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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les curés déguisés
{Marge}, n°7, Août-Septembre 1975, p. 3.
Article mis en ligne le 15 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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"Il n’est pas un de nous qui ne soit coupable d’un crime. Celui, énorme de ne pas vivre pleine­ment sa vie". H. MILLER.

Les religions classiques occidentales chrétien­nes, qui sont encore les sectes les plus impor­tantes sont dépassées (malgré quelques sursauts para-chrétiens ou modernistes), mais la métha-physique que celles-ci trimbalent a trouvé son second souffle.
Depuis quelques années les lourdes structures chrétiennes ont laissé la place à un délire de reliogisité moderniste qui se cache derrière une apparente quiétude, asiatique, orientale, exotiques en tous genres (Gourou-Maraji, Krishna, mormon. Enfants de Dieu, Eglise Moon, etc.), ou bien der­rière un pseudo renouveau chrétien se traduisant par exemple par la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) qui invite le père Marchais à son dernier congrès. Il y a aussi les petits scouts de Taizé avec leur "concile de Jeunes" applaudît par toute la hiérarchie Catho, qui ont changé leur culotte courte par le jean et les cheveux longs.
L’Eglise Moon ou A.U.C.M. (Association pour l’Unification du Christianisme Mondial) s’implante en France et recrute en particulier en Bretagne provocant la réaction de parents inquiets qui se sont regroupés sous l’association. Tenez-vous bien "Pour la défense des valeurs familiales et de l’individu". Ces braves gens ont le mérite d’avoir fourni des éléments critiques intéressants, mais sont dans l’ensemble réactionnaires, ne voulant seulement que récupérer leurs gosses en débine mystique...
Les Etats-Unis y vont eux aussi, et ce furent sans doute les précurseurs de ce renouveau de leur petit cantique. Vers les années 72-73, les Etats-Unis étaient véritablement infestés par un mouvement qui allait prendre de grandes propor­tions. Jésus revenait accompagné de ses petits copains Boudha, Krishma and Co.
Aux Amériques comme en Europe c’est au dé­but d’une "restauration" qu’apparaissent "les curés déguisés". Profitant de la déception, du désarroi et de l’inquiétude des jeunes, la religio­sité se taille sa place à la faveur de la décon­venue.
Une partie des "Radicaln" héritiers des révol­tes : de Berkley, des mouches sur la Maison Blanche, du mouvement anti-impérialiste suivent la courbe, c’est l’échec de la new-left, des mou­vement contestataires de 1968-1972.
"La Marge" n’est plus en affrontement avec le système (l’a-t-elle jamais été ?). Les hyppies avec leur arsenal de sectes secrètes, de mages fana­tiques, avec leurs tics mystiques, ont bien préparé le terrain entre 1966 et 1968, et les organisations de Knosuille : "Opération Jésus", n’ont plus qu’à se tailler la part du lion dans ce qui est devenu une masse de gentils abrutis, l’œil terne, sheet et Bible dans la musette. C’est à l’université de Tenessee qu’il y aura 75 000 personnes ! A cette "première Croisade" Nixon, le bouffon, y pren­dra même la parole invité par les organisateurs, il fut à peine sifflé que par quelques types qui voyaient encore ce qui se passait...
En France, a l’heure où on a tous besoin de calme et d’innocence, dans ce monde inquiétant, agressif, voire sordide, où toutes les valeurs fondamentales s’écroulent, il y a, Dieu merci ! des jeunes gens et jeunes filles pour relever la tête, arrogants face au "mal". Les "enfants de Dieu" c’est l’apparence naïve de gentils petits hyppies dynamiques et qui n’ont peur de rien, ils atta­quent même, certains de la vérité qu’ils détien­nent, un peu condescendants quant aux personnes qui ne sont pas sur la même longueur d’onde.
Dans leur brochure, style "Pif le chien", David Moïse le penseur Ricain balance ce conseil : "Si Dieu est avec nous, qui peut être contre nous ?" Bien oui, jusqu’ici je croyais que Dieu était fran­çais, anglais, ou allemand, bien non, il est avec des "Guerries spirituels" qui ont des armes "non pas charnelles, mais spirituelles !" (sic). Eh oui, il faudra s’y faire ou bien...
Et Benoyer de s’esclafer dans la G.O. "Mouche ton nez, remonte tes chaussettes, et fait mimi à monsieur Jésus !..."
Comme le Gourou Maradji et l’Eglise Moon, les "enfants de Dieu" s’accommodent fort bien du système économique et social capitaliste. "Faut faire avec !", me dit un responsable de l’Eglise Moon.
Quand on va voir ces gens-là, il est très diffi­cile de les faire parler de leur participation finan­cière à tels ou tels trusts, à telles ou telles multi­nationales, et pour cause ! Ils vous parleront plus facilement de leur messianisme ou de leur com­bat contre le mal...
