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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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10 thèses sur la psychiatrie
{Marge}, n°6, Avril-Mai 1975, p. 2.
Article mis en ligne le 8 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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1) L’internement en asile psychiatrique est tou­jours réglementé par la loi de 1830. Or, cette loi prévoit, en particulier, le "placement d’offic" » (art. 18 et 19) "ordonné à Paris par le Préfet de police, dans les départements par les Pré­fets, pour tout malade dont l’état d’aliénation est une cause de troubles pour l’ordre public... et la sécurité des personnes." (1°). En outre, « l’intervention d’un médecin n’est pas néces­saire pour mettre en route les rouages policiers et administratifs... » (1°).
2) Depuis une dizaine d’années, une commisdion ministérielle s’est réunie pour réformer cette loi sans avoir obtenu, à ce jour, aucun résultat.
3) Cela fait maintenant quinze ans que le sec­teur est officiellement la doctrine de l’état en matière psychiatrique. Or, par son inertie, l’ad­ministration psychiatrique empêche la réalisa­tion de ce projet, aidée en cela par les psy­chiatres qui, en voyant disparaître l’asile, crai­gnent en réalité de perdre leur pouvoir.
4) Le discours de l’Etat voit dans la psychia­trie de secteur la mort de l’asile. En réalité, en envoyant à l’Infirmier ou le psychiatre "soi­gner" les gens à domicile, en considérant la famille comme le bon lieu thérapeutique où le "malade", après un séjour le plus court à l’asile, doit "guérir", le psychiatre de secteur renforce la cellule familiale en y faisant passer la structure asilaire. La psychiatrie de secteur est donc l’extension de l’asile à toute la société.
5) Un point à retenir : la psychiatrie de sec­teur "marche" très bien dans les municipalités communistes, là où du flic de base au psychia­tre, en passant par l’Infirmier et le camarade, directeur de l’hôpital, tout le monde est inscrit au P.C.. Ce quadrillage para-policier plaît incon­testablement à tous ces braves gens à tel point que les dirigeants du P.C. n’hésitent pas à faire hospitaliser les camarades qui ne répondent pas aux normes du militantisme (les alcooli­ques, entre autres). Ceci pourrait enfin faire comprendre que la plus-value de conscience de classe produite par le travail du mili­tant et exigée de lui par le parti, relève d’un dispositif rigoureusement analogue à celui où la plus-value produite par le travailleur est exigée de lui par le Capital. Pour le pouvoir, l’avan­tage de l’asile sur les prisons est celui-ci : quand un individu va en prison, il sait quand il en sortira, mais quand iI va à l’asile, il ne le sait pas. La déci­sion dépend du médecin chef.
6) Il y a très peu de fous dans les asiles, mais des alcooliques, des gâteux, des vieux dont per­sonne n’en veut plus, des délinquants et des drogués, des anormaux, quoi ! Cet échantillon­nage de la population asilaire indique que dans la société le seule critère de la maladie est l’in­capacité au travail. Sont donc malades obliga­toirement et susceptibles d’être enfermés ou hospitalisés ceux qui ne peuvent plus travailler ou pis encore ceux qui refusent le travail.
7) Nous ne ferons pas de romantisme, c’est- à-dire de snobisme de la folie, étant bien pré­cisé que ni la raison, ni la lucidité ne sont à l’opposé de la folie. Certains d’entre nous ont pu dire : la folie, on la choisit avec lucidité Ce­pendant, le fou, faisant fonctionner sa tête comme une machine infernale (et à cet égard la tâche de l’asile est de bloquer cette machine et de transformer le fou en loque) et parcourant des territoires inconnus est un nomade il est donc l’un des nôtres, voyageur parmi d’autres.
8} Nous l’avons vu. l’État cherche à transplanter la vérole asilaire dans toute la société. Nous de­vons strictement faire le contraire : faire passer la rue, le désordre, la révolution à l’intérieur de l’asile, faire passer notre contagion à l’intérieur du lieu de décontamination.
9) Nous ne serons pas sectaires, c’est-à-dire que nous serons toujours prêts à différencier l’In­dividu de la fonction sociale qu’il exerce. En clair, un psychiatre, un psychologue, un infirmier ne sont pas forcément des flics. Mais ce sera à eux de le prouver, non pas à partir d’un discours ra­dical et tout et tout, mais, bien entendu, à partir de leur pratique quotidienne à l’asile et ailleurs.
10) Aujourd’hul, la machine scolaire se met à produire des anticorps, "lycéens révolutionnaires" qui refusent toute notion d’école. L’asile, lui aussi, devra produire des anticorps, individus dont on ne saura plus si l’un est soigné et l’autre soi­gnant, révolutionnaires joyeusement décidés à faire éclater l’asile et à anéantir tout savoir psy­chiatrique.




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