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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Défonce et Révolution
{Marge}, n°8, Octobre-Novembre 1975, p. 7.
Article mis en ligne le 16 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Là encore il convient de différencier les drogues dites légères (herbes, hashish, cana- bis) sous accoutumence physiologique des drogues dures (cocaïne, héroïne, morphine) qui, elles, provoquent une servitude réelle et destructrice.
Je ne reviendrai pas sur le droit à la dé­fonce (numéro 7, précédent) que je revendi­que pleinement et en connaissance de cause mais je voudrai détruire les mythes, les rites et l’importance exagérée qui entoure cette "défonce". La seule question que je poserai ici en temps que révolté est : l’usage de la drogue est-il révolutionnaire ?
A-t-on déjà vu un alcoolique ou un fumeur de la S-E.I.T.A. se revendiquer révolutionnai­re du fait de son accoutumance à sa consom­mation, Donc, il est évident que si la "défon­ce" est révolutionnaire, elle ne l’est que dans l’interdit qui fait du consommateur un "hors-la-loi" et du fait de la répression un "mar­ginal". Pour moi, si la marginalité fait que tourner autour d’un axe précis (en l’occurren­ce la "défonce") cela n’est seulement la preuve que d’une certaine autodéfense auquel vient s’ajouter toutes les coutumes et modes d’une caste. Or je pense que le chemin est vite parcouru entre ces coutumes, modes, ri­tes, mythes et certains autres (religion, va­leurs établies, morale) qui sont propres à une autre caste.
Je suis vraiment las de ces sectes types "Baba club communiant autour du shilom vénéré et vénérable" qui pensent vivre au­trement mais qui en fait ne font que s’asser- vir à un autre mode de vie, de consommation et de commerce. Ces mini-sociétés ne sont en fait régies par aucunes lois définies mais par un ordre de fait : la "défonce". Tant que la marchnadise est la présente, l’on pourrait croire qu’une cohésion et une vie différente s’organise et se crée mais très vite devant la rareté ou la chèreté de la "Mufe" l’on assis­te presque toujours à de véritables "règle­ments de comptes" reconnus et appelés dans ce milieu "arnaque". De fait, aucune confian­ce totale ne se crée jamais entre usagers et dealers, or tout consommateur devient à plus ou moins long terme "dealer" ne serait-ce qu’une fois de temps en temps.
Il semble donc évident que c’est la valeur marchande du produit consommé qui crée la taille de fond de cette vie et que cette même valeur marchande absorbe une grande partie de l’énergie et de la créativité du consomma­teur pour trouver la marchandise mais surtout sa valeur fric.
Ces baba-clubs ont même inventé autour de leur "révolution fumeuse en chambre" un vocabulaire simplifié de tous les instants jugé bien entendu plus précis montrant bien l’im­portance apporté à l’acte. Je ne parlerai pas de ces agréables réunions autour du joint mi­racle et qui en fait ne sortent jamais du cer­cle vicieux du dialogue : qualité, prix, rareté, filons, répressions, système D, recettes et règlements de comptes verbaux, le tout arro­sé d’une ambiance de mystère et de supério­rité.
Je pense que si la défonce peut être quali­fiée de révolutionnaire, elle doit l’être à travers l’imagination et la créativité qu’elle dé­veloppe et no npas à travers l’aspect quasi- mystique qui en résulte souvent.
Pour une prise de conscience mais pas de don de sa conscience.
Pour ce qui est des drogues dures des usagers parlent de libération, sublimation, alors qu’en fait il est exact que le fixe fait vivre une autre réalité, il est aussi exact que cette libération conduit à une servitude plus rigoureuse encore : celle de son propre corps et celle qui l’enchaîne au fournisseur. Il est à signaler que si pour les drogues légères, consommateurs et vendeurs font une seule et même personne, il n’en est pas de même pour la "Blanche" où bien souvent les "commer­çants ne sont pas usagers".
Le seul acte révolutionnaire et radical que je vois dans ce choix (qui n’en est jamais un) est de cette volonté de suicide qui, en fait, devrait faire réfléchir sur l’immense bourbier qui nous submerge.
Mais ce type de suicide est lui-même régit par les lois de l’offre et de la demande : produits frelatés, coupés, mal dosés, quelques fois mortels. De plus, la servitude produit par l’accoutumance est évidemment une arme re­doutable entre les mains d’une police ne re­culant devant rien pour se créer son réseau d’indicateurs et de balances. Ce n’est pas un hasard si lors du Putsch de Pinochet au Chili, 70 % des "marginaux" ont rejoint le camp des fascistes. C’est d’ailleurs l’une des rai­sons qui motive cette dénonciation.
Se libérer d’une servitude pour se livrer à l’esclavage est disons-le au moment du trans­fert un acte de révolte et de désespoir par rapport à une société sclérosée et infectieuse mais ne peut certainement pas déboucher sur un processus de mode de vie révolutionnaire.
Je me permettrai pas de donner de conseils aux "babas minables croupissant dans leur déglingue malsaine", mais juste leur répéter une phrase de Durruti :
"LA REVOLUTION NE SE FAIT PAS DANS LA SERVITUDE MAIS DANS LA LIBERTE."

Walter JONES.




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