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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Je pleure sur mon angoisse
{Marge}, n°12, Avril-Mai 1977, p. 4.
Article mis en ligne le 21 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Je pleure sur mon angoisse. Celle de la mort. Mais il me manque un revolver et tout ce que je n’ai pas dit. Et pourtant, cette envie d’en finir vite, sans besoin de réfléchir, qui ne s’arrête pas à ce nœud d’incom­municabilité grandiose et misérable, ce nœud où j’ai besoin à hurler de l’autre, des autres, de toi. Cette envie de vivre qui se transmet. A chaque fois que je cherche l’autre, et que j’ai vraiment raison de le join­dre, je creuse un fossé qui m’éloigne en une seconde de temps à des milliers de kilomètres. Fatalité des gestes qui m’échappent et que je considère avec stupeur, car ne sachant absolument pas à quoi ils mènent ainsi contre mon désir immédiat.
Je suis frigide, je suis stérile. Triste époque.
Je ne sais plus ce que signifient les bribes de sensualité, de bien-être profond rongé à la base, de confiance, qui me parviennent, de plus en plus loin­taines et indolores, du fond de la béance qui lente­ment opère son ravage et s’ouvre inexorablement au vide, où résonnent encore en manière de révolte quel­ques relents d’envies, quelques sons innocents du temps inexorablement révolu où je ne voyais et ne vivais que pour l’atteinte de mes désirs.
J’ai peur de me confronter à moi-même, du temps passé à m’écouter que je fuis, je me détourne de la corde vibrante et qui agit en moi de toute sa tension, de tous ses arcs caverneux, du chant immonde Incon­nu. Et vous êtes là, à n’en pas croire la terrible ampleur hors de tous les circuits par lesquels vous existez.
Mais il faudra bien qu’un jour, vous m’en croyez, car je ne pourrais toujours cacher ce qui à cette à cette heure balbutie encore sous les reniements que depuis longtemps vous accumulez, sans même que je m’en aperçoive, et qui ont effacé ma croyance.
Mais vous portez en vous ma trace véridique intouchée, celle immuable et féroce qui de plus en plus s’aiguise et jaillit, celle qui vous fait ouvrir et dé­tourner les yeux, qui laisse en vous lorsque vous vous en retournez un dégoût sans nom.
Et c’est ainsi que j’aspire à être parmi vous pleine de jouissance, des instants vécus et reconnus entiers, pleine d’une satisfaction dont je me suis éloignée à une distance considérable il y a mille ans.
Je suis le lent poison de votre visage rivé de clous, je suis le lent rivage qui s’étend au faite de votre refus, je suis !a peur qui cerne votre coalition protec­trice, et ta mare stagnante où vous et moi pataugeons n’existe que par la crainte d’y mourir. Voici que mon corps se rétracte et mon sexe s’assèche, ma vie se résorbe couverte de vos cendres en un lieu d’où vous la percevez par de faibles signaux, une lueur opaque qui diffuse ma distance à vous atteindre. Et vous ne comprenez pas ma présence, encore moins mon existence.
Eh oui, nos différences sont trop grandes. Elles vous semblent sans doute graves car vous vous en­dormez dessus, et moi-même me rend méconnaissable à vos yeux. Vous ne pourrez jamais aimer celle qui a séduit votre entendement, et qui à présent court- circuite le maigre courant qui nous liait, car jamais je ne pourrais vous ouvrir au gouffre d’ombre profonde qui est dans ma poitrine. Voilà ma chute.
Et Je vais la traîner au long de vos esprit tapis de moisissure, ne reconnaissant rien, vous avancerez la bouche et les yeux pleins de terre humide au milieu des morts-vivants dont la seule violence est le vide de leurs regards ébahis.

Sophie




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