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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Une expérience inoubliable
{Marge}, n°6, Avril-Mai 1975, p. 6.
Article mis en ligne le 8 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Je devais avoir douze ans sans doute, lorsque mes parents, sur le conseil d’un professeur qui me trouvait trop turbulent, m’amenèrent con­sulter un psychiatre. A l’époque, un état comme le mien, fut vite qualifié de "caractériel" (ce que je raconte se situe dans les années 46-47 ; et le sujet, moi, environ douze ans).
D’abord, autant que je me le rappelle, Je me suis retrouvé au Centre Claude Bernard, entra les mains d’un homme, puis d’une femme. On me posa, alors, cette question fort choquante pour mes parents, petits bourgeois. "Voyons, qu’on me dit, vous aimez beaucoup les actrices de cinéma, vous vous Identifiez à elles devant votre glace. Pourriez-vous me dire ce qui dis­tingue l’homme de la femme ?". Moi, tout bête : "Les cheveux longs, la robe". Non, qu’on me répond. Et voilà la femme devant le tableau noir, la craie à la main, et qui m’explique qu’une fille a une fente, ce que n’a pas le garçon... Rapide contact avec la psychanalyse. Car mes parents, scandalisés, envoyèrent une lettre fort sèche de remerciement pour les bons soins rendus I
Pour moi, ça ne s’est pas achevé pour autant. On me conduisit chez le psychlàtre, bonhomme qui vous dit : bah I avec l’âge, ça lui passera : mais les parents sont de drôles d’animaux : Il faut que le coût de la consultation soit justifié par des prescriptions thérapeutiques. Et me voilà cette fols dans le cabinet d’une célébrité bien grasse, à tous égards, et bien salope du temps : rien de moins que le sieur M...
Léon (ne pas confondre avec Henri !). Et ce vieil homme, déjà en fin de carrière, expliqua à mes parents, devant mol, que tous les enfants sont des monstres et que ce dont j’avais besoin pour devenir normal, c’était une cure de quinze électro-chocs, à la Salpêtrière. Et, un matin froid et gris, mon père me conduisit en voiture jus­qu’à ce fameux hôpital. La salle où l’on procédait à ce genre de fantaisies ou d’expériences se trouvait au fond d’une cour sur la gauche. Avant mon arrivée, dix ou quinze hommes, dont un flic déprimé, attendaient leur tour. Quand vint le mien, une infirmière martiquinaise, je crois, m’administra, à l’entrée de la salle, une piqûre d’on ne sait trop quoi, derrière un paravent. Puis, je dus traverser la salle immense ; des lits à droite, à gauche. Couchés, des hommes, une pipette entre les lèvres, se tordaient sous l’effet du courant électrique. Deux électrodes, semblables à des écouteurs téléphoniques, étaient disposées sur chacune des tempes. Spectacle d’épouvante que Je n’oublierai de ma vie. Enfin, l’infirmière et moi, arrivâmes à la fin de la salle : un lit inoccupé. "Etendez-vous, ja ne sera rien." Et voici la pipette qu’on me fourre entre les lèvres. Les électrodes mouillées, ça faisait frais et doux, puis je perdis conscience. Quand Je m’éveillais, il fallait que mes parents me fassent coucher. Toute la journée, ce fut comme ça ; au bout de quinze jours, ou un peu plus tard, mes parents s’adressèrent à un neuro­psychiatre, chargé des enfants. Celui-ci, jndigné du traitement qu’on m’avait administré, télé­phona à M... pour l’engueuler d’une belle manière. Avec le recul du temps, je pense que moi, l’enfant "caractériel", turbulent, et tout et tout, devait recevoir une bonne leçon. Quoi de mieux que l’électro-choc, la vue des hommes se tordant de douleur sur leur lit, cette lente et minutieuse traversée de la salle, pour me "guérir", les "chocs" aidant ? Manque de pot, ça n’a pas marché I Mais voici quelques précisions sur ce traite­ment "miraculeux", aujourd’hui administré, sous un dérivé du curare (les Indiens, vous pigez !). Le traitement "consiste à provoquer chez le malade une crise comitiale - état comateux - au moyen d’un courant de 100 à 150 volts agis­sant pendant 0,1 à 1 seconde. On fait passez ce courant sous 250 mA au maximum, au moyen de deux électrodes imbibées d’une solution salée conductrice appliquée aux tempes". (P. La­rousse Médical à l’usage des familles, t.. I). In­convénients : fracture possible, luxation, rup­tures musculaires, troubles cardio-respiratoires au cours de la phase tonique (!) ou clonique (de clonus ; contraction excessive du corps, ici en arcle de cercle. Vu !). Aussi, aujourd’hui, a-t-on associé le choc à un "anesthésique réanimateur" lui-même en rapport avec "l’injection in­traveineuse de barbituriques et une curarisation sous assistance respiratoire".
Ce n’est pas fini. A qui applique-t-on ce traite­ment ? D’abord, à des adultes - mais, sans doute pas à l’époque ! Et pourquoi ? Mélancolie, anxiété, agitation avec risques de suicide, états de confusion marquée. Petits inconvénients sup­plémentaires : troubles de mémoire, notam­ment, plus ou moins durables, "si on ne con­solide pas le traitement par des médicaments" (ces troubles seraient liés aux chocs sous nar­cose). C’est toujours Larousse qui parle. La cure, précise-t-il, "comprend en moyenne six à douze chocs, à raison de deux à quatre par semaine. Un choc quotidien est parfois utile et sans inconvénient au début". Je l’avais échappé belle.
Plus tard, pour des raisons d’ordre sexuel, mes parents me conduisirent chez un autre psy­chiatre qui crut bon de m’administrer, sous for­me de piqûres, du testostérone (hormones mâ­les). Résultat : je courus davantages les mâles. Bref, échec des psychiatres sur toute la ligne. Reste un Internement d’une semaine au pavillon des isolés pour toxicomanie en été 65 et valium matin, midi et soir, pour éviter un pseudo-déli- rium tremens ; une seconde désintoxication vo­lontaire, celle-là, en 1970 (1), pendant quinze jours, dans un autré hôpital psychiatrique, dans une section libre. Eh ! bien, le résultat est que sur toute la ligne, aucune méthode n’a réussi à me transformer. Mon "cas" s’est aggravé. Bon. En dépit de mes parents qui crai­gnaient la folie (mon père parlait, à douze ans, d’un parente à lui qui avait perdu la raison ; ses nerfs étant devenus aussi fins qu’un fil, je charie pas !), je n’ai pas perdu la raison ; mais j’ai acquis du moins une haine assez solide pour tous les représentants de la Loi : Eglise ("il est un monstre" ; j’avais à peine neuf ans !), Fa­mille (ça se conçoit), Ecole (idem), Psychiatrie et, finalement, l’Armée (mais Je me suis fait réformer en y mettant, si j’ose dire, le prix et à une époque où... passons !).
J’aurais pu rester aussi inculte ; mais, par défi peut-être, J’ai fait mes classes, mais pas à l’école, soyez-en sûrs !

