Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Défonce et Révolte : Rien que rien d’autre
{Marge}, n°10, Mai-Juin 1976, p. 4-5.
Article mis en ligne le 18 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Aujourd’hui, c’est Noël !
Et j’ai encore plus le blues que d’habitude...
Je suis en train de fuir la vie,
Je me mets au devant de la mort
En me droguant de plus en plus.
Pas de baiseries quotidienne, ça me laisse désormais froid,
Et d’ailleurs, je n’en ai pas envie.
Mais faut-il baiser, pour être un homme ?
Faut-il ne pas se droguer ?
Faut-il par contre, être un garçon sérieux, convenable ?
Qui n’aspirera plus tard qu’à une chose :
Sa promotion, sa femme et ses gosses, et un maximum de blé.
Faut-il pour être respecté, être le "cavé" ?
Faut-il pour ne pas connaître la prison, "se faire exploiter" ?
D’être le garçon convenable, sérieux et travailleur,
J’ai bien essayé, mais sans succès.
Je me sens, et je suis, encore plus seul
Que lorsque j’étais dans la rue
Avec mes amis, on allait se fumer un joint
Au Quartier St-Michel, bien...
La plume réveille des bons souvenirs
Qui m’ont tout de même coûté
Deux ans de prison et trois mois d’hôpital psychiatrique
C’est ça la rééducation ! Ben voyons...
De toute façon, j’ai pris une décision
Je m’en vais reprendre la route
De l’Orient, évidemment...
Oh ! je sais plus loin, vers la mort.
Mais là, au moins je serai tranquille
J’aurai plus leur "justice"
Pour me rappeler à l’ordre.
J’en ai marre de Paris, cette ville
Truffée de cons, de caves, d’esclaves dociles
Eux, ils sont encore plus morts que moi,
Ils le sont déjà lis n’ont pas, ils n’ont plus l’âme de la révolte.
Ils acceptent tout : qu’on les exploite, qu’on les abreuve de mensonges
Ils acceptent surtout de "vendre leur vie pour un salaire"
A quoi bon vivre pour acquérir, quoi ! de la merde
Qu’on leur vend.
Moi je préfère vivre pour essayer de voir, d’apprendre
Autrement que dans une école de "condi­tionnement"
Je préfère apprendre à la dure
Sur le bord d’une route
Sans fric, et juste une couverture
Mais l’esprit plein d’une nouvelle réalité
Qui me fera penser qu’au moins je n’aurai pas vécu pour rien.
Car, comme d’autre, je suis un "mort en sursis"
Et je ne regrette rien
Ni mes fugues précoces
Ni mes prisons
Ni mon séjour à l’hôpital
Ni la moitié de mon tour du monde
Ni mes années de drogue.
La seule chose que je regrette
C’est de m’être fait piquer par les flics
Mais ça c’est autre chose...

A

Kabul, un matin [est-ce le matin ?)
Je me réveille, et tout de suite
Ma main maigre s’avance vers la cuillère
Trois pilules de sulfate de morphine
Bouillie sur une bougie
Tout est filtré dans ma shooteuse,
Je cherche une veine,
Car les trois quarts sont atrophiées
Par les centaines de shoot précédents.
Un peu de boucherie
Et, enfin je la trouve
Une tirette et... j’injecte
Une fois la shooteuse retirée
L’enivrement, le flash tant attendu
S’inbibe dans toutes les parties du corps
Ça me gratte, mais délicieusement
Des bouffées de chaleur montent en moi
Ouf ! ça va mieux que tout à l’heure.
Maintenant, je n’aspire qu’à une chose : "La mort lente"
Tant pis si j’en déçois certains
Oui liront ce poème nostalgique
D’un jour de Noël
Pour moi l’heure de la vérité a sonné
Je dois mourir, telle est la règle.
Je suis un inutile, et ça
J’en suis conscient
Peut-être me fera-t-on revenir sur ma décision
Mais j’en doute.
Ou alors, faut que je retrouve
Quelque chose qui me fasse croire à la vie
Mais de toutes façons, j’aurai une vie en marge.
Je veux pas me faire caver Plutôt crever !

PIERROT.




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