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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Défonce et révolte : Vers une défonce consciente
{Marge}, n°10, Mai-Juin 1976, p. 5.
Article mis en ligne le 18 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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"Les Tribus ont retrouvé leurs voix, les Anges dansent sur le Cadran des Herbes - le rire du vent ensevelit les fusées - le Soleil a retrouvé la couleur de la Belle Etoile - et les cris anarchistes ont donné des yeux à la Nuit.
L’Acide allume la prochaine pluie - les temples de l’argent s’écroulent avec Babylone - les Atomes Libertaires balaieront cette pourriture - Ce n’était qu’un rêve (un rêve à pierre fendre) - et la peau du rêve était contre la légende - ce n’était qu’un rêve - la bouche du Temps a crié "Vive la liberté" - et les poètes ont chassé les monstres aux faces de cochon casqués, bottés et surbranlés."

Claude Pélieu, Junkie, poète et martyr.

Les années qui suivirent mai 68 furent le cadre de nouvelles luttes spécifiques, luttes politiques certes, mais où les organisations de gôche et d’extrême-gauche n’ont pu s’approprier ni récupérer. Ces différentes ca­tégories sociales dont la caractéristique prin­cipale est l’oppression jusque-là contraintes au silence, s’organisèrent ; elles prirent la parole et dénoncèrent la ségrégation quasi-générale ainsi que la répression dont elles étaient victimes. Toutes ces minorités, au-delà de leurs revendications spécifiques, cri­tiquèrent et remirent en cause les rapports humains tels qu’ils étaient établis, et dont le changement ne pourrait s’effectuer que par un bouleversement radical de l’Ordre Kapitaliste. Ces diverses couches sociales, Ignorées jusqu’avant 68, même par les révolutionnaires bien-pensants s’avèrent être les prisonniers, les internés en H.P., les prostituées, les homosexuel(le)s, les femmes : les Marginaux. Le phénomène de la déviance remonte aux temps les plus reculés, car est considéré marginal quiconque ne se conforme pas dans les faits aux coutumes et us en cours, régient par la loi et la morale. Autrefois, les fumeurs de tabac, les buveurs de café ainsi que certains scientifiques étaient considérés comme tels par l’église et condamnés à mort. Aujourd’hui, la société en décomposition engendre le phé­nomène délinquantiel et les déviants sont condamnés au nom de la morale et de la loi. La grande presse (de la gauche à la droite), manipulée par les ministères correspondants (santé, justice, intérieur) participe à la cam­pagne de dénigrement systématique et n’hé­site pas à calomnier ces révoltés de "poi­gnées de marginaux" ou "d’agitateurs pro­fessionnels". Ceci en vue de préparer l’opi­nion publique à la violente répression dont ils seront victimes au moindre signe de ré­volte. On ne peut évidemment pas passer sous silence l’évidente complicité des partis de gauche (PC/PS) qui pensent eux aussi que les voleurs doivent être enfermés, les fous étroitement surveillés, que les drogués sont des tarés dangereux et que ces marginaux doivent devenir productifs donc travailleurs. Je cite un exemple type de cette cohésion droite-opposition : lors de la révolte des dé­tenus en 1974, le syndicat CGT des matons a demandé au gouvernement de rétablir l’ordre.
S’inscrivant dans la ligne directe des mou­vements extra-parlementaires de tous bords (CAP, GlA, Collectif des prostituées, GLH, MLF, Handicapés méchants) vient de naître (sans douleurs et doté d’un certain charme psyché délique) le CLM ; Comité pour la Légalisation de la Marijuana. Que ceux qui pen­sent que les drogués ne sont bons qu’à s’écrouler dans les piaules et se font mani­puler à tout va sachent qu’ils se mettent le doigt dans l’œil (rappelez-vous le YIP aux USA) et ils devront bientôt se mettrent la main sur les yeux car le CLM se propage partout et rapidement. Nous nous révoltons contre le fait que la détention de quelques grammes d’Herbe puisse mener en prison, et ce même pour des petites quantités (un co­pain purge quatre mois pour quatre grammes de shit). Les experts ont reconnus la non-nocivité