Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Allons, venez amis
{Marge}, n°6, Avril-Mai 1975, p. 4.
Article mis en ligne le 8 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Tous les cent pas, tout au long de ma rue
Il y a des concerts de poubelles, la gueule ouverte
Avec, au fond, par-dessus les bouteilles vides
Des cotons maculés de sang
Et de vieilles seringues souillées, qui attendent le moment
D’empoisonner une autre âme errante...
Elles me font penser, ma belle, à ton sang retiré
Quand tes bras et tes cuisses sont lardés
De coups d’éperon sauvages
Et que, écumante, le plaisir exhorbitant tes yeux
Tu laisses couler en toi ce flot vénéneux
Et que l’extase ardente convulsa ton visage...
J’ai vu des piaules bondées de pantins grimaçants ou amorphes
Attendant l’attentat qui rythme leurs jours monotones
Et qui, quand le venin désertait enfin leur chair
Se tournaient tout timides vers le ciel éclatant
Les yeux embués de larmes et Ies lèvres crispées
Se tenant au chambrante de la porte entrouverte
S’élançant dans l’air froid en criant "Allons-y !"
La peau à fleur de nerf, les mains glacées, maladroites...
De nuit en nuit, sur l’écran de leur mémoire
Se dressait la seringue grimaçante
D’où coulait le poison perfide, le nectar trompeur,
Et puis, peu à peu, l’art possédait leur cœur
Les joies d’une vie simple, un foyer protecteur
Des sons et des couleurs, des phrases tourmentées
Des rires trop nerveux, des larmes de tendresse
Redonnaient à leur corps la chaleur bienfaisante
Et l’opium tant chéri devenait l’ennemi
La beauté et la joie devenaient leurs amies.
Finis les ventres creux et finies les piqûres :
L’esprit et la chair retrouvent dignité
Fureur et destruction ensemble nous ont quitté...
Et je vois ces poubelles où finissent les seringues
Et je vois ces camés comme des soleils assis
Et je leur tend la main : "Allons, venez, amis..."

Michel P. MARIE.</p<




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