"Les enfants de Dieu" c’est le show-biz avec leur groupe, télévision, disques, etc., une boîte de nuit qui fonctionne à plein le vendredi et le same­di. Puis des dons dans la rue, mais ce ne doit pas donner grand-chose malgré ce qu’ils disent...).
La partie visible de l’iceberg de l’Eglise Moon est assez cossue. Hôtel particulier dans le 17e, appartement dans le 16e, grande maison à la cam­pagne pour les week-ends organisés régulière­ment pour conditionner les nouveaux venus (Aulnay-sous-Bois, à côté de Paris), Le vieux Moon, de sa Corrée du Sud ou de sa somptueuse maison de Barrytown (U.S.A.) (celle-ci est gardée par une milice privée et il ne sort qu’avec sa voiture blindée), gère une vraie fortune qui doit se mon­ter d’après le "New York Times", à quinze mil­lions de dollars. L’A.U.C.M. a des participations dans des sociétés qui fabriquent des armes et dans plusieurs entreprises pharmaceutiques. Ces gens ont bien les pieds sur Terre, n’est-ce pas ?
La lutte spirituelle de ces nouveaux curés se double d’une volonté de se donner les moyens d’atteindre leurs buts, pour eux, l’argent n’a pas d’odeur ! La "puissance terrestre" est un moyen qui tend à devenir une fin... Un responsable me disait, un sourire niais au lèvre : "Nous, on fait pas de politique..." Ben voyons I
Ce qu’il y a de commun à toutes les sectes qui apparaissent (non par magie), c’est qu’elles rassurent, redonnent courage et espoir à des gens paumés, devenus crédules à force de rata­ges.
La première question que me posait un "enfant de Dieu" dans la rue n’était-elle pas : "Est-ce que tu te drogues ?". Significatif !
Les sectes religieuses obtiennent une soumis­sion de leurs membres étonnantes, plus personne ne se pose de questions (qu’elles soient méta­physiques ou sociales), il n’y a plus de contra­dictions. plus de problèmes sexuels (chez Moon particulièrement, le responsable avec qui j’ai dis­cuté, était devenu tout rouge... Faut dire qu’il était blond, mais quand même...) on a l’impres­sion de se trouver en présence de gens bloqués, arrivés rassurés jusqu’à la fin de leurs jours.
La secte crée des liens de dépendance vis-à- vis de ses membres qui rappellent le schéma de la famille classique, dépendance affective et ma­térielle, ony mange bien (en particulier aux "En­fants de Dieu") on est soutenu par une espèce de sécurité sociale affective pendant ces dépres­sions, et celles-ci disparaissent peu à peu, de plus en plus, bref le pied !
La communauté, mot magique de l’époque, ou la "famille", terme donné à la secte par ses membres, reste rassurante, peu à peu les con­tacts avec l’extérieur disparaissent si ce n’est dans des conditions bien précises. (On ne laisse pas un jeune arrivant discuter de n’importe quoi avec n’importe qui !)
La manipulation ou éducation est constante, toujours dans un même but : régression au stade infantile, innocence, naïveté, humilité sont les maîtres mots des cliques mystiques, sans oublier Emmanuelle Kolfmann, comme une libération. Elle ajoute : "Ces jeunes n’ont absolument pas cons­cience d’être manipulés ou de manipuler eux- mêmes les autres..."
Je sais bien, c’est dommage d’en être à refaire la critique des religions, voire de "bouffer" du Moon, du Maradji, ou du Mormon comme un insti­tuteur radical socialiste, il faut dire que ce n’est pas la société capitaliste ou un marxisme froid qui peuvent répondre aux préoccupations, voire aux angoisses de certains jeunes. Les marxologues n’apportent rien à la défense de l’individu face aux nouvelles oppressions du monde moder­ne.
Mais au fait, Dieu existe-t-il ? Faux problème, on s’en fout, le problème reste, est-ce qu’il em­pêche l’homme d’exister ?
Dieu, c’est d’abord la foi (aveugle bien sur), donc une délégation de pouvoir à partir de l’ins­tant où l’on reconnaît sans preuves et tout à fait à priori qu’il y a une puissance dont on dépend directement et à qui on donne un rôle de maître.
Cette dépendance masochiste est en définitive un confort que l’on s’offre, explication du monde, refus de la vie en tant qu’aventure.
Quand on n’a pas le courage de dire que sa vie n’a de sens que celui qu’on lui donne, par son discours et par ses actes, il ne reste plus que des petits larmoyants qui prêchent la douce humilité que nous détestons !
Il ne peut être question de chercher ou de refuser telles ou telles preuves scientifiques de l’existence de Dieu. L’existence de Dieu à elle seule est un scandale ! La révolte a vite fait de se débarrasser du problème Dieu, c’est un indis­pensable précédent à la recherche de l’individu.
Toute notre révolte est de ce monde ! et l’argu­mentation des nouveaux curés déguisés glissera sur nous comme l’eau sur les plumes du canard...

"Ne cherchez pas dans le renoncement à vous- même une libertée qui vous prive précisément de vous-même, mais cherchez-vous vous-même, que chacun de vous soit un moi tout puissant."
STIRNER.

Christian BESSE.




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