du shit et de l’herbe, mais ils restent cependant interdits, alors que la consomma­tion du tabac et de l’alcool tuent 35 000 per­sonnes par an. Nous pensons avoir notre pe­tite idée en ce qui concerne cette interdic­tion : le fumeur, même s’il n’est pas politisé, s’aperçoit bien vite que la vie qu’on veut lui faire mener va contre ses désirs et ses en­vies profondes. Il préférera fumer et forniquer plutôt que d’aller bosser. Il découvrira, lorsque ses sens seront suffisamment aiguisés, toutes ses possibilités créatrices, manuelles, intel­lectuelles ou spirituelles ; et qu’un individu devienne Improductif, échappe à son contrôla, cela aucun État ne saurait le tolérer.
Il y a aussi le fait que la loi violée en question se nomme : "Infraction à la législa­tion des Stupéfiants", elle ne fait pas de différence entre le haschich et l’héroïne, ni entre l’intermédiaire-usager et le trafiquant In­ternational. Seuls les rapports de police en font et le juge en tient compte ; mais simple­ment lorsqu’ils veulent bien le faire et si l’individu est gênant, on peut être sûr qu’il prendra le maximum. (P. Clémenti a été con­damné à un an et demi de prison pour quel­ques grammes de cocaïne.) Sous prétexte de la "sécurité des Français", la police peut effectuer à tout moment une perquisition sur simple présomption, ainsi que de "ficher" les consommateurs (ce qui est illégal). Cette loi ainsi conçue est une loi fasciste, permet­tant d’arrêter n’importe qui n’importe quand. Nous n’oublions pas, au CLM, que la législa­tion sur les stupéfiants fut votée par les dé­putés communistes, socialistes et de droite, pour une fois encore unanimement d’accord.
Pour les drogues dures (opium, morphine, héroïne, cocaïne, speed) et quelques produits pharmaceutiques, il y a certes un problème réel : la toxicomanie. Problème dû au fait que, ne trouvant ni leur place ni leur véritable identité dans cette putain de société, des gens se retranchent ailleurs, dans l’interdit, dans la déviance : il y a la folie, la délinquance, la toxicomanie, etc. Tout cet échan­tillonnage est la résultante du malaise politi­co-social. Et les individus que j’ai fréquentés, que j’aime, se sont réfugiés dans la toxico­manie. Ma précédente génération-frère s’appe­lait les Blousons Noirs, les Enfants de la Rue ; la mienne est celle des Enfants Sauvages, des Junkies, la génération de Katmandhu. Et des Indes, nous en sommes revenus, et avec quel­que chose en plus : la morphine. Elle détruit, nous le savons. Même à nous, les Junkies, elle pose un certain problème.
Mais est-ce en tabassant les toxicos pour leur faire balancer une "connection" dont ils ignorent tout (sécurité, hé, hé), est-ce en leur infligeant de lourdes peines de prisons sans désintoxication préalable [ce qui marque un type à vie) que le gouvernement enrayera la vague croissante de toxicomanie ? Nous pen­sons déjà qu’il serait nécessaire d’accorder des crédits supplémentaires aux centres de désintoxication "style Marmottan" qui fonctionnent sans l’aide de la police et veulent réellement aider les toxicos à s’en sortir et qu’il faudrait ouvrir des centres de post-cure pour éviter qu’en sortant de désinto le toxico ne retrouve son ghetto, celui de la came. Loin d’être des centres de véritable désintoxication, ceux-ci s’avèrent être la bouée de sauve­tage unique à laquelle puisse se raccrocher certains Jonkies en perdition.
Pour ma part, je suis convaincu qu’il n’existe qu’une seule solution définitive à tous ces maux, que l’on appelle aussi des "fléaux sociaux" : c’est d’instaurer une so­ciété où les rapports humains ne seraient plus basés sur le profit, l’hypocrisie, la violence ou la course au pouvoir et cela ne sera pas le fait d’une simple réforme réalisable par l’application d’un programme politique ou d’une répartition plus juste de la plus-value ; ce qu’il faut, c’est FOUTRE LE FEU AU VIEUX MONDE, le détruire jusque dans l’inconscient collectif des masses, et ce n’est qu’après, après seulement, que tous les espoirs et les plus beaux, seront permis.

Patrice CENTONZE.




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