Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Big Blue
{Marge}, n°12, Avril-Mai 1977, p. 6.
Article mis en ligne le 21 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Maman,
J’ai envie de me donner. Je sais tu me l’a toujours interdit
Mon corps est beau tu sais. Mais pour moi il n’est pas très utile
Maman je me sens disponible
J’ai envie de jouir
Je sais ce sera dur pour toi
Mais je crois qu’il faut en finir
J’ai envie de franchir le mur du saut de la mort
Mais pour cela maman il faut que je me masturbe
Que je me branle
Tu sais, je ne t’ai jamais parlé de mon sexe
Parce que j’ai toujours cru que je n’en avais pas
Il est à l’intérieur, il faut le connaître
Maman ça t’étonnera peut-être car tu m’as toujours vu
Jouer à la poupée
Mais j’ai toujours eu envie d’avoir une bite
Tu sais, c’est grave
Résultat d’une société phallocratique
J’ai envie de posséder l’objet
Parfois j’ai cru...
Quelle douleur, quelle souffrance
J’en arrive même à croire maman que c’est une anomalie
Castration
Maman ça vaut-il le coup de suicider parce qu’on n’a pas de phallus
Ou faut-il subir toute une vie un désir irréalisable ?
Maman n’oublie pas que tu vis dans un monde bital (la tour Montparnasse, tu sais, la réussite du siècle, la Tour Effel est déjà plus acide, merci M. Effel)
Bite, bite, bite. il ne pleut que des bites au-dessus de nos fragiles têtes
Maman, je t’ai -dit que j’avais envie de jouir mais rassure-toi je n’ai pas encore trouver comment, tu sais, faire l’amour avec un mec devient désespérant, j’aime­rai tellement bander et savoir au moins quel est l’objet de jouissance, l’amour asexuer est-il possible ?
Pour moi faire l’amour veut souvent dire toucher, avoir les mains pleines de ce que je désire, ta bouche aussi mais dès que le beau phallus rentre dans le trou noir qui pleure du sang
Mon dieu quel désespoir, quelle violence
Je n’éjaculerais jamais maman je le sais, je ne pourrais jamais donner la jouissance anale, peut-être ne la connais-tu pas mais elle est délicieuse car elle ne touche pas ce trou qu’il a fallu dénommer sexe comme Is phallus pour ne pas faire trop de scandale.
Maman tu sais, fous-toi bien ça dans la tête on est des animaux domestiques du phallus.
Méfie-toi, mort grogne, sauve-toi avant qu’il ne soit trop tard
Maman, il faut être solide pour étudier et vivre la société du phallus, je suis un être neutre dans cette vie-là
Maman le savoir est maître de tout désir, alors, je cuis désolée mais c’est pour reconnaître mon sexe et si je ne le reconnais pas ou ne l’accepte pas maman je me suiciderai car tu sais la souffrance ça va un peu mais faut gravir l’échelon
Tu sais malgré ce que tu en pense, je n’ai pas envie d’être le petit objet pour satisfaire ce phallus de merde qui détient, bordel, le pouvoir de la jouis­sance
Voyons maman, réfléchit un peu merde
Et puis selon l’évaluation de ton cul et de tes lolos tu aura droit à plus ou moins de jouissance
Maman, quand je fais l’amour, eh oui ! excuses-moi mais ça m’est déjà arriver, je ne retire aucune jouis­sance, j’y pense pas
C’est désespérant car tu sais que l’on ne peut rien y faire
Alors maintenant arrête de faire cette tête-là car tu sais que ta fille baise
Tu sais que j’ai du mal à m’accepter, moi, made­moiselle non bital.
La rage, la fureur, le désespoir m’emporte souvent.
Je t’embrasse comme ça.
P.S. : je ne ferais pas le devoir de l’enfantement, je suis désolée.

Anne C.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53