Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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{Marge}, n°12, Avril-Mai 1977, p. 3.
Article mis en ligne le 21 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Il n’est pas question de science-fiction : ceux qui ont un doute peuvent aller voir ce qui se passe chaque soir à l’infirmerie centrale de Ste- Anne à Paris, France, où sont dirigés les sans-Domicile-Fixe qui ont subi un Contrôle à Synthè­se/Station.
Chaque jour, pour s’être opposé à la nature du contrôle, s’être fourvoyé, ou tout bêtement pour avoir raté le dernier métro, des individus "par­faitement sain d’esprit", tout à fait conscients (outre le niveau de conscience enregistré dans les synthèses réduites à ambiguïté), victimes de la répression économique, de l’Isolement Biologique, sont dirigés sur cette Infirmerie Centrale.
Chaque nuit à cette Infirmerie Centrale sur la seule agglomération parisienne 2 ou 3 dizaines de ces individus, hommes et femmes, sont inter­nés d’office, ou sous la pression des événements, ou encore sous menace, sous chantage, dans des Services "Psy", où ils sont assimilés com­me "malade mental" - soumis à des traite­ments tels, qu’en quelques jours la plupart ne résiste pas et justifie s’il en était besoin l’internement pour "désordre, troubles mentaux gra­ves".
Le procédé est des plus simples : d’abord à l’Infirmerie Centrale dans une confusion-soigneusement-entretenu, puis dans les "Centres Psy" où ils sont internés, ils subissent sous pression/menaces/chantage un traitement inquisitorial sou­vent suffisant à ébranler mentalement.
Tout est bon. Dans un climat de suspicion, de délation, on use de tous les moyens pour les faire avouer : menaces, persuasion, tout, jusqu’à ce qu’ils craquent, jusqu’à ce qu’il cède du terrain. Si l’opposition est trop forte, on emploiera la manière forte.
Il est très fréquent même que certains dans la confusion se retrouvent internés sans en être trop affecté, et passe inaperçu pendant un cer­tain temps tant leur comportement standard est équilibré. Il n’est pas rare que certains échappent pendant 8-10 jours a tout repérage. Lorsqu’ils sont enfin repéré la seule réaction du personnel "très spécialisé" est de s’étonner non de la présence d’un tel élément dans un centre de cet ordre, mais du fait qu’il n’aie pas de traitement garanti sur facture. Le traitement le plus courant est de les suspecter d’être agités, troublés, etc., ce qui est tout à fait justifiable non ? Très systématique­ment le traitement le plus simple, le moins vio­lent consiste alors - c’est un préalable absolu - en l’absorbtion de drogues psychotropes desti­nées à rendre possible la promiscuité - eut égard au problème du nombre au M2, et à la tran­quillité de ceux qui accomplissent leur 8 heures de travail réglementaire.
Ces drogues Psychotropes sont la plupart du temps des neuroleptiques tel le Largactil, le Nozinant, le Moditen, etc. Elles sont traditionnelle­ment employées à des doses très élevées, ce qui a outre l’effet voulu de clouer le sujet sur place (d’où le terme de camisole chimique) celui de créer des troubles parkinsonien (tremblements intempestifs, perte du contrôle de la motricité, etc.). Pour y remédier on utilise un "correc­teur" le plus banal étant l’Artane. Il se trouve que ce "correcteur" est un allucinogène puis­sant ni plus ni moins - et ceci aux doses de 10 à 15 mgr, ce qui est une dose journalière courante en psy. Voilà le procédé courant par lequel on fait entendre des voix à un sujet même peut prédisposé. Bien sûr l’Artane donne, lui aussi, des effets secondaires, jugés peut esthé­tique et qualifié sous le nom de : plafonnement. Pour y remédier on peut procéder par adduction d’autre drogues - ce qui donne les résultats les plus inattendus - néanmoins en ce qui concer­ne ce phénomène de "plafonnement" des re­cherches sont en cours...
...Bruits brefs / voix tranchantes / fluide : - 6° / ambiance : subordonnée / courant : électrique / coups de pieds : dans les couilles / - "Avan­ce !" / "recule !" / "Avance !" / "recule !" / "On t’a dis de reculer !" / "Avance !" / "Bouge pas !" / "Recule !" / "T’as compris ?"...
- "Toi là !... Viens ici !" / "Bouge pas toi ! On t’as pas dit de bouger !" / "Toi t’as pas entendu ? Viens ici !"...

Pierre Klein.




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