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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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De la lutte anti-judiciaire
{Marge}, n°5, Janvier 1975, p. 3.
Article mis en ligne le 8 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Cette fois ça y est, elle a rebondi. Il existe aujourd’hui une mobilisation. Elle s’est cristalli­sée sur Pierre Goldman. Elle existe c’est un fait, rien ne servirait de la nier, voire de la criti­quer. On pourrait, bien sûr, s’étonner de l’impor­tance de cette mobilisation et s’interroger sur les raisons, pas toujours très claires il est vrai, de ces nouveaux mobilisés. Ils découvrent le caractère odieux de la machine judiciaire et c’est tant mieux. Il n’est pas question de le leur repro­cher ni de leur demander pourquoi ils n’étaient pas là lorsque Patrick Mirval a été assassiné à la prison de Fleury-Mérogis, ni à Colmar pour crier avec Serge Livrozet "Pourriture de justice". Ce qu’il faut c’est que nous nous demandions sur quelles bases cette mobilisation va pouvoir s’étendre, ce que nous allons faire, où et comment pour déconstruire cette machine à briser les hom­mes, La question de l’innocence ou de la culpa­bilité de Pierre n’est pas en elle-même principale. Ce qui doit faire problème, c’est pourquoi, com­ment, et au nom de quoi des hommes sont capa­bles de juger et de condamner à mort, à perpé­tuité ou à des années de prison et cela en assises ou en correctionnelle, des hommes et des fem­mes qui ne sont, dans les crimes que l’on leur reproche, que les produits même de cette société qui aujourd’hui les condamne. Pierre n’est pas le premier à avoir été condamné à perpétuité au nom de la déviance et de la normalité, il ne sera pas non plus le dernier. Ce qu’il a fait c’est au nom de son droit à la différence, ce que beaucoup n’ont pas compris ou entendu, pris dans sa propre perte et dans son désarroi.
Ce que nous devons aujourd’hui dire, c’est que la peine de mort existe encore en France, dans cette société soi-disant libérale, et que des hommes seront condamnés demain au châtiment suprême parce qu’ils seront sortis de la norme admise et reconnue. Ce que nous devons, aujour­d’hui dire, c’est que des hommes seront demain condamnés à des peines de prison, à perpétuité ou à dix, vingt, trente années de prison. Ce que nous devons faire aujourd’hui c’est dénoncer cette ignoble machine et le rôle d’une certaine presse qui, au nom des grands principes de la bourgeoisie triomphante, déforme la vérité et se fait l’alliée des juges ou jurés en conditionnant une opinion publique abrutie prise entre un morceau de publi­cité pour les lessives "machin" et la relation des faits.
C’est pourquoi nous ne pensons pas qu’il s’agis­se de se battre ou non pour prouver l’innocence de Pierre, de cela nous n’avons rien à faire, mais de se battre pour prouver la culpabilité de cette machine justice-prison. Notre axe de lutte ne doit être, ne peut être qu’une lutte élargie et géné­ralisée à l’ensemble de l’institution justice, pour que Pierre et tous les autres puissent demain avoir leur procès cassé et pas seulement celui de Pierre, car tous les procès d’assise ou en correctionnelle sont injustes, que tous les justiciables sont innocents et que le seul grand cou­pable c’est ce système.
Nous le savons tous, la justice est pourrie. C’est au nom des mêmes principes que l’on tor­ture en Allemagne, en Espagne ou ailleurs, que l’on assassine dans les prisons, que des adoles­cents s’y suicident, que l’on prononce des con­damnations à mort, à perpétuité ou autre.
C’est pourquoi, c’est en s’unissant sur la base claire d’une lutte anti-judicaire généralisée, que nous prouverons l’innocence de Pierre et de tous ces camarades, injustement condamnés.
Pour la suppression de l’institution justice ;
Contre la prison ;
Pour Pierre et tous ses camarades ;
Organisons-nous.
Ce n’est qu’un début




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