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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le droit à la défonce
{Marge}, n°7, Août-Septembre 1975, p. 6-7.
Article mis en ligne le 15 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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La France hystérique réclame des punitions !
Combien sont-ils ces morts vivants, installés dans le crédit payable sur la vie à réclamer plus de répression contre cette jeunesse qui se "dro­gue" qui fait peur et se révolte. Ce qu’ils igno­rent ces vieux cons c’est que leurs propres reje­tons commencent là, sous leurs propres toits, sous leurs propres yeux fermés et aveuglés par la télévision, l’effort, les principes et la médio­crité. Et lorsque ces esclaves parlent de drogue, ils n’osent parler d’un monde inquiétant, dange­reux qu’ils ne veulent pas connaître mais dont ils ont entendu parler : la "servitude à la dro­gue" !
Ceux qu’ils appellent « hippies, fainéants, bons à rien » sont chez eux, ce sont la "propre chair de leur chair"... Seulement trop aveuglés par te spectacle quotidien de leur petite vie minabte ils ne comprennent rien et refusent de voir. La presse les manipule. Ie3 téléguide et ils hurlent avec les loups (jamais plus fort on ne sait ja­mais !) : répression... répression jusqu’au jour où la répression s’abat sur leur réputation à travers leurs enfants qu’ils croyaient bien élevés ! : "Tu te rends compte, chérie ! - Ton fils ! - Un Junkie ! - Que vont penser les voisins" !
A leur égoïsme et à leur crétinisme sinistre je veux répondre par mon vécu et celui de mes copains que j’ai vu vivre, aimer, et faire quelque chose d’autre qu’épargner.
Je pense sincèrement que tout ce qui est appe­lé drogue n’a ni les mêmes effets physiologiques ni les mêmes effets psychiques. Le pouvoir par ses campagnes radiophoniques, télévisées et écri­tes jette sciemment un rideau de fumée sur l’approche de la vérité. Le seul livre à ma con­naissance "Le petit livre rouge des lycéens" s’adressant aux jeunes, honnêtement, sur ce su­jet a été interdit.
J’affirme que le cycle infernal décrit complai­samment par toute la presse est un tissu de mensonges et d’absurdités ; j’affirme que l’accou­tumance physiologique n’existe pas en ce qui concerne les drogues légères (sauf en ce qui concerne l’alcool et le tabac) et que le hashich n’a jamais conduit personne à désirer autre chose.
C’est le milieu dans lequel évolue le jeune fumeur pourchassé qui quelquefois enclanche le processus. En effet, rejeté comme pestiféré par les non initiés, par la société et par les lois, un regroupement tout à fait logique de ces jeunes se crée.
Ces regroupements ont pour causes premiè­res : la solitude, la sécurité, le souci du ravi­taillement puis par la suite l’impression de vivre autrement, d’avoir fait un premier pas vers sa libération. Dans ce milieu, vivant en marge des lois et des principes le simple fumeur est mis en contact plus ou moins permanent avec d’au­tres sortes de "défoncés", avec les commer­çants, les mystiques...
Et comme dans nos prisons et centres de re­dressement c’est cette promiscuité propre à tous les ghettos dont la Société est responsable par son absurdité qui produit quelquefois l’escalade.
Alors il est curieux de se poser la question : pourquoi cette absurdité du pouvoir et pourquoi ce refus intransigeant de légaliser le hashich malgré les enquêtes médicales favorables (dans l’Etat de l’Alaska aux Etats-Unis le droit "à la défonce" est maintenant légal mais pas celui de vendre !).
Tout d’abord ce n’est ni l’Etat ni les grands trafiquants liés à celui-ci qui détiennent le mono­pole du trafic du hashich contrairement à ce qu’il en est pour l’alcool, le tabac, l’héroïne. C’est un trafic parallèle en grande partie artisanal car peu rentable comparativement aux risques encou­rus. Et puis surtout dans ce monde harassant, quadrillé, industrialisé et bientôt sur ordinateur, il est dangereux d’introduire quelque chose qui a les propriétés de développer la tendresse, la poésie, le désir, l’amour et la lucidité. Il est évident que ces effets en contradiction totale avec la Société poussent l’individu vers la révolte personnelle puis vers la remise en cause de la civilisation tout entière.
Il est curieux de noter que les positions offi­cielles marxistes, léninistes..., etc., de tous poils sont les mêmes que celles du pouvoir en place !
Si je me fais le défenseur inconditionnel de ces drogues légères, c’est en tant que révolu­tionnaire qui les a utilisées pendant de nombreu­ses années, sans pour cela perdre sa révolte, au contaire... ni vouloir aller plus loin dans l’esca­lade.
Maintenant parlons donc de ce plus loin, n’est- ce pas la conclusion qu’il n’existe qu’une seule liberté : celle de devancer le jour de sa mort, qui pousse le "freak". Ou tout du moins c’est ce qu’il croit car la Société pour son bien ne tarde pas à lui imposer la torture par le "manque". il y a sûrement des copains qui tombent dans l’engrenage d’une façon inconsciente et cela pour la simple raison qu’il n’existe pas d’information véritable mais seulement une répression aveugle. Les informations crient au feu ! Lorsqu’il n’y a pas d’incendie. Il est difficile de les croire lorsque le feu couve.
De plus, quelques exemples m’ont prouvé que dans presque tous les cas les soi-disant souf­frances et morts brutales n’étaient en fait que ie résultat de "manque" et "d’accidents" dûs à ce "manque" qui fait remplacer la drogue par un poison quelconque. Eduquer dans le mensonge, réprimer dans l’horreur de l’absurde, assassiner légalement dans la clandestinité.
Je pense qu’il faut aussi parler de la violence du drogué. N’est-ce pas la violence de la répres­sion conduisant au "manque" ou à la "mort" qui pousse ce "supplicié" par les lois à employer la violence pour se procurer sa dose. Et cela en attaquant ces pauvres innocents : lecteurs assi­dus de Minute, du Parisien et de France-Soir et réclamant chaque jour davantage de "répres­sion"...
La boucle est bouclée, la Société récolte ce qu’elle a semé et j’ai l’intention de rester dans le monde des orties, du chiendent, des ronces et du liseron.
La mauvaise herbe fera la révolution par l’exem­ple, n’en déplaise aux donneurs de conseils et de coups de pieds au cul de tous bords.

Walter JONES.




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