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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Note théorique sur la réduction du travail au travail nécessaire
Les ouvriers contre l’état, p. 108-109.
Article mis en ligne le 13 juin 2013
dernière modification le 12 juin 2013

par ArchivesAutonomies
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Nous nous bornerons ici à esquisser ce que sera le passage obligé vers la libération totale du travail - la double destruction du capital et du travail salarié - c’est-à-dire réduction du travail au travail nécessaire, éli­mination du surtravail et donc de la plus-value.
Nous avons déjà vu que le développement du capital n’est pas neutre, n’est pas objectif ; il est déterminé par la tension existante entre la croissance organisée de la classe ouvrière et la reconstruction capitaliste de l’é­quilibre entre l’attaque ouvrière contre le travail et la réduction capitaliste des marges d’autonomie du travail.

"... le capital tend, de toute nécessité à augmenter les forces productives et à diminuer au maximum le ’travail nécessaire’".

(Marx, Grundrisse, II, 212)

Le capital qui veut maintenir intacte la dynamique du développement, de l’intensification productive vise donc à réduire le travail nécessaire. Du côte ouvrier, par contre, réduction du travail nécessaire signifie intensification de l’exploitation : la classe ouvrière est la résistance au développement du capital.
"Les contradictions ne résident pas dans les mouvements du capital, elles ne sont pas intérieures au capital... la limite au développement du capital n’est pas le capital lui-même, mais la résistance de la classe ouvrière".

(R. Panzieri, Plusvalore e Pianificazione, Quaderni Rossi n. 4)

L’analyse de Marx du temps de travail est fondamentale :

"Or, à mesure que la. grande industrie se développe, la création de richesse dépend de moins en moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, et de plus en plus de la puissance des agents mécaniques qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail... Elle dépend bien plutôt du niveau, général "de la science et du progrès de la technologie, ou de l’application de cette science à la production".

(Grundrisse, II, 221)

Donc dans la tendance à la réduction du temps de travail, la science est immédiatement incorporée au travail productif :

"L’invention devient alors une branche des affaires, et l’application de la science à la production immédiate détermine les inventions, en même temps qu’elle les sollicite".

(Grundrisse, II, 220)

"Voilà donc que, sur la base de ces conditions, la richesse réelle se développe maintenant, d’une par grâce à l’énorme disproportion entre le temps de travail utilisé et son produit, et d’autre part, grâce à la disproportion qualitative entre le travail réduit à une pure abstraction, et la puissance du processus de production qu’il surveille : c’est ce que nous révèle la grande industrie".

(Grundrisse, II, 221)

"Le production basée sur la valeur d’échange s’e fondre de ce fait et le processus de production matériel immédiat se voit lui-même dépouillé de sa forme mesquine, misérable et antagonique. C’est alors le libre développement des individualités. Il ne s’agit plus dès lors de réduire le temps de travail nécessaire en vue de développer le surtravail, mais de réduire en général le travail nécessaire de la société à un minimum".

(Grundrisse, II, 221-222)

Revenons un moment en arrière, à la tendance du capital à augmenter le temps de travail non-nécessaire, le surtravail. Cette dynamique du capital ne peut pas être brisée, sinon en bouleversant les rapports
politiques entre la classe ouvrière et le capital, bref à travers
le pouvoir organisé des ouvriers.
"...le capital réduit à un minimum - sans qu’il en ait d’ailleurs la moindre intention - le travail humain, la dépense de forces. Le travail émancipé saura tirer parti de ce service rendu qui est d’ailleurs la condition de son émancipation".

(Grundrisse, II, 217)

On a vu plus haut que le capital pose le surtravail comme la condition fondamentale du travail néces­saire, donc comme la question de vie ou de mort du capital lui-même, car sans le surtravail, ib-a^ aurait pas de valorisation :
"...ce qui est de la plus-value pour le capital est du sur travail pour l’ouvrier".

(Grundrisse, I, 273)

"S’il fallait une journée de travail pour maintenir un ouvrier en vie pendant une journée de travail, le capital n’existerait pas, parce que la journée de travail s’échangerait contre son propre produit : le capital ne pourrait donc pas se valoriser, ni même se conserver".

(Grundrisse, I, 272)

Le capital existe parce qu’il existe du travail (surtravail) qui crée de la valeur et de la plus-value.

"Si le capital devait, lui aussi, travailler pour vivre, il ne se conserverait pas du fait qu’il serait capital, mais du fait qu’il travaillerait".

(Grundrisse, I, 272)

Voilà : l’existence du travail, du travail valorisant (surtravail) permet l’existence du capital, et donc sa domination sur la société entière. La réduction de tout travail social au seul travail socialement nécessaire sera le contenu de la dictature du prolétariat, communisme en tant que programme minimum de la classe ouvrière.
Quand Marx parle ici de richesse, c’est dans le sens de "valeur", valeur d’échange, et non richesse dans un sens vague et général. La valeur est ce type particulier de richesse qu’est la richesse capitaliste ; elle n’est pas un bien de consommation générique qui satisferait un besoin immédiat, elle est du travail cristallisé. La particularité de la richesse capitaliste réside en ceci qu’elle peut s’accroître, augmenter, s’accumuler ; mais la condition sine qua non pour que la valeur augmente, c’est l’intervention du seul élément qui puisse produire de la valeur : le travail humain, le travail vivant. La machinerie peut produire des biens d’usage, elle peut pro­duire d’autres machines, et ce pour une valeur-travail qui est exactement égale à sa propre valeur-travail. Mais les machines ne peuvent pas augmenter la valeur existante, elles ne peuvent permettre l’accumulation. C’est pour cela que le capital
 :

"... d’une part pousse la réduction du temps de travail vers un minimum, d’autre part, conçoit le travail comme seule source et seule mesure de la richesse. Il diminue donc le temps de travail sous sa forme nécessaire pour l’accroître sous sa forme de surtravaïl. Dans sa forme croissante, il pose donc le surtravail comme la « condition fondamentale - question de vie ou de mort - du travail nécessaire".

(Grundrisse, II, 222)

Cette dynamique capitaliste qui vise à intensifier l’exploitation est provoquée par la pression ouvrière contre le travail.

"Le travailleur, ce n’est plus celui qui insère, comme intermédiaire entre le matériau et lui, l’objet naturel transformé en outil ; il insère à présent le processus naturel qu’il transforme en un processus industriel, comme intermédiaire entre lui et la nature, dont il s’est rendu maître. Mais, lui-même trouve place à côté du processus de production, au lieu d’en être l’agent principal.
Avec ce bouleversement, ce n’est ni le temps de travail utilisé, ni le travail immédiat effectué par l’homme qui apparaissent comme fondement principal de la production de richesse ; c’est l’appropriation de sa force productive générale, de son intelligence de la nature et de sa faculté de la dominer, dès lors qu’il s’est constitué en un corps social ; en un mot, le développement de l’individu social représente le fondement essentiel de la production de la richesse.
Le vol du temps de travail d’autrui sur lequel repose l’accumulation de richesse actuelle apparaît misérable par rapport à la base nouvelle créée et développée par la grande industrie elle-même.
Dès que le travail sous sa forme immédiate a cessé d’être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse, et doit cesser d’être sa mesure, et la valeur d’échange cesse donc également d’être sa mesure de la valeur d’échange
. Le surtravail des grandes masses a cessé d’être la condition du développement des forces générales du cerveau humain".

(Grundrisse, ibidem)




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