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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Espagne : Clarification
{Marge}, n°8, Octobre-Novembre 1975, p. 2.
Article mis en ligne le 16 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Compte tenu de la production massive de crétinisme militant qui accompagne en ce moment le projet de "marche sur l’Espagne", les précisions suivantes nous semblent in­dispensables :
notre participation à cette prochaine marche ne relève en rien d’un soutien à une quelconque lutte d’indépendance ou de "li­bération" nationale : nous n’avons que fou­tre de ces combats d’arrière-garde, des unions sacrées pour la défense de tel ou tel clocher, de tel ou tel particularisme. Nous ignorons la signification du mot "nation" et nous haïssons tout ce qui ose encore se vouloir à quelque degré et sous quelque forme que ce soit, "patriotique". Nous ne connaissons que des individus ou des grou­pes. Nous vomissons tout ce qui se réclame français, bretons, parisiens, marchands de nouilles, maos, trotskystes, hommes, fem­mes, ouvriers, Euskadi, Corse, Alsace-Lorraine. Nous n’avons ni tradition, ni famille, ni profession, ni fonction, ni mère-patrie, ni idéal du moi, ni idéal tout court, ni pedigree, ni ethnie, ni citoyenneté. Seule nous inté­resse, nous vagabonds, la subversion de vos pitoyables séparation, la destruction de vos misérables limitations. La révolution sera li­quide ou ne sera pas.
- Nous ne nous réclamons pas davan­tage de l’anti-fascisme, vieille glu dont la gauche planétaire enduit ses électeurs et monte ses podiums. Anti-fascisme au nom duquel, voici 39 ans, staliniens et socialistes exterminaient les collectivités aragonaises, les anarchistes et la révolution espagnole. Nous ne choisissons pas parmi les diverses fractions du vieux-monde. Nous ne tendons pas les mains à la gauche du capital pour combattre sa droite, nous n’aimons guère les fronts - même populaires. Et si aujourd’hui quelques épaves gauchistes espèrent trouver là une aubaine pour leurs sergents recruteurs, bon vent ! Enfin, ayant rencontré "le fascisme" en la personne de nos braves épiciers comme dans la tête d’un bon nom­bre d’ouvriers bien de chez nous ; n’ayant, d’autre part, pas plus de frontières à recon­naître, ouvrir ou fermer que de sols à préser­ver - la volonté, proclamée par le Collectif parisien ("Libération", 18 octobre), de "fer­mer la frontière au fascisme" nous laisse écroulés de rire.
- Au passage, nous crachons sur ceux qui se remuent pour la vie des patriotes et laissent crever Puig Antich.
- La participation de "Marge" à cette manifestation répond donc seulement aux préoccupations suivantes : être présent dans un lieu où maintes oreilles sans doute réceptives se trouveront réunies ; montrer dans ces mêmes conditions et dans la mesure des possibilités, l’existence de courants sub­versifs nouveaux, passant hors des églises instituées, courant dont "Marge" constitue l’un des carrefours ; autant que possible, en­core, faire en sorte que cette manifestation ne soit ni digne, ni silencieuse, ni bien-pen­sante.

Jean Franklin.




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