PIERRE.</p<


LETTRE OUVERTE AUX PSYCHIATRES

Ex-père psychiâtre, priez pour vous, car désor­mais, c’est nous qui expertison dans le cul. La porcnalité de cette société normalade nous fait vomir. Nous ne sommes pas de la race de ces in­dividus normoyens et larmoyants que vous êtes chargés de carrégulariser. La pensée rationnulle ruminant ses normeuhmeuh. ne fera Jamais de vous que des vaches aussi crapolltières qu’une norme alitée sur un divan.
Qui sommes- nous ? Des récalcltrons qui en avons marre d’être pressés dans vos cacanalisa- tlons, des vagabondabhorrés répétant au vaga- bondadoré : vagambader et non pas vagamberger. Nous, qui vagabandons, réfracterrant nos désirs dans l’astrolétairenité, nous préférerons toujours divagabonder sur la fracture des corps et la sur­face des coffres plutôt que de divagalamer à l’aisne ou à l’uslle.
Le pouvoir des mots-crassie, démoniaque ma­niaquerie de la médiacrasserie et de ses médiachions (ne) se confond (pas) avec le mouvoir des peaux-nia peaux de yackzéflikeries.
Surgissant de vos bouches à égout de merde, nos hordes iront mordre à l’idéal amer de votre ordre. C’est dans vos bas canaux crevés - culvée de chiottes et bac anal -, que nous fête­rons nos bacchanales. (Crever un égout, n’est-ce pas déjà foutre la merde ?).
L’éfflicacité afflicante de cette société ne nous désespéritera pas. Au contraire. L’obséquerrité précaire de vos résidusines fera reluire l’aspérité nocturne de nos écarts diserminalisés et vos va­lûmes structurlututurlsées ne résisteront as - épaves impavides - aux avés espacés des dépra­vés.




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