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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Remarques pour en finir avec la pensée politique
{Marge}, n°9, Décembre 1975-Janvier 1976, p. 3.
Article mis en ligne le 17 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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A titre d’exemple : la critique politicienne du terrorisme telle qu’elle est bâtie non seu­lement par les zombies gauchistes, mais - même - par divers groupes libertaires, en tant que non-efficacité, en tant qu’erreur his­torique. (Si je dis : "à titre d’exemple", c’est que le terrorisme ne m’intéresse ici que com­me révélateur et point de paroxysme d’une certaine critique moralisante et paralysante, laquelle sévit plus clairement quant au terro­risme tout en s’emparant avec bien davantage de discrétion, c’est-à-dire de pénétration, de toute pratique à visée révolutionnaire. Cela dit, dans la phase actuelle, le terrorisme lui- même ne nous séduit guère plus que le sui­cide ; seulement, nous n’avons pas la cuistre­rie de juger ceux qui s’y adonnent.)
C’est ailleurs qu’il faut se situer : l’acte dit terroriste (entre autres) est à insérer hors d’une représentation téléologique (dialectique de la fin et des moyens) qui porte tant sa cri­tique que sa défense ou sa justification.
Il n’est à placer par rapport à aucun sens dont il serait levier ou escamotage, expres­sion ou infidélité, dénonciation (et il n’y a rien à "dénoncer", camarades !) adéquate ou médit, mésusage.
C’est en lui-même, non pas même comme expression d’un affect (de révolte, désespoir, haine, etc.), mais immédiatement, directe­ment, de soi-même qu’il consiste en, qu’il est affect, passion, jouissance - ou bien rien.
Or toute la pensée dite radicale, révolution­naire, critique, théorique embrasse la téléo- logie représentative en question. Elle est sour­de à tout ce qui s’en écarte. C’est toujours au regard d’une adéquation ou d’une inadé­quation, comme critère souverain du jugement porté, que cette pensée fonctionne. Elle est politique parce que représentative et repré­sentative parce que politique. Un "specta­cle" supposé opérant, efficient : tel est et son ressort et ce qui la fait jouir. Je-tu-il-nous- vous-ils agissent face au public des masses grosses d’une (con-)science que cet acte accouchera ou non - de par et en vertu d’une pertinence (sa puissance, sa virilité) quant à un effet. Voilà le fantasme politicien qui orga­nise tout l’imaginaire révolutionnaire - et sa pauvreté.
Or nous n’avons, in-espérants jouisseurs, que foutre de ce déterminisme de train électrique pour vieux marmots. Nous récusons précisément toute relation causale décrétée à l’œuvre entre la prétendue objectivité d’un acte ou d’un comportement et - non moins "objective" - la réception psycho-sociale des "masses" (si vous vous prenez pour RTL et la tête des gens pour un transistor, on ne peut rien pour vous).
Tout ceci, toute cette mécanique nous/vous enferme d’emblée sur le terrain, dans la boule de cristal de l’espoir, de la niaise attente.
Et nous en avons fini, justement, d’atten­dre.
Car lorsqu’on se situe dans l’historicité, en­tre le représentant et le représenté, entre moi-agîssant-pour-qui-tu-comprennes et toi- masse - opprimée - dont - la-conscience - pren­dra (comme la mayonnaise), dans l’espace de la représentation qui sépare et lie l’un et l’autre, il y a toujours, il ne peut y avoir que cet ennemi : le TEMPS OUI SE RIT DE MOI, LA MORT (LENTE).

Jean FRANKLIN.




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