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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Chartre des internés
{Marge}, n°8, Octobre-Novembre 1975, p. 4-5.
Article mis en ligne le 16 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Cette charte ne vise pas à l’amélioration de la psychiatrie, mais vise la destruction com­plète de l’appareil médico-policier.
Cette charte s’inscrit dans le combat pour conquérir, dans un premier temps, les droits démocratiques les plus élémentaires qui sont enlevés aux travailleurs que la psychiatrie parvient à isoler. Ceci n’est possible qu’en brisant l’isolement des internés :
1. en détruisant l’institution carcérale par des luttes contre les modalités actuelles d’en­trée et de sortie de l’hôpital (placement d’offi­ce et placement volontaire), ainsi que contre les restrictions de la libre circulation à l’inté­rieur des établissements psychiatriques.
2. en brisant l’isolement de l’interné dans son statut d’assisté, d’irresponsable et de fou. Il s’agit d’obtenir celui de travailleur en lutte avec tous les acquis s’y rattachant, même si certains d’entre nous se trouvent provisoire­ment dans l’incapacité de travailler. Ce combat, comme ceux des autres couches oppri­mées, rejoint en ce sens la lutte de la classe ouvrière pour la destruction de l’ordre capi­taliste.
3. en brisant l’isolement dû au silence en­tourant la prescription médicale et obtenir ainsi le contrôle du traitement.
Cette charte est le produit des revendica­tions exigées par des camarades internés tant en France que dans d’autres pays comme en Angleterre par le M.P.U. (Union de Malades Mentaux) et en Allemagne par le S.P.K. (Col­lectif Socialiste de Patients).
Elle vise au développement de luttes per­mises par le regroupement de psychiatrisés et de travailleurs (soignants ou non) telles celles parmi les plus récentes : des "mala­des" de Maison-Blanche en novembre 1974 et la campagne contre les internements et contre la loi de 1838 menée par le G.I.A. (groupe informations sur les asiles).
Elle vise à déclencher d’autres luttes de travailleurs (psychiatrisés ou non) contre la psychiatrie, afin de déterminer les organisa­tions politiques et syndicales à prendre une position claire dans ce combat.
Pour aboutir, cette charte doit être reprise massivement par l’ensemble des camarades internés et des travailleurs (soignants ou non) qui les soutiennent.
En ce sens elle peut être le point de départ à la création de groupes, comités, commis­sions .etc. visant à organiser la lutte dans le plus grand nombre d’établissements psychia­triques, ainsi qu’à l’extérieur de l’institution où le problème de la psychiatrisation des conflits est de plus en plus à l’ordre du jour. Elle doit donc également susciter un travail similaire en ce qui concerne la psychiatrie hors des murs en se plaçant sur un terrain de solidarité de travailleur à travailleur.
C’est ainsi que cette charte issue d’un pro­jet élaboré au cours de luttes menées plus particulièrement en France par les militants du G.I.A. a permis, lors de son élaboration finale, le rassemblement de divers groupes militant contre l’organisation capitaliste de la production et de la santé.

NOUS EXIGEONS L’APPLICATION DE LA PRESENTE CHARTE :
AUX MINEURS COMME A TOUTE PERSONNE INTERNEE

1. NOUS EXIGEONS L’ABOLITION DE LA LOI DE 1938 :
c’est-à-dire, la suppression du Placement d’Of- five et du Placement Volontaire, ainsi que la supression de l’Infirmerie Spéciale de la Pré­fecture de Police (rue Cabanis, à Paris 4e) qui matérialise la relation existant entre la pseu­do-science psychiatrique et l’instrument ré­pressif qu’est la Police.

NOUS EXIGEONS :

2. l’abrogation de la loi de 1954 sur les ALCOOLIQUES et de celle de 1970 sur la TO­XICOMANIE ; lois répressives qui, loin de ré­soudre les problèmes posés par l’alcoolisme et la toxicomanie ne visent qu’à orienter et contrôler dans le sens des intérêts de la clas­se dominante,
l’abrogation de la loi sur le vagabondage,
l’arrêt des expulsions des travailleurs immi­grés sous couvert de rapatriement sanitaire,
3. la suppression des hôpitaux et services de force (Henri Colin, Sarreguemines, Cadil­lac, Montfavet).

CONCERNANT NOTRE SEJOUR A L’HOPITAL, NOUS EXIGEONS :

4. l’abolition de l’envoi de renseignements aux Préfectures qui les retransmettent aux commissariats, ainsi que la destruction du fi­chier de police des aliénés dits "dangereux",
5. l’affichage dans chaque chambre des règlements intérieurs et des droits des inter­nés,
6. le droit pour tout interné de consulter à tout moment son dossier comme de le sor­tir, lui permettant entre autres choses d’ap­peler en justice,
7. que soit appliquée la circulaire minis­térielle n° 1796 de M, Jacques Baudoin du 20 avril 1973 dans laquelle il est dit que : "...le secret n’est pas opposable au malade dans l’intérêt duquel il est institué ; ce dernier peut donc soit se faire remettre tout ou par­tie de son dossier médical ou le communiquer directement au médecin de son choix ainsi qu’à des tiers ; il peut notamment décider de produire ce dossier en justice s’il le désire. La jurisprudence de la Cour de Cassation et du Conseil d’Etat concourrent sur ce point [1]".
8. le droit de refus de la désignation admi­nistrative du lieu d’hospitalisation et du mé­decin traitant.

CONCERNANT LES TRAITEMENTS, NOUS EXIGEONS :

9. l’abolition des traitements irréversibles (électro-chocs, psychochirurgie...),
10. la connaissance di> traitement appli­qué et ses effets secondaires évenUiels. et ceci avant la prescription,
11. le droit de refus d’un traitement ou d’un médicament, c’est-à-dire un droit effec­tif de contrôle sur les traitements,
12. d’être informés lorsqu’un médicament en est à son stade expérimental,
13. d’être en possession d’une ordonnan­ce claire, en écriture non chiffrée, nous per­mettant de contrôler ce qu’on reçoit des in­firmiers, qui l’exécuterons sous nos yeux et non à l’avance, afin d’éviter les traitements parallèles, comportant entre autres le surdo­sage.

CONCERNANT LA SORTIE, NOUS EXIGEONS :

14. qu’un logement soit assuré après la sortie,
15. que l’absence d’un emploi à la sortie ne soit pas un obstacle à celle-ci,
16. qu’un emploi dans le métier de son choix puisse être assuré à la sortie par l’inter­médiaire de l’Agence Nationale pour l’Emploi, sans discrimination et avec formation profes­sionnelle si nécessaire,
17. la suppression des restrictions à l’em­bauche telles que l’inaptitude pour raisons psycho-pathologiques,
18. qu’une indemnité de chômage, au moins égale au S.M.I.C. soit allouée à ceux ne trouvant pas un travail.

CONCERNANT LA VIE A L’INTERIEUR DE L’HOPITAL, NOUS EXIGEONS :

19. le droit de nous syndiquer dans les sections syndicales du lieu d’hospitalisation et de nous organiser de façon autonome pour la lutte dans des comités incluant le person­nel soutenant notre combat,
20. l’abolition du travail FORCE sous pré­texte d’ERGOTHERAPIE (ménage, service de cantine ou travail à façon...),
21. que tout travail d’un hospitalisé soit rémunéré au temps de travail, par un salaire au minimum égal au S.M.I.C. ; sans salaire aa rendement ni cadence,
22. le droit de pouvoir refuser un conces­sionnaire ou ses tarifs pratiqués,
23. le droit d’accès et de contrôle des comptes en détail des comités gérant le tra­vail et le salaires des hospitalisés,
24. l’organisation collective par les hospi-taiisés eux-mêmes de ta vie à l’hôpital : ho­raires de lever, de coucher, des repas, etc.,
25. la suppression du droit des visites pour raisons médicales ou autres,
26. la suppression de toute censure tant du courrier que des communications télépho­niques,
27. la liberté de presse effective à l’inté­rieur de l’hôpital.
28. le droit effectif d’affichage avec ta­bleau sans aucune censure,
29. une salle commune de réunion inter­services, ouverte en permanence et à tout le monde, y compris à toute personne et à tous groupes extérieurs,
30. la suppression de la permission de parc : celui-ci est à tout le monde,
31. le droit de conserver ses vêtements et affaires personnelles et de pouvoir les mettré en sécurité sans intervention du personnel,
32. la suppression des grands dortoirs,
33. l’extension de la mixité à tous les pa­villons des hôpitaux psychiatriques et la pos­sibilité de vie commune à l’intérieur des ser­vices afin que cette mixité ne soit pas un simple mot,
34. le libre accès à la sexualité, à la contra ception, à l’avortement, à la grossesse et à toutes informations concernant ces quatre points,35. nous refusons les changements d’hô­pital, de service ou de chambre sans l’accord de l’interné lui-même,
36. nous exigeons d etre présents et assis­tés à la personne de notre choix pour tout entretien nous concernant entre les membres du Corps médical ou administratif ainsi que de ce personnel avec des tiers.

MOUVEMENT MARGE

REVUE ET GROUPE GARDE-FOUS

L’AERLIP

COMITES DE LUTTE DES HANDICAPES

GROUPE INFORMATION ASILES

Notes :

[1Références de la jurisprudence : Cour de Cassation, 28 janvier 1966 (Dame Leroy), Conseil d’Etat, 24 octobre 1969 (Sieur Gou- geon), Conseil d’Etat, 20 juillet 1971 (Sieur Pas- quier).




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