Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’affaire Pierre Goldman peut-elle nous unir pour développer les luttes contre l’appareil judico-policier ?
{Marge}, n°5, Janvier 1975, p. 3.
Article mis en ligne le 8 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Pierre Goldman n’est pas seul, un millier de personnes se sont réunies dans l’amphi Richelieu à la Sorbonne, vendredi 20 décembre, pour lui manifester sympathie ou soutien. Mais aussi des milliers d’autres se mobilisent en ce moment à travers le pays pour essayer de "faire quelque chose pour Pierre".
Néanmoins, Pierre Goldman risque de se re­trouver bien seul d’ici peu, si comme il a demandé d’ailleurs le combat mené pour lui ne devient pas une lutte pour toutes les victimes de cette justice pourrie.
Or, vendredi soir, le moins qu’on puisse dire c’est que les prises de position et les propositions d’action étaient antagonistes et disparates. Nom­breux étaient ceux qui reportaient l’amertume à la bouche se disant que pour la énième fois ils avaient assisté aux joutes oratoires de révolu­tionnaires séniles en quête d’une audience plus grande que celle d’un salon.
Cependant qu’on ne s’y méprenne pas, les positions défendues par le Comité Justice pour P. Goldman sont claires :

  • prouver son innocence dans l’affaire du boulevard Richard-Lenoir, et tout faire pour que le procès soit anéanti ;
  • montrer comment à tous les niveaux de l’appareil judiciaire on fabrique un coupable, en particulier en appelant tous ceux qui ont été confrontés à ces rouages policiers ou judiciaires à rapporter leur expérience en vue de la rédaction d’un livre blanc.

    Pour autant, le comité ne se pose pas en gardien et garant d’une ligne à suivre dans le cas de cette affaire et des actions plus générales qui peuvent se développer à partir d’elle ou d’autres. Un comité n’est pas un parti, tout le monde le sait, mais il n’est pas négligeabte de le rappeler ici, car beaucoup semble attendre des mots d’or­dre et des directions précises. Le comité ne veut jouer qu’un rôle de coordination et d’information pour ceux qui souhaiteraient participer à la rédac­tion du livre blanc lequel dénoncera l’institution judiciaire telle qu’elie fonctionne dans notre socié­té, et non seulement aux assises mais aussi en correctionnelle chez le juge d’instruction et chez les flics, au procès et avant le procès.
    Si l’on a bien compris cette position, il me semble malhonnête de dire que la lutte impulsée par le comité est une affaire privée qui s’attache à régler le problème d’un ami juif, gauchiste et intellectuel, même si certains se sont mobilisés parce que c’est à ce niveau qu’ils se reconnais­sent en P. Goldman.
    Cent mille personnes par an ont affaire à cette machine, trente mille personnes sont en perma­nence en prison, c’est à ceux-là que Pierre Gold­man nous demande de prêter attention et soutien, c’est par ceux-là que je me sens concerné.
    Pour autant il m’apparaît injuste de dire que la culpabilité ou l’innocence de Pierre dans l’affaire du boulevard Richard-Lenoir sont secondaires par rapport à la lutte engagée contre l’appareil judi­ciaire en France. Injuste parce que Pierre crie son innocence depuis le début et qu’engager la lutte à ce niveau c’est démystifier pour beaucoup le caractère d’infaillibilité et de partialité que tente de se donner la machine, c’est donc en consé­quence aider à la défense de tous les prévenus qui sont dans une situation semblable à celle de Pierre.
    Injuste surtout car lorsque nous aurons démon­trer comment l’appareil juridico-policier peut d’un innocent faire un coupable (les cas en sont mul­tiples, suffit de rechercher l’information), il sera plus clair pour tous que même un coupable ne peut être concerné par une justice qui fonde son action sur le ressentiment et les vengances.
    Pour autant au plan d’une analyse plus géné­rale, on peut dire qu’être innocent ou coupable ceîa n’a pas grand sens dans cette société pourrie où l’appareil judiciaire sert et protège ceux qui ont organisé le vol et l’assassinat à une échelle qui n’a pas de commune mesure avec les délits commis par le plus grand nombre de ceux que l’on incarcère. On ne trouve pas dans les prisons les truands qui nous exploitent. Lutter pour Pierre c’est donc :

  • lutter pour faire éclater la vérité sur l’affaire du boulevard Richard-Lenoir ;
  • lutter pour démasquer la machine judiciaire et sa loi inique ;
  • lutter pour détruire toutes les taules qui nous asservissent et nous humilient.</p<



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