Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Si vous êtes pas content, allez donc en Russie ! Et si je ne voulais ni Russie, ni d’ici.
{Marge}, n°10, Mai-Juin 1976, p. 7.
Article mis en ligne le 21 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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La société, pour moi, est un vase clos avec ses échelles, ses valeurs, ses gradua­tions et surtout ses limites. Lorsque celle-ci vous rejette, ne pouvant admettre la diffé­rence, vous vous trouvez plongé dans un mon­de où les phantasmes et les désirs sont rois - je ne parle pas, bien sûr, des désirs en vitrine -, les limitations disparaissent, les barrières n’ont jamais existé et l’imagination va tous les jours plus loin sans limites, sans buts, vers l’infini.
Vivre en marge, c’est être rejeté d’une so­ciété pour un acte déviant dans un univers où tout est permis, où rien n’est permis, car le mot permission synonyme de soumission disparaît. Il n’y a plus tout ou rien, il n’y a plus, plus ou moins, il y a nous, il y a toi, il y a moi avec l’amour entre nous, toi et moi et cet amour qui pourrait s’appe­ler haine qui devient valeur morale en fonction non plus de la moyenne "société", mais en fonction de la moyenne personnelle à chacun. Vivre en marge c’est se mettre en marche non vers la vérité, mais vers sa vérité. Faire partager celle-ci et surtout comprendre l’autre non par "altruisme" mais par plaisir. Faire plaisir parce qu’on aime et désir d’être aimé.
Le Mal, parlons,en, il existe mais comme le bien, dans la tête. Le passage à l’acte dans la notion "bien-mal" n’existe qu’en tant qu’acte de survie et cette notion n’existe plus qu’en fonction de la compréhension de l’au­tre.
Pour aimer, il faut comprendre
Pour être aimé, il faut comprendre
Pour avoir le droit de haïr il faut compren­dre aussi.
Et lorsqu’on a compris l’autre
On ne peut plus le haïr.
Je raconte ce que j’ai cru sentir, ce que j’ai vécu :
Une très grande maison dont je tairais le fort joli nom, dans une petite banlieue : seize pièces, une quinzaine d’occupants. Tous diffé­rents, tous paresseux, tous passionnants. Quinze personnes qui se croisent, qui se parlent, qui s’aident et qui s’exploitent. Le pouvoir revint à l’un d’entre nous, celui qui le désirait le plus, non pas organisé plutôt par habitude. Le pouvoir ne se prend pas, il se donne toujours. Dans notre cas il est né du besoin d’organisation de la maison par rapport aux factures et aux rapports propriétaires ! Le maître esclave !
Et j’ai vu des êtres n’ayant jamais existé, des être isolés et faibles devenir eux-mêmes, c’est-à-dire quelque chose, faire de leur fai­blesse une force et abandonner la force au profit des faiblesses en oubliant "la volon­té" !
A quoi bon la force, lorsqu’il faut se forcer et qu’on est paresseux ! Dans tout cela le haschich, l’herbe et quelquefois l’acide (LSD) sont consommés dans une chambre ou l’au­tre, quelquefois même dans toutes. Chacun vivait son "truc" sans soucis du voisin et c’est le désir de paix qui maintenait l’équi­libre : ne pas donner à l’autre le désir d’être fort.
Puis les jours ont passé, l’extérieur est rentré, les amis sont venus, les amis des amis, pas forcément les nôtres dans une so­ciété de flics. Les flics sont venus, plus tard, trois perquises en un mois, quelques convo­cations et la vérité à la propriétaire : des drogués ! Après un an de bataille contre les coupures de toutes sortes - gaz, électricité, eau - les menaces et les huissiers éconduits, nous avons tout quitté. Et certains n’ont-rien trouvé. Il en est en prison, d’autres sont à l’asile, ils en sortiront, ils en sont sortis.
On a bien essayé de les "réinserrer", c’est- à-dire de les remettre à la place pas très confortable qu’ils occupaient dans la société avant de refuser et de se réfugier dans cette communauté. Avec la croyance d’être maître de son destin en moins, car il semble utile de surveiller un ancien déviant pour bien lui rappeler qu’il n’a pas le choix, A votre avis que va-t-il leur arriver ? 55 % de récidive dans les prisons françaises, sans parler des asiles et de ceux qu’ont de la chance !
Dans cette maison, nous étions bien, travail­lant juste un peu pour pouvoir la garder, et ces types qui aujourd’hui troublent la société ou s’écrasent devant elle, ces mêmes types étaient "cool", pourquoi les déranger ; pour pouvoir les punir ?
Ils parlent de réinsertion pour cacher sou­mission. Réinsertion pourquoi ? Par soucis d’esthétisme, le leur bien sûr ! L’esthétisme aligné cela les rassure, cela leur rapporte aussi, cela prend de la plus-value, facilement surveillée. Demandez donc Haussman. il avait tout compris.

WALTER JONES.




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