouvement de solidarité et de soutien au journal ne se manifeste pas.
Il serait possible de faire un bilan, il permet­trait peut-être à ceux qui n’ont jamais lu ce jour­nal de mieux comprendre ce qu’il a voulu être, ce qu’il a essayé de transmettre. Toutefois, nous pensons que nombreux sont ceux qui en ont assez des Diîans, que tous nous sommes las, fatigués, saturés des analyses et des explications.
C’est pourquoi nous nous contenterons de rap­peler que "Marge" a été créé il y a maintenant plus de huit mois, que l’objectif visé était enfin de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais. C’est ainsi que dans les premiers numéros de "Marge", des voyous, des fous, des déserteurs, des détenus, des immigrés, des drogués, des homosexueis, d’anciens prisonniers ont pu s’expri­mer dans les pages de ce journal.
Il est assez simple d’imaginer à partir de ces quelques exemptes comment "Marge" a été vécu par les "moralistes" pourfendeurs de la déviance en général au nom de la norme reconnue par leur seule scientificité. "Marge" est devenu la cible de beaucoup. Nous avons eu le droit, au moment le plus fort des révoltes dans les prisons, à une descente en règle de la police française avec per­quisition dans les meilleures traditions, de cela personne n’a parlé.
Nous avons été l’attaque de toutes sortes où l’amalgame était roi, on nous a prêté les projets les plus démoniaques, des personnes très inté­grées nous ont dit que nous tentions de récupérer les marginaux, alors que marginaux nous le som­mes depuis toujours, avant bien d’autres et qu’à aucun moment nous n’avons voulu parler au nom de quiconque, sinon qu’au nôtre propre, d’autres nous ont taxé de vouloir institutionnaliser la mar­ginalité alors que nous luttons contre le pouvoir de l’institution en général ; quelles que soient les formes qu’il revêt, les politiciens et théori­ciens étaient agacés par nos discours car ils n’arrivaient pas à nous situer dans leurs projets, c’est-à-dire qu’ils ne parvenaient pas à nous récu- - pérer malgré leurs tentatives nombreuses de sé­duction.
La vérité est ailleurs bien sûr. Ce qu’il faut dire tout simplement, c’est que "Marge" est un journal qui dérange, qui brouille toutes les cartes.
C’est un peu le journal du diable qui de plus osait se présenter sous la bannière de satan. Ceux qui parlent de normalisation sont toujours surpris de se retrouver si nombreux.
Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ?
La chute de "Marge" ce n’est encore et tou­jours qu’une victime de plus de la société mar­chande et spectaculaire.
Nous nous sommes battus et nous continuerons de nous battre contre les normalisateurs, contre les totalisations, contre tous ceux qui tentent de nous coder dans de savantes théories misérables, de nous réintégrer dans d’infâme misères théori­ques ou de nous enfermer dans de somptueuses pratiques misérabilistes.
Il y aurait encore beaucoup à dire. Mais il est préférable que nous nous arrêtions là.
En ce lieu même où ceux qui déjà se réjouis­sent de notre mort vient se confondre notre tristesse et notre colère.
Nous ne voulons pas croire que notre révolte aura été vaine